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Par JEAN-FRANÇOIS DUVAL - Mis en ligne le 23.05.2012 à 13:22 |
Partout, sur les boulevards, les bus, dans les couloirs du métro, les publicités annoncent la sortie de Sur la route de Walter Salles. Un taxi m’emmène à toute allure à une vision de presse pour happy few. J’en suis, pour avoir tout juste publié aux PUF Kerouac et la Beat Generation. Et je cours: France Inter, France 2, France 5, Europe 1… Jamais le Beat Revival n’aura été aussi fort, tout le monde veut savoir ce que, depuis un demi-siècle, nous devons à Kerouac, Ginsberg, Cassady, Burroughs... Sur France Culture, je scande la fin de Sur la route, accompagné par le superbe jazzman Didier Malherbe – on ne peut plus bluesy, quel pied! Et dire que quand j’ai lu On the Road à 17 ans, Kerouac était oublié, même si le big bang originel de son livre continuait avec une force irrépressible à jeter les jeunes générations sur les routes terrestres et célestes! Plus tôt ce jour, boulevard Saint-Germain, les photographes mitraillent la Hudson 1949, amenée de San Francisco, et qui stoppe devant le Musée des manuscrits, où l’on expose le rouleau original de Sur la route. Walter Salles fait son apparition. A Cannes, son film, coproduit par Coppola, est en lice. Kerouac lui-même, du fond de sa tombe à Lowell, Massachusetts, l’attendait, ce film résurrecteur. Rien n’est plus émouvant que la lettre incroyable qu’il adresse à Marlon Brando en 1957, où il l’implore de tenir le rôle de son héros Dean Moriarty: «Allons, Marlon, retrousse tes manches! Toi seul, avec ton front pensif, peux incarner Dean qui n’a rien du routard abruti qu’on pourrait croire, mais dont la hauteur d’esprit est vertigineuse, capable de damer le pion au plus fieffé des jésuites.» Pauvre Jack, Brando n’a même pas répondu. Intrigue et personnages trop complexes, fuyant devant le mental de Marlon comme le Graal de la route devant Jack et Neal. Irrattrapables. Personnages multidimensionnels. Car Kerouac et Cassady sont multidimensionnels. Tout à la fois Perceval et Lancelot. Rendre au cinéma A la recherche du temps perdu? Ulysse de Joyce? Il faudrait un langage cinématographique nouveau. Même Godard, sollicité par Coppola, ne s’y est pas risqué. Gus Van Sant a échoué. Balayé, le scénario de Russell Banks. Salles, enfin, s’est pointé, fort de la réussite de ses Carnets de voyage (2004), qui racontaient la jeunesse du Che. Voilà, le film se déroule comme la route sous mes yeux. Je pense à Carolyn Cassady, l’épouse de Dean/Neal, l’amante de Jack, incarnée par Kirsten Dunst. Je pense à Marylou qui, en 1997, a pleuré contre mon épaule, et qui ne saura jamais qu’une magnifique actrice, Kristen Stewart, la ferait revivre. La photographie est superbe! Epoustouflants de justesse, Viggo Mortensen dans le rôle de Burroughs, et Tom Sturridge dans celui de Ginsberg. Dans le noir, un courriel s’envole de mon iPhone à destination de Carolyn Cassady. «Vite! me répond-elle, que la production m’envoie un DVD!» A 89 ans, la femme de Neal est la dernière survivante de l’épopée, et peine à se déplacer. Je brûle de connaître son avis. Garrett Hedlund rend-il compte du prodigieux magnétisme et de la dimension transcendantale de Neal? Et de l’énorme influence de ses lettres sur l’écriture de Kerouac? Qu’importe! Salles a sué sang et eau, son film laisse les choses ouvertes, comme le voulait Kerouac: la route est là, énigmatique et sauvage devant nous. A chacun de nous de la tracer et retracer. Jean-François Duval, journaliste et écrivain, également auteur de «Buk et les Beats: essai sur la Beat Generation». |









