JOUR DE PRIÈRE Le vendredi, les fidèles musulmans sont des centaines à se rendre à la mosquée Omar. Tellement nombreux que certains d’entre eux doivent rester à l’extérieur et prier dans la rue. Pascale Segretain / Sygma / Corbis
Reportage
La rue Timbaud à Paris, fief islamiste
Par Pauline Garaude - Mis en ligne le 10.11.2010 à 15:17
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UN QUARTIER COSMOPOLITE. C’est ici, dans cette rue du quartier de Belleville, que se trouve le bastion historique des musulmans tabligh: un courant fondamentaliste et prosélyte du Pakistan. Boucheries hallal, librairies islamiques, boutiques de hijabs… et la fameuse mosquée Omar, un temps entachée par une réputation sulfureuse.
C’est vendredi, jour de la grande prière. Il est 14 h 20. Des femmes voilées et des hommes portant le kéfir, la longue barbe et la tunique pantalon, se pressent. La mosquée Omar est déjà pleine. Plus d’un millier de fidèles y sont réunis.
Alors dehors, rue Paul-Morand, on étale à même le bitume les tapis de prière et on écoute le prêche de l’imam diffusé par haut-parleurs. Sur plus de 100 mètres, la rue est noire de monde. Et bloquée par des barrières comme chaque vendredi depuis des années.
Ce lieu de culte fondé en 1979 attire les musulmans du Tout-Paris et de la banlieue. «On habite à 100 kilomètres. Mais le vendredi, ça nous arrive de venir, car il y a le marché de Belleville et la rue Jean-Pierre Timbaud est la seule de Paris où on trouve tous les commerces islamiques. On fait nos courses et on va prier à la mosquée. C’est mixte et on vient en famille», témoigne Zeina, 32 ans, d’origine maghrébine.
Noura, d’origine saoudienne, habite elle le XVe arrondissement. «On y est accueilli comme nulle part, et après la prière, on peut suivre les enseignements des hadiths, parfaire nos connaissances de la vie de Mahomet, poser toutes les questions qu’on veut.»
Car la mosquée Omar est aussi une madrassa, une école coranique où Oum Charaf, 65 ans, est l’une de celles qui «transmet le message», comme elle dit. Son sourire est chaleureux, sa voix douce. «Chaque vendredi, et en semaine, j’enseigne les hadiths, dires et actes de notre Prophète.»
En effet, après la prière, une dizaine de femmes sont restées à l’écouter religieusement. «On ne peut connaître et vénérer Dieu, ni être de bons musulmans, si on n’a pas une connaissance parfaite du Coran et de Mahomet», insiste-t-elle.
Un prosélytisme discret. Un message que les tabligh (qui prônent le retour aux fondements de la vie du prophète) s’efforcent de répandre. On les nomme «les témoins de Jéhovah» de l’islam.
L’imam Hchour, qui a succédé à Hamadi Hammami (fils de Mohamed Hammami, fondateur de la mosquée Omar) il y 8 mois, refuse l’appartenance à un courant. «On ne fait pas de distinction. Il y a un Dieu: Allah. Tabligh, wahabbite, salafiste, déobandi… ou je ne sais quoi, cela n’a aucun sens. C’est le Dieu Allah qui prime. Si ça devient politique, alors ça ne nous concerne plus!» abrèget- il d’un geste de la main signifiant que la discussion est close.
Ce mouvement se veut apolitique et refuse le qualificatif de «radical» que les médias lui collent. Cependant, les bénévoles de l’Association foi et pratique (vitrine française du Tabligh créée en 1972) - qui gère 5 mosquées dans Paris dont «Omar» - prêchent la parole de Mahomet.
Dans la plus grande discrétion: de bouche à oreille, dans les bars du quartier, dans les boutiques de Taxiphones ou sur internet, chez les commerçants, dans la rue … «Parfois, j’en vois qui viennent boire le thé et disent que c’est un devoir des musulmans d’être dans le bon chemin. Qu’il ne faut pas se divertir et s’écarter de la foi. Ils nous incitent à aller plus à la mosquée et à plus pratiquer», témoigne Abdel, du bar Le Fidèle, situé en face de la mosquée et où l’on ne sert aucun alcool. «Si je vois que ça dérape, je leur demande de partir. Ça peut arriver.»
