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JOUR DE PRIÈRE Le vendredi, les fidèles musulmans sont des centaines à se rendre à la mosquée Omar. Tellement nombreux que certains d’entre eux doivent rester à l’extérieur et prier dans la rue.
Pascale Segretain / Sygma / Corbis

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Reportage
La rue Timbaud à Paris, fief islamiste

Par Pauline Garaude - Mis en ligne le 10.11.2010 à 15:17

UN QUARTIER COSMOPOLITE. C’est ici, dans cette rue du quartier de Belleville, que se trouve le bastion historique des musulmans tabligh: un courant fondamentaliste et prosélyte du Pakistan. Boucheries hallal, librairies islamiques, boutiques de hijabs… et la fameuse mosquée Omar, un temps entachée par une réputation sulfureuse.

C’est vendredi, jour de la grande prière. Il est 14 h 20. Des femmes voilées et des hommes portant le kéfir, la longue barbe et la tunique pantalon, se pressent. La mosquée Omar est déjà pleine. Plus d’un millier de fidèles y sont réunis.

Alors dehors, rue Paul-Morand, on étale à même le bitume les tapis de prière et on écoute le prêche de l’imam diffusé par haut-parleurs. Sur plus de 100 mètres, la rue est noire de monde. Et bloquée par des barrières comme chaque vendredi depuis des années.

Ce lieu de culte fondé en 1979 attire les musulmans du Tout-Paris et de la banlieue. «On habite à 100 kilomètres. Mais le vendredi, ça nous arrive de venir, car il y a le marché de Belleville et la rue Jean-Pierre Timbaud est la seule de Paris où on trouve tous les commerces islamiques. On fait nos courses et on va prier à la mosquée. C’est mixte et on vient en famille», témoigne Zeina, 32 ans, d’origine maghrébine.

Noura, d’origine saoudienne, habite elle le XVe arrondissement. «On y est accueilli comme nulle part, et après la prière, on peut suivre les enseignements des hadiths, parfaire nos connaissances de la vie de Mahomet, poser toutes les questions qu’on veut.»

Car la mosquée Omar est aussi une madrassa, une école coranique où Oum Charaf, 65 ans, est l’une de celles qui «transmet le message», comme elle dit. Son sourire est chaleureux, sa voix douce. «Chaque vendredi, et en semaine, j’enseigne les hadiths, dires et actes de notre Prophète.»

En effet, après la prière, une dizaine de femmes sont restées à l’écouter religieusement. «On ne peut connaître et vénérer Dieu, ni être de bons musulmans, si on n’a pas une connaissance parfaite du Coran et de Mahomet», insiste-t-elle.

Un prosélytisme discret. Un message que les tabligh (qui prônent le retour aux fondements de la vie du prophète) s’efforcent de répandre. On les nomme «les témoins de Jéhovah» de l’islam.

L’imam Hchour, qui a succédé à Hamadi Hammami (fils de Mohamed Hammami, fondateur de la mosquée Omar) il y 8 mois, refuse l’appartenance à un courant. «On ne fait pas de distinction. Il y a un Dieu: Allah. Tabligh, wahabbite, salafiste, déobandi… ou je ne sais quoi, cela n’a aucun sens. C’est le Dieu Allah qui prime. Si ça devient politique, alors ça ne nous concerne plus!» abrèget- il d’un geste de la main signifiant que la discussion est close.

Ce mouvement se veut apolitique et refuse le qualificatif de «radical» que les médias lui collent. Cependant, les bénévoles de l’Association foi et pratique (vitrine française du Tabligh créée en 1972) - qui gère 5 mosquées dans Paris dont «Omar» - prêchent la parole de Mahomet.

Dans la plus grande discrétion: de bouche à oreille, dans les bars du quartier, dans les boutiques de Taxiphones ou sur internet, chez les commerçants, dans la rue … «Parfois, j’en vois qui viennent boire le thé et disent que c’est un devoir des musulmans d’être dans le bon chemin. Qu’il ne faut pas se divertir et s’écarter de la foi. Ils nous incitent à aller plus à la mosquée et à plus pratiquer», témoigne Abdel, du bar Le Fidèle, situé en face de la mosquée et où l’on ne sert aucun alcool. «Si je vois que ça dérape, je leur demande de partir. Ça peut arriver.»

Dans un café internet, trois Africains discutent. «C’est vrai que je me suis plongé dans le Coran et les hadiths et que, depuis, j’ai augmenté ma foi. Il faut revenir aux fondements et à la vie de Mahomet pour vraiment comprendre l’Islam», dit l’un d’eux à ses amis, tentant visiblement de les convaincre. A deux rues de là, Cité des Trois-Bornes, des jeunes fument ouvertement leurs cigarettes de haschich.

Karim, le plus âgé de la bande lâche: «Parfois, y’a des barbus qui viennent nous dire que c’est pas bien de fumer ou de dealer de la drogue et qu’on ferait mieux d’aller à la mosquée! Que la soumission à Dieu c’est le vrai sens de la vie! Mais moi, ça marche pas ce genre de discours. Allah, j’le respecte, mais c’est pas lui qui va me rapporter de la tune!»

Un «temple du Djihad»? La mosquée Omar fut un temps entachée par une réputation sulfureuse qui lui colle toujours à la peau. «Moi le premier, si je tape sur internet le nom de la mosquée, je m’inquiète. Je ne voudrais pas fréquenter ce lieu de culte ni laisser mes enfants le fréquenter. C’est à nous de faire en sorte que cela change», dixit le fils du fondateur!

