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Photo PHM Sem Alésia / Agat Films

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ALESIA
La revanche des Gaulois

Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 22.02.2012 à 11:49

En Bourgogne, le Centre d’interprétation du MuséoParc Alésia ouvre ses portes en mars. Un défi pédagogique, une réussite architecturale et une formidable attraction touristique. Bernard Tschumi a gagné le concours pour la réalisation du MuséoParc Alésia. Il évoque les rapports entre architecture et mémoire.

Sous le soleil de Bourgogne encore timide, le paysage vallonné semble infiniment doux, paisible. Des gris, des bruns, des verts pâles qui s’allient et se fondent. Une harmonie solide, mais discrète. Face à nous, un village s’accroche à la pente d’une colline: Alise-Sainte-Reine, l’ancienne Alésia. Difficile d’imaginer que là, justement, s’est déroulée il y a plus de deux mille ans une terrible bataille opposant les Gaulois aux Romains. Un siège spectaculaire dont le nouveau Centre d’interprétation, qui ouvre ses portes le 26 mars, nous rappelle les enjeux et les principaux épisodes. Construit par l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi, en association avec le célèbre paysagiste Michel Desvigne et l’agence Scène pour la scénographie, ce bâtiment fait partie du MuséoParc Alésia (conçu par la même équipe) qui, à l’horizon 2016, comprendra également un musée archéologique et un vaste réseau de parcours découverte. 120 000 visiteurs sont attendus pour 2012 et 150 000 quand tout sera terminé. Budget global, plus de 50 millions d’euros. «Nous avons un superbe outil entre les mains», se réjouit Laurent de Froberville, qui a quitté le Musée Hergé pour le poste de directeur général de la SEM Alésia en charge de la gestion et de l’animation.

01 Alésia: Leçon de rattrapage

Alésia, ça ne vous dit rien? Vous avez dormi durant les cours d’histoire ou de latin? Pour ceux qui rechignent à se replonger dans l’austère Guerre des Gaules de Jules César, rappelons les faits. Et transportons-nous en 52 avant J.-C., à la fin d’un terrible été. Pour César, qui pourtant depuis six ans s’est imposé en Gaule comme un chef militaire hors du commun, rien ne va plus. L’insurrection des peuples gaulois, coalisés autour de l’Arverne Vercingétorix, est quasi générale. Après l’échec de la prise de Gergovie, le proconsul décide de se replier. Entre la Loire et l’Yonne, sans doute au nord-ouest de l’actuelle ville de Montbard, il est alors attaqué par Vercingétorix qui mise sur la supériorité de ses cavaliers. Avec l’aide de la cavalerie germanique, César réussit toutefois à mettre en déroute le chef gaulois qui choisit d’installer ses troupes dans l’oppidum (une place forte située sur un lieu élevé) d’Alésia. César engage aussitôt d’énormes travaux de fortifications et encercle son ennemi. Après un siège de deux mois, les Gaulois affamés sont vaincus. Vercingétorix se rend. Il est emmené à Rome où il meurt en 46 avant J.-C., probablement étranglé.

02 Comment rendre visible l'invisible

«De cette bataille, il ne reste pas de traces immédiatement visibles», explique Jean-Paul Derinck, délégué pour l’aménagement du site d’Alésia. Il fallait donc jouer la carte de l’évocation et de la reconstitution, sans dénaturer le site (7000 hectares) aujourd’hui protégé. Le maître d’ouvrage, le Conseil général de la Côte d’Or, souhaitait aussi permettre aux visiteurs d’expérimenter physiquement le point de vue de chacun des adversaires. Le futur musée archéologique se trouvera donc en terrain gaulois, sur le mont Auxois, où se situe le village d’Alise-Sainte-Reine. Distant de deux kilomètres, le Centre d’interprétation trône, lui, du côté des assiégeants dans la plaine des Laumes où César avait fait édifier une double ligne de fortifications de respectivement 21 km (la circonvallation) et 15 km (la contrevallation). Pour le plus grand plaisir des visiteurs, un fragment de cet impressionnant ouvrage a été fidèlement reconstitué sur son emplacement même.