Dans un café internet, trois Africains discutent. «C’est vrai que je me suis plongé dans le Coran et les hadiths et que, depuis, j’ai augmenté ma foi. Il faut revenir aux fondements et à la vie de Mahomet pour vraiment comprendre l’Islam», dit l’un d’eux à ses amis, tentant visiblement de les convaincre. A deux rues de là, Cité des Trois-Bornes, des jeunes fument ouvertement leurs cigarettes de haschich.
Karim, le plus âgé de la bande lâche: «Parfois, y’a des barbus qui viennent nous dire que c’est pas bien de fumer ou de dealer de la drogue et qu’on ferait mieux d’aller à la mosquée! Que la soumission à Dieu c’est le vrai sens de la vie! Mais moi, ça marche pas ce genre de discours. Allah, j’le respecte, mais c’est pas lui qui va me rapporter de la tune!»
Un «temple du Djihad»? La mosquée Omar fut un temps entachée par une réputation sulfureuse qui lui colle toujours à la peau. «Moi le premier, si je tape sur internet le nom de la mosquée, je m’inquiète. Je ne voudrais pas fréquenter ce lieu de culte ni laisser mes enfants le fréquenter. C’est à nous de faire en sorte que cela change», dixit le fils du fondateur!
Fief des Tabligh dans les années 80-90, ce lieu a servi de base au GIA (Groupe Islamique Armé) algérien. Boualem Bensaïd, un des acteurs des attentats de Paris en 1995, y avait ses habitudes, comme les planificateurs d’un attentat prévu pour la Coupe de monde de football de 1998. Plus récemment, les Français Djamel Loiseau, Brahim Yadel et Khaled ben Moustafa sont partis combattre en Afghanistan.
Djamel est mort. Les deux autres ont passé par Guantanamo et ont été libérés en 2004. En juillet 2007, la police menait à bien une «opération de prévention du terrorisme» et arrêtait un Algérien de 35 ans qui avait appelé au djihad à proximité de la mosquée.
Est-elle alors un «temple du Djihad» comme l’a décrié la presse? Pour les experts comme pour les renseignements, il faut éviter l’amalgame entre le prêche de l’imam et les aspirations de certains fidèles. La difficulté réside dans le contrôle idéologique. Après le 11-Septembre, les Renseignements généraux ont accru leur vigilance sur certaines mosquées de Paris – 5 sont toujours «sous contrôle».
Un agent des RG confirme qu’il est «très difficile de faire de la surveillance, car les rencontres se font de plus en plus en privé». Et l’imam de la mosquée Omar avoue: «On ne peut pas savoir qui est intégriste ou non. Mais j’ai interdit que des groupes restent parler dans la mosquée après la prière. Il y a des bars pour ça! Je suis très strict làdessus. L’Association foi et pratique fait aussi du contrôle. Parfois, il peut y avoir des imams indésirables…»
Si ce quartier n’est pas à première vue «islamiste» et «radical», les journalistes y sont personae non gratae. «Faites attention avec votre appareil photo. Vous pouvez vous attirer des problèmes. C’est dangereux ici», me dit une patrouille de police. Depuis la rue, je photographie une devanture de librairie.
Un responsable sort et exige d’effacer toutes les photos. Un père de famille, qui passait dans la rue, lance: «Vous ne respectez pas le droit à l’image. Vous êtes de ces journalistes qui prenez des photos sans même nous demander, et après vous écrivez qu’on est des islamistes! On veut pas de gens comme vous ici!»
Si l’on s’y balade par curiosité, c’est ce melting-pot religieux, culturel et social qui saute aux yeux. La rue Timbaud est une des rues branchées de l’Est parisien où se retrouve la jeunesse trentenaire d’un quartier qui devient «bobo». Le Cannibale et le Onze Bar sont des «QG».
