Avec 676 romans français et étrangers annoncés pour parution entre cette semaine et la fin d’octobre, la rentrée littéraire 2008 est, comparée aux années précédentes, en léger retrait: -7% par rapport aux 727 romans parus en 2007. Si la plupart des grandes maisons ont légèrement réduit leur production, de plus en plus d’éditeurs se pressent à ce rendez-vous décidément incontournable de l’édition française. Parmi les 676 romans, 466 français, 210 traductions, 91 premiers romans.
C’est Amélie Nothomb qui, comme d’habitude, bénéficie du plus fort tirage de départ: 200 000 exemplaires de son dix-septième roman, Le fait du prince (Albin Michel), sont imprimés pour parution le 21 août. Les autres tirages de départ à 100 000 exemplaires et plus sont réservés à Un monde sans fin de Ken Follett (Laffont), Jour de souffrance de Catherine Millet (Flammarion) et Alice Ferney avec son excellent Paradis conjugal (Albin Michel).
Infolio, maison d’édition romande spécialisée dans l’architecture, se lance dans la fiction. Frédéric Rossi a confié la direction d’une collection littéraire à Sylviane Friederich, libraire à Morges depuis trente ans à l’enseigne de La Librairie, par ailleurs directrice de l’Asdel (Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires). Au menu de cette collection au graphisme et à l’habillage soignés: quatre romans, dont le dernier de Jean-Jacques Langendorf, habituellement publié chez Zoé, le troisième de Nicolas Couchepin et le premier du peintre Jacques-Pierre Amée. «C’est de la folie que de se lancer dans la fiction, avoue Sylviane Friederich, mais c’est une question de passion, d’amour des textes partagés par Infolio et moi-même. Nous voulons faire découvrir aux lecteurs des textes littéraires sans être prétentieux, bien écrits, qui racontent une histoire.» Tirés à 2000 exemplaires chacun, les quatre titres s’appuient sur la diffusion solide d’Infolio en France. Etienne Barilier avec un essai sur Dreyfus et un gros roman chez Zoé, des inédits de Robert Walser chez la même éditrice, Janine Massard, Thierry Luterbacher, Alexandre Voisard, Michel Bühler chez Bernard Campiche: ce sont quelques-uns parmi les auteurs romands attendus cet automne. Deux auteurs suisses alémaniques squattent cette rentrée française avec toutes les chances de se faufiler dans les listes des prix d’automne: Pascal Mercier, philosophe et romancier né à Berne et installé à Berlin, avec un gros roman ambitieux, L’accordeur de piano (lire en p. 72). Et Charles Lewinsky, scénariste pour la TV et le cinéma à Zurich, écrivain, dont l’imposant roman Melnitz, saga historique d’une famille juive en Suisse, best-seller dans les pays germanophones et en Hollande, notamment, paraît enfin en français chez Grasset.
Le monde du rock inspire les romanciers. La narratrice de Keith me (Stock) d’Amanda Sthers, se glisse dans la peau du guitariste des Rolling Stones. Le roman s’est déjà fait démolir par Agnès Léglise dans Rock & Folk, bible des rockeurs. Les Stones sont aussi au programme de Petit déjeuner avec Mick Jagger (L’Olivier) de Nathalie Kuperman, dans lequel deux adolescentes imaginent que Jagger bouleverse leur vie. That’s all right, mama! de Bertina Henrichs (Panama) raconte enfin comment une jeune femme trouve un sens à sa vie en faisant le voyage de Memphis, Tennessee, au pays d’Elvis. Côté essais, on attend impatiemment la bio de Led Zep par François Bon chez Albin Michel et le Dictionnaire raisonné de la littérature rock de Denis Roulleau (Scali). Côté autofiction, Catherine Millet et Christine Angot continuent de labourer ce sillon jadis porteur. La première, sept ans après La vie sexuelle de Catherine M., s’attaque à la jalousie dans Jours de souffrance (Flammarion), suite du précédent. Dans Le marché des amants (Seuil), Christine Angot raconte sa liaison avec le chanteur Doc Gynéco. Dans Quelques jours avec Christine A. (Plon), Frédéric Andrau confesse sa fascination pour Christine Angot, et se demande bien pourquoi. «Je n’ai aucune admiration pour votre écriture. Chaque fois, je passe davantage de temps à me demander pourquoi je vous lis qu’à vous lire vraiment», écrit-il. Pour miss Angot, régulièrement recalée aux grands prix littéraires, ce texte grinçant est une forme de consécration.
Le plus gros livre de la rentrée est celui de Thomas Pynchon au Seuil. Contre-jour, qui paraît le 4 septembre, fait 1200 pages! Avec ce roman planétaire et foisonnant qui débute par l’Exposition universelle de Chicago en 1893, et s’achève au lendemain de la Première Guerre mondiale, à Paris, le mythique Américain, connu pour son refus de toute apparition publique, réussit son œuvre la plus ambitieuse et la plus émouvante.
Les grands noms de la littérature anglo-saxonne pointent leur nez tôt cette année: dès fin août, les poids lourds que sont Richard Ford, Doris Lessing, Ian McEwan, David Lodge, Joyce Carol Oates puis surtout Salman Rusdhie, avec L’enchanteresse de Florence, à paraître le 15 octobre chez Plon. Ce nouveau roman de l’auteur des Versets sataniques a divisé la critique lors de sa parution en anglais ce printemps. Mais cette romance sensuelle et sulfureuse qui mêle l’Inde du Grand Moghol au début du XVIe siècle et la Florence de la Renaissance promet d’enchanter son large public.
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