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MUSIQUE
La question Lana del Rey

Mis en ligne le 25.01.2012 à 13:19

La nouvelle icône pop est pour les uns aussi synthétique que ses lèvres retouchées, mais pour les autres une belle voix grave sur laquelle il faudra compter.

Alors voilà, le monde est à nouveau divisé en deux. Les admirateurs transis de Lana del Rey. Et les sceptiques qui flairent en elle une Lolita de synthèse dont la tessiture serait trop suave, les lèvres trop ourlées, les poses trop étudiées pour être sincères. Une seule chose est certaine: le phénomène existe. La New-Yorkaise Lana del Rey, 25 ans, de son vrai nom Elizabeth Grant, est apparue sur le radar YouTube en octobre dernier. Grâce à un clip qui marie des images amateurs à une chanson mélancolique, sensuelle, lestée d’une superbe voix grave: Video Games. La vidéo aurait été concoctée par la jeune femme elle-même, à l’aide d’iMovie. Engouement immédiat: la vidéo a depuis lors été vue 20 millions de fois. Dans la foulée, le petit opus, vite suivi par Blue Jeans, a été téléchargé par palanquées et diffusé même sur Option Musique.

Quelques interviews, des concerts insolents ou désolants et d’innombrables photoshootings plus tard, l’album de Lana del Rey sort à la fin de janvier. Son titre: Born to Die. Née pour mourir après une courte opération de marketing. Ou née pour mourir après avoir démontré, sur la longueur, la vraie langueur d’un vrai talent.

«Born to Die». Universal.

 

POUR

(LUC DEBRAINE)

Embarrassant. La piètre prestation l’autre jour de Lana del Rey à Saturday Night Live, l’émission phare de la TV américaine, a donné du grain à moudre aux détracteurs de la nouvelle reine pop. Mais les premiers concerts de Nirvana, pour prendre une influence revendiquée par la grande gigue américaine, étaient, eux aussi, navrants. Il est bon de croire en la vulnérabilité rouée de Lana del Rey, dont le nom d’emprunt absorbe une mythologie de celluloïd, de Lana Turner à Dolores del Rio. Il est bon de croire à l’histoire d’une jeune fille solitaire, gauche, blessée, qui sort un premier disque que personne n’écoute, traverse un tunnel et en ressort quelques années plus tard avec un titre miraculeux qu’elle met elle-même en images. Il est bon de croire à cette voix animale, magnifique, qui scande en boucle la douleur d’être ignorée par la personne aimée, ou l’assurance que le bonheur ne durera pas.

L’émotion dégagée par ce timbre est ce qui plaide le plus instinctivement pour l’authenticité de Lana del Rey. Même améliorée par la cosmétique des algorithmes, ce qui reste en l’occurrence à prouver, une voix ne ment pas. La pop habile de la New-Yorkaise, tous violons dehors, harpes dans les coins, tempo lent à tous les étages, est sans doute un rien surproduite, indice que l’autrice-compositrice est bel et bien entourée de squales des studios. Peu importe: le résultat envoûte, résiste au cynisme ambiant, et en appelle, ne me demandez pas pourquoi, à la mémoire du grand film noir. Comme le «I don’t want do die!» hurlé par Rita Hayworth dans La dame de Shanghai. Carrément.

 

CONTRE

(CHRISTOPHE PASSER)

Cette fille aura au moins réussi un truc unique au monde: être passée de mode avant même d’avoir sorti son disque. Ce buzz mondial, injonction totalitaire à la trouver aussi géniale que bandante (dans le désordre, mais quand même) finira rapido dans les écoles de marketing. Elle va cartonner quelque temps, Lana del Truc. Parce qu’il n’y a rien de tel pour appâter le gogo servile que de lui faire croire une heure, une heure seulement, qu’il est super dans le trend avant-garde, côté musique.

Car à quoi ressemble Lana del Fake? A une imitation ado-infantile du corps de Lauren Bacall essayant de fredonner une version karaoké de Julie London. Comme on est cool, et pour ceux qui ont la flemme d’aller sur Wikipédia, précisons que Bacall avait le total look mystère, mais alors vraiment dangereux, vénéneux, noir et blanc. Elle n’essayait pas de passer pour une fana du «plaisir physique» (sic) en tirant sur sa minirobe, genre gamine bécasse en pleine névrose et terrorisée par le sexe.

Quant à la formidable Julie London, avec sa voix rauque de fumeuse nympho, elle posa une fois pour toutes – je le dis avec admiration et amour – le genre désormais surencombré de la salope chantante. A l’arrivée, cette façon feulante ramollo qu’a cette bourgeoise de Lana del Machin de nous la refaire, soixante ans trop tard, se crashe en de pâlichonnes versions vaporo-pop-lounge: c’est sucré, ça fond vite, ça n’attaque ni les dents ni l’âme. Et voilà qui en dit plus long sur l’aculturation générale que sur un vertige de modernité à la David Lynch. Mais soyons honnêtes: en photo, elle donne envie d’acheter le CD.




Tags: Lana Del Rey,

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Réaction de KZoNJAWzNoFRhy
le 21.02.2012 à 00:10
Which esiopde? God I love Chuck and Blair, but I've...
 
Réaction de floryp
le 26.01.2012 à 10:04
Il faut juste écouter la musique .Son précédent disque est...
 



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