Réponse à la lettre ouverte de Charles Poncet à Christophe Büchi (L’Hebdo N° 01)
Comme les lecteurs de L’Hebdo le savent, hélas, l’avocat de la Libye à Genève, Charles Poncet, tient une rubrique régulière dans ce magazine, rubrique qui consiste à démolir une personne publique ou partiellement publique. L’honneur douteux de lui servir de crachoir m’est revenu la semaine passée. Le résultat ne grandit pas son auteur.
La bafouille de M. Poncet m’a surpris car que je ne connais pas ce Monsieur, contrairement à son frère feu Me Dominique Poncet, que j’ai plusieurs fois eu le bonheur d’interviewer. Je n’ai parlé à votre chroniqueur qu’une seule fois, pour un article sur l’affaire Kadhafi.
Dans cet article un peu ironique, je l’ai égratigné légèrement (peut-être trop légèrement!). Apparemment, cela lui est resté en travers de la gorge. La vengeance, semble-t-il, est un plat qui se mange froid. En passant, M. Poncet règle d’autres comptes. Il dit du bien du Matin et de L’Hebdo, dans lesquels il a ses entrées, et dégomme Le Temps, dans lequel il n’écrit pas. C’est un peu petit.
Sa bafouille insultante – n’est pas Cicéron ou Démosthène qui veut! – m’a d’autant plus surpris que le même numéro de L’Hebdo contient une critique fort positive du Dictionnaire impertinent de la Suisse que mon confrère Guy Mettan et moi-même venons de publier aux éditions Slatkine à Genève. Allez comprendre!
Mais visiblement, M. Poncet ne me lit pas, ni la NZZ (Neue Zürcher Zeitung) dont j’ai l’honneur et le plaisir d’être le correspondant en Suisse romande. Ou alors, il ne comprend pas ce qu’il lit (les «quelques souvenirs d’allemand» dont il fait état n’y suffisent-ils peut-être pas?).
S’il avait lu mon livre Mariage de raison (Genève 2001) ou le livre Röstigraben (Zurich 2000, 2001 et 2003), fresques historicopolitiques sur les relations entre Romands et Alémaniques, il saurait que je n’utilise pas les clichés sur les Romands qu’il me reproche, mais au contraire, je les combats.
S’il lisait la NZZ, il saurait que mon travail me fait écrire chaque année des douzaines d’articles dans lesquels j’éveille l’intérêt de nos lecteurs pour la Suisse romande (et il saurait aussi – juste un détail – que la NZZ ne publie pas pendant la semaine la liste des correspondants membres de la rédaction dont je fais partie: la liste serait trop longue).
C’est d’ailleurs pour cette raison que l’an passé, la Fondation Oertli m’a décerné, ainsi qu’à mon collègue Roger Friedrich, son prix honorant des passeurs entre les cultures.
Quant à l’injonction de M. Poncet de me faire correspondant au Sénégal, j’y réfléchis. Car c’est un beau pays pour lequel, personnellement, je n’ai aucun mépris.
Christophe Büchi, correspondant de la NZZ, Lausanne
Polémique Poncet-Büchi
Suisse romande ou française
Charles Poncet qualifie l’expression «Französische Schweiz» d’«inappropriée et maladroite». Ce Romand cultivé, qui fait la leçon à Christophe Büchi, semble ignorer que ladite expression est tout simplement la traduction de «Suisse française». Or «Suisse française» a été, jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’expression la plus courante pour désigner la Suisse francophone. Elle était en concurrence avec «Suisse romande», d’usage moins fréquent.
Ce n’est qu’à partir de l’entre-deux-guerres que «Suisse romande» l’a emporté sur «Suisse française». Quant à «Romandie» que Charles Poncet préfère, c’est un néologisme dont on ignore la date d’apparition, mais qui commence à se vulgariser dans les années 1920-1930 seulement. D’ailleurs, l’usage de ce terme suscite des critiques.
C’est ainsi que la Gazette de Lausanne, dans un article non signé en date du 7 mars 1941 (page 4), considère ce mot comme dangereux parce que chargé d’une connotation sécessionniste: le quotidien libéral voit s’affronter «Alémanie» et «Romandie».
Il est vrai qu’on est en période de guerre et qu’il convient d’affirmer plus que jamais la solidarité nationale liant «Suisse romande» et «Suisse alémanique», et non pas «Suisse française» et «Suisse allemande» et encore moins «Romandie» où le mot «Suisse» disparaît. Quant au vocable le plus approprié au XXIe siècle, que ce soit en allemand ou en français, la question reste ouverte.
GEORGES ANDREY, GIVISIEZ
Les coulisses de la rédaction
Diversité des opinions
La lettre de Charles Poncet à Christophe Büchi a suscité des réactions indignées, notamment sur notre site internet. Et une question: comment la rédaction de L’Hebdo peut-elle laisser l’avocat polémiste critiquer le correspondant de la NZZ alors que, quelques pages auparavant, le livre que celuici cosigne avec Guy Mettan fait l’objet d’un article louangeur?
En matière d’opinion, L’Hebdo laisse une totale liberté de plume à ses chroniqueurs réguliers ou occasionnels, y compris ceux avec lesquels elle peut être en désaccord. Un gage évident de diversité. Lorsque le destinataire d’une lettre ouverte s’estime maltraité, la possibilité lui est offerte de répondre dans le courrier des lecteurs ou dans nos pages Débats & Polémiques.
Le précepte voltairien «Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire» reste la meilleure des références.
CHANTAL TAUXE
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