Grâce et disgrâce
La révolution des fusions
Qui fera bouger la Suisse? Le Conseil fédéral ressemble de plus en plus à un naufragé en train de se noyer: chaque fois qu’il parvient à remettre la tête hors de l’eau, une nouvelle vague le submerge.
Davos et ses bilans obligés livrent une part du problème: la Suisse reste une puissance économique non négligeable, mais elle est un nain politique. Et cette atrophie, souvent cachée derrière le concept aussi fourre-tout que vertueux de neutralité, devient un handicap dans un monde globalisé. Comment devenir grand, ou du moins reconquérir le respect de nos voisins? Il y a peu de chances que le salut vienne de Berne, le gouvernement ne parvient pas à afficher un front uni. Logique, il ne sait pas où il veut conduire le pays. Quant aux partis, ils se battent comme des chiffonniers pour de maigres brindilles électorales sous l’œil goguenard de l’UDC qui n’osait espérer une telle pagaille chez ses adversaires.
Il faut décentrer le regard. De nouvelles énergies viennent des cantons. Ainsi cette histoire de fusion dans l’arc jurassien, une solide utopie, mais validée par un récent sondage (lire en page 40). Les pourtours de ce nouveau territoire dégagent un projet étonnamment cohérent. Les obstacles et les freins seront multiples. L’un d’eux est énorme: en cas de fusion entre Neuchâtel, Jura et Jura bernois, la Suisse latine perdrait un canton et au moins deux sénateurs. Un argument pour bloquer tout le processus. Ou un tremplin magnifique pour repenser les équilibres au sein du Conseil des Etats. Et dans le même élan, pourquoi pas, encourager des petits cantons alémaniques, très tributaires de la solidarité confédérale, à se regrouper.
Hérésie? Longtemps, les fusions de communes ont paru saugrenues. Elles se multiplient désormais. L’identité n’est pas une question de guichets et de nombre de fonctionnaires, on peut la préserver et même la choyer par des politiques culturelles fortes. Les citoyens, plus mobiles que naguère, ont un nouveau rapport à l’administration. Ils veulent des services efficaces. Ce mouvement, empreint d’un certain consumérisme, relativise les beautés sacralisées du pouvoir de proximité.
Les réflexions sur l’identité et sur la juste gouvernance auxquelles s’astreignent les habitants des communes déteindront tôt ou tard sur les débats nationaux. Une vraie révolution issue de la Suisse d’en bas et qui secouera le Palais fédéral de ses pesanteurs.
L’IDENTITÉ N’EST PAS UNE QUESTION DE GUICHETS.
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