Fief des Tabligh dans les années 80-90, ce lieu a servi de base au GIA (Groupe Islamique Armé) algérien. Boualem Bensaïd, un des acteurs des attentats de Paris en 1995, y avait ses habitudes, comme les planificateurs d’un attentat prévu pour la Coupe de monde de football de 1998. Plus récemment, les Français Djamel Loiseau, Brahim Yadel et Khaled ben Moustafa sont partis combattre en Afghanistan.

Djamel est mort. Les deux autres ont passé par Guantanamo et ont été libérés en 2004. En juillet 2007, la police menait à bien une «opération de prévention du terrorisme» et arrêtait un Algérien de 35 ans qui avait appelé au djihad à proximité de la mosquée.

Est-elle alors un «temple du Djihad» comme l’a décrié la presse? Pour les experts comme pour les renseignements, il faut éviter l’amalgame entre le prêche de l’imam et les aspirations de certains fidèles. La difficulté réside dans le contrôle idéologique. Après le 11-Septembre, les Renseignements généraux ont accru leur vigilance sur certaines mosquées de Paris – 5 sont toujours «sous contrôle».

Un agent des RG confirme qu’il est «très difficile de faire de la surveillance, car les rencontres se font de plus en plus en privé». Et l’imam de la mosquée Omar avoue: «On ne peut pas savoir qui est intégriste ou non. Mais j’ai interdit que des groupes restent parler dans la mosquée après la prière. Il y a des bars pour ça! Je suis très strict làdessus. L’Association foi et pratique fait aussi du contrôle. Parfois, il peut y avoir des imams indésirables…»

Si ce quartier n’est pas à première vue «islamiste» et «radical», les journalistes y sont personae non gratae. «Faites attention avec votre appareil photo. Vous pouvez vous attirer des problèmes. C’est dangereux ici», me dit une patrouille de police. Depuis la rue, je photographie une devanture de librairie.

Un responsable sort et exige d’effacer toutes les photos. Un père de famille, qui passait dans la rue, lance: «Vous ne respectez pas le droit à l’image. Vous êtes de ces journalistes qui prenez des photos sans même nous demander, et après vous écrivez qu’on est des islamistes! On veut pas de gens comme vous ici!»

Si l’on s’y balade par curiosité, c’est ce melting-pot religieux, culturel et social qui saute aux yeux. La rue Timbaud est une des rues branchées de l’Est parisien où se retrouve la jeunesse trentenaire d’un quartier qui devient «bobo». Le Cannibale et le Onze Bar sont des «QG».

Dans la rue, on croise tous les genres: les Chinoises de Belleville, les punks junkies, des filles voilées, des Juifs sortis de la synagogue avec leur kippa et leur longue barbe. Et au métro Couronnes, les témoins de Jéhovah chrétiens, distribuent leurs tracts


Une rue commerçante

C'est "la" rue musulmane de Paris

Sur 200 mètres se succèdent 4 boucheries hallal, 12 libraires islamiques, autant de boutiques de prêt-à-porter, 3 agences de voyages affichant des promos pour le hadj (le pèlerinage annuel à la Mecque qui démarre mi-novembre)… La restauration hallal est en plein boom et un Sushi Fast Food, géré par les Chinois de Belleville vient d’ouvrir. Les libraires, qui sont tous éditeurs, n’ont pas dans leurs rayons d’ouvrage radical ou prônant le djihad.

Mais des livres en arabe et français pour enfants, sur la spiritualité, la vie de couple (et même l’avortement), la prière et le hadj, la médecine et la diététique, quelques-uns sur le «satanisme». «On ne met pas tout en rayons. Vous trouverez toutes nos références sur notre site web», dit Hassan. Là non plus, aucun radicalisme visible. Idem dans les boutiques de prêt-à-porter.

Pas de niqab, le voile intégral. «Non, on n’en a pas, car on a de moins en moins de demandes. J’en ai 10 en stock au cas où…» On vend le jilbeb du Moyen-Orient, la djellaba du Maghreb, l’abaya d’Arabie saoudite ou des pantalons larges. Et dans la rue, guère de femmes au visage voilé. «C’est pour les intégristes!» lance Karima de la boutique Zeina.

Pourtant, le Conseil constitutionnel a validé le 7 octobre la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public. Ce que tous les musulmans ici condamnent pour «non-respect des coutumes religieuses d’autrui».




Tags: Rue Timbaud, Paris, islamisme, Belleville,

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Réaction de Beyle
le 25.11.2010 à 22:09
Mais àa part ça, la société ne s'islamise pas... ben...
 
Réaction de lecteur
le 25.11.2010 à 18:36
http://www.bivouac-id.com/billets/islam-et-menaces... s'agit d'une vidéo sur la liberté d'expression qui est...
 
Réaction de lecteur
le 25.11.2010 à 18:24
Finance islamique, halal à tout va, interdiction de critiquer l'Islam...
 
Réaction de lecteur
le 25.11.2010 à 18:17
Finance islamique, halal à tout va, interdiction de critiquer l'Islam...
 
Réaction de erulinos
le 25.11.2010 à 18:00
Quelle belle vision de la France métissée du vivrensemble de...
 
Réaction de Jojo
le 25.11.2010 à 17:48
Inquiétante cette progression de l'islam en europe.
Réaction de Poreux
le 24.11.2010 à 16:59
L’avenue de la Fulmination à Paris. Rodrigo Uribe Mallarino. Chroniqueur. Le...
 



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