03 L'architecture porte-parole de l'histoire

Le Centre d’interprétation se trouve juste à côté. Un surprenant bâtiment rond, couronné par de vrais arbres et entouré par une résille de bois, du mélèze, qui fait aussi office de bouclier thermique. Imposant sans être emphatique, il respecte l’impératif de «retenue» exigé par les scientifiques. Entièrement vitré, et donc offrant une vue panoramique sur le site à 360 degrés, d’une hauteur de 15 m 50 et d’un diamètre de 52 m, il compte quatre niveaux où ont pris place un restaurant, une librairie, un étage entier consacré aux expositions (permanente et temporaire), un auditorium suspendu au-dessus de l’atrium, soutenu par un bosquet de piliers obliques. Tout y est blanc, gris, noir et rond. On accède aux différents étages par une rampe douce offrant une multitude de points de vue et l’on débouche sur un toit en terrasse où plusieurs panneaux permettent de situer dans le paysage les positions des deux belligérants.

04 Le rôle d'un centre d'interprétation

Inspiré par la culture nordique et anglosaxonne, le Centre d’interprétation n’est pas un musée classique. A défaut de pouvoir montrer objets ou vestiges, il s’appuie sur des maquettes, des films, des bornes interactives et même des sculptures. Vivante, ludique mais toujours soucieuse de vérité scientifique, la scénographie nous présente César écrivain puis homme de guerre, elle souligne la part de mystère qui entoure Vercingétorix dont on ne connaît pas le vrai visage. Une galerie nous emmène ensuite au cœur des combats grâce à des sculptures monumentales qui représentent soldats romains et gaulois engagés dans de violents corps à corps. Deux frises évoquent ensuite le quotidien des deux armées et l’on peut prendre place dans une salle de projection pour découvrir le film Alésia, le rêve d’un roi nu. Le comédien suisse Carlo Brandt y tient le rôle de Jules César et c’est Yann Trégouët qui joue Vercingétorix. Un valeureux guerrier qui, nous rappelle-ton, sombra quelque peu dans l’oubli avant de ressusciter au XIXe siècle en héros national, porté par le besoin de fédérer les Français autour d’une figure forte et mythique. Napoléon III, qui finança d’importantes fouilles sur le site d’Alésia, lui fit ériger sur le mont Auxois une statue colossale de 6 m 60 de haut. Elle trône toujours et reprend tous les stéréotypes du Gaulois farouche et guerrier, forcément barbu et chevelu.

05 La fin de la polémique: Alésia = Alise

Lieu mythique, Alésia et sa localisation furent aussi l’enjeu d’interminables polémiques. L’exposition du Centre d’interprétation ne manque pas de les aborder. Depuis le XIXe siècle, en effet, de très nombreux sites, notamment franc-comtois, ont prétendu ravir à Alise-Sainte-Reine l’honneur d’avoir abrité le siège fameux. Au total, relèvent les spécialistes, «une vingtaine de prétendantes déclarées et 3850 “Alésia potentielles”». Tout un faisceau d’indices, et les scientifiques s’accordent sur ce point, prouve aujourd’hui qu’«Alésia c’est bien Alise-Sainte-Reine». Si toutefois, de loin, la pente du mont Auxois masquée par les arbres vous paraît bien douce, un conseil. Grimpez, à pied, jusqu’à la statue de Vercingétorix. Cent soixante mètres de dénivelé, ça n’est pas rien. Après avoir découvert dans l’exposition les armes dont disposaient les belligérants, vous comprendrez mieux les enjeux de la bataille.

Centre d’interprétation du MuséoParc Alésia. Alise-Sainte-Reine. Ouverture au public le 26 mars. www.alesia.com

 


 

INTERVIEW

LE REGARD DE L'ARCHITECTE

Bernard Tschumi a gagné le concours pour la réalisation du MuséoParc Alésia. Il évoque les rapports entre architecture et mémoire.

