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Par Christophe Passer - Mis en ligne le 26.09.2012 à 14:32 |
«Je parle d’aujourd’hui à des gens d’aujourd’hui», explique-t-il d’entrée. Gianni Schneider et sa compagnie en sont à leur «troisième Brecht» (dont un fameux Cercle de craie caucasien en 1997) et l’enthousiasme pour le dramaturge allemand demeure intact. «Il reste universel, il traverse les décennies avec la force de son théâtre: des personnages types, presque des caricatures, mais qui permettent dès lors la parabole, et disent le monde qui nous entoure.» En 1941, alors exilé en Finlande, Bertolt Brecht écrit La résistible ascension d’Arturo Ui en trois semaines. Mais la pièce ne sera jamais montée de son vivant. L’argument est inspiré par la montée du nazisme et de Hitler: Arturo Ui est un mélange du Führer, d’Al Capone et de Richard III. Chicago, c’est l’Allemagne d’alors. Et l’on peut s’amuser à remettre une inspiration venue de dignitaires nazis (de Goering à Goebbels) sur d’autres personnages. Mais la question de la scène reste toujours la même: comment adapter l’affaire aujourd’hui? «C’est une pièce qui raconte dès son prologue une formidable entreprise de manipulation, souligne Gianni Schneider. Evidemment, l’idée n’est pas de chercher un équivalent à Adolf Hitler. Mais je demeure aussi un citoyen poétiquement et politiquement engagé. Pour moi, l’addition de la puissance et de la violence, aujourd’hui, c’est cette génération de traders qui a ruiné l’économie pour son profit personnel.» Chez Brecht, Ui était une bête immonde, petit racketteur du marché des fruits et légumes, qui s’élevait par le meurtre et la corruption. Et l’on observait peu à peu le capitalisme se faire déborder par les gangsters. Plus cruelle. La mise en scène de Schneider est peut-être plus cruelle encore. Son Arturo est au départ un chômeur végétarien qui va devenir le saligaud absolu pour s’en sortir. Et surtout, il entend montrer que les financiers d’aujourd’hui, plutôt que des victimes, sont des complices absolus, traders sans foi ni loi feignant de perdre le contrôle sur une société gangstérisée pour mieux en tirer bénéfice. Schneider assume: «C’est un appel à la révolte. Une façon d’obliger le public à ouvrir les yeux. Surtout, c’est parfaitement dans l’esprit de ce que Brecht disait lui-même de la relecture de son théâtre: “Ne pas adapter en fonction d’un contexte social, politique économique, géographique, équivaut à me trahir.”» L’aventure du metteur en scène lausannois se construit aussi autour d’une distribution brillante centrée sur la personnalité forte de l’immense Roland Vouilloz: «J’avais besoin d’un acteur très puissant pour le rôle d’Arturo. Il l’est.» C’est peu dire que le découvrir dans Ui génère de la gourmandise et de l’attente. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble à Vidy, sur le Platonov de Tchekhov en 2007. Enfin, avec ce Brecht, c’est encore une fois l’aimantation des textes germaniques qui a touché Schneider, né d’un père d’origine allemande: «Il y a une immédiateté dans cette langue, dans son approche du monde. Ça me correspond jusqu’au malentendu: j’ai parfois une certaine brusquerie dans le langage, qui n’est pas toujours comprise. Et demeure en moi l’appel de Berlin, une ville extraordinaire où je réside souvent, où tout semble possible.» Ce Berlin où vint mourir Brecht en 1956, sans avoir vu jamais son Arturo Ui sur une scène. Sur celle de Vidy, la version qu’en donnera Gianni Schneider sera l’un des événements de l’automne théâtral, avant une tournée un peu partout en Suisse romande. «La résistible ascension d’Arturo Ui», Théâtre Vidy-Lausanne, salle Charles Apothéloz. Du 28 septembre au 13 octobre. Puis tournée à Genève, Bienne, Monthey, Yverdon, Fribourg et Neuchâtel. |