 

Vous venez d’achever le Centre d’interprétation du MuséoParc Alésia, vous êtes aussi l’auteur du Musée de l’Acropole à Athènes. Construit-on différemment quand il s’agit de prendre en compte la mémoire et l’histoire?

Pour moi, toute architecture est dialogue. Avec l’endroit où elle se trouve, avec son contexte. Dans des cas comme ceux que vous évoquez, à cette inscription particulière dans l’espace s’ajoute un dialogue dans le temps. Une prise en compte qui, toutefois, ne se situe pas au niveau de la forme, mais du concept. A Athènes comme à Alésia, il s’agissait de matérialiser l’idée que l’on a affaire à une civilisation qui perdure.

Une forme circulaire, du bois, autant d’éléments qui renvoient au siège, à l’encerclement, aux fortifications. Peut-on parler d’une architecture symbolique?

Oui et non. Je me méfie de ce mot. Il est très difficile à manier. Certes, il fallait que le bâtiment réponde à une histoire, à une géographie – en l’occurrence le cercle des collines avoisinantes où se trouvaient les armées de César, bref qu’il parle. Mais encore une fois, attention! Il existe aujourd’hui trop d’architecture grandiloquente. J’ai essayé d’intervenir avec une certaine retenue, donc j’hésite à parler de symbole. D’ailleurs, c’est quand même curieux, et très intéressant, cette histoire d’Alésia. La France doit bien être le seul pays qui a forgé son identité nationale à partir d’une défaite!

 

«LA FRANCE DOIT BIEN ÊTRE LE SEUL PAYS QUI A FORGÉ SON IDENTITÉ NATIONALE À PARTIR D’UNE DÉFAITE!»
Bernard Tschumi, architecte

 

Pourquoi avoir choisi d’implanter cette couronne d’arbres sur la terrasse?

Il fallait terminer le bâtiment. Je me demandais comment le faire rejoindre le ciel. Les arbres m’ont semblé une bonne solution. Et une façon de retrouver la nature sur cette terrasse d’où l’on dispose d’une vue panoramique sur le paysage environnant. Il s’agit de bouleaux et de chênes qui vont atteindre jusqu’à huit mètres de haut. Mais n’ayez crainte: on a installé un grand paratonnerre.

Alésia fut aussi une terrible bataille. Gaulois ou Romains, avez-vous choisi votre camp?

Dans l’équipe qui, à l’agence, travaillait sur le projet, se trouvaient des Français, moi qui suis Franco-Suisse, et des Italiens, de surcroît des Romains. Nous allions tous ensemble aux réunions et nous nous sommes très vite dit que nous étions Européens. Plus sérieusement, au niveau des réalisations, les deux points de vue ont été traités à égalité. On se trouve dans le schéma classique de l’assaillant et de l’assiégé où l’un n’existe pas sans l’autre. C’est un ballet, une chorégraphie qu’il fallait absolument préserver.

A la fin mars, le Centre d’interprétation ouvre ses portes. Quand un bâtiment est terminé, est-ce difficile de s’en séparer?

Parfois un peu, parfois beaucoup. Mais on n’a pas le choix. Arrive un moment où il faut le laisser vivre. Quand les usagers ont compris le projet et vont dans son sens, on est heureux chaque fois qu’on le revoit. Dans d’autres cas, il faut le protéger, ou du moins essayer, pour qu’on ne le massacre pas. La première fois où j’ai vécu cette expérience, c’était à la Villette, au début de ma carrière. Le parc n’était pas encore ouvert, mais les machines s’en étaient allées, le chantier était terminé. Je m’y suis rendu un samedi matin et j’y ai découvert un vacarme incroyable. Les oiseaux étaient arrivés, je n’étais plus chez moi.




Tags: Alésia, Gaulois, Bourgogne,

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