Dans la rue, on croise tous les genres: les Chinoises de Belleville, les punks junkies, des filles voilées, des Juifs sortis de la synagogue avec leur kippa et leur longue barbe. Et au métro Couronnes, les témoins de Jéhovah chrétiens, distribuent leurs tracts
Une rue commerçante
C'est "la" rue musulmane de Paris
Sur 200 mètres se succèdent 4 boucheries hallal, 12 libraires islamiques, autant de boutiques de prêt-à-porter, 3 agences de voyages affichant des promos pour le hadj (le pèlerinage annuel à la Mecque qui démarre mi-novembre)… La restauration hallal est en plein boom et un Sushi Fast Food, géré par les Chinois de Belleville vient d’ouvrir. Les libraires, qui sont tous éditeurs, n’ont pas dans leurs rayons d’ouvrage radical ou prônant le djihad.
Mais des livres en arabe et français pour enfants, sur la spiritualité, la vie de couple (et même l’avortement), la prière et le hadj, la médecine et la diététique, quelques-uns sur le «satanisme». «On ne met pas tout en rayons. Vous trouverez toutes nos références sur notre site web», dit Hassan. Là non plus, aucun radicalisme visible. Idem dans les boutiques de prêt-à-porter.
Pas de niqab, le voile intégral. «Non, on n’en a pas, car on a de moins en moins de demandes. J’en ai 10 en stock au cas où…» On vend le jilbeb du Moyen-Orient, la djellaba du Maghreb, l’abaya d’Arabie saoudite ou des pantalons larges. Et dans la rue, guère de femmes au visage voilé. «C’est pour les intégristes!» lance Karima de la boutique Zeina.
Pourtant, le Conseil constitutionnel a validé le 7 octobre la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public. Ce que tous les musulmans ici condamnent pour «non-respect des coutumes religieuses d’autrui».
Tags: Rue Timbaud, Paris, islamisme, Belleville,
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| Réaction de Beyle le 25.11.2010 à 22:09 | | Mais àa part ça, la société ne s'islamise pas... ben... Mais àa part ça, la société ne s'islamise pas... ben voyons. | |
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| Réaction de lecteur le 25.11.2010 à 18:36 | http://www.bivouac-id.com/billets/islam-et-menaces... s'agit d'une vidéo sur la liberté d'expression qui est... http://www.bivouac-id.com/billets/islam-et-menaces-sur-la-liberte-dexpression/
Il s'agit d'une vidéo sur la liberté d'expression qui est bafouée à cause d'une pression des musulmans.
Certains justifient l'impossibilité d'une lutte contre l'Islam en se fondant sur une comparaison avec le nazisme. Mais les nouveaux nazis sont les musulmans, pas les individus comme moi, des gens simples, qui ne luttent pas contre une misère économique ou sociale, mais contre ceux qui colonisent l'Europe petit à petit, dans l'indifférence générale, et qui imposent leur vision du Monde, de l'Histoire, de la science etc. | | |
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| Réaction de lecteur le 25.11.2010 à 18:24 | | Finance islamique, halal à tout va, interdiction de critiquer l'Islam... Finance islamique, halal à tout va, interdiction de critiquer l'Islam ou Mahomet, interdiction de s'habiller comme on le souhaite, interdiction d'être homosexuel, statut d'être inférieur pour les chrétiens, les juifs, les athées, constructions de mosquées avec l'argent du contribuable quant il ne s'agit pas des dons de fous prosélytes des EAU ou de l'Arabie Saoudite... Lapidation des femmes adultères, amputations des membres pour les voleurs, coups de fouets et j'en passe. C'est ça l'Islam. Il n'y a pas d'Islam de paix, ou d'Amour. 1/5eme du Coran n'est pas violent, tout le reste prêche la haine. Ouvrez les yeux, la France et l'Europe s'enfonce dans un nouveau totalitarisme, le pire des obscurantismes religieux. Les musulmans n'ont rien créé, ils ont simplement envahi, copié, tué. Qu'attendons pour dire que cela doit cesser? Ça vous fait plaisir de savoir que l'avenir des européens se trouvent sous domination musulmane? C'est ce que l'on va vivre si rien n'est fait. | |  |
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| Réaction de lecteur le 25.11.2010 à 18:17 | Finance islamique, halal à tout va, interdiction de critiquer l'Islam... Finance islamique, halal à tout va, interdiction de critiquer l'Islam ou Mahomet, interdiction de s'habiller comme on le souhaite, interdiction d'être homosexuel, statut d'être inférieur pour les chrétiens, les juifs, les athées, constructions de mosquées avec l'argent du contribuable quant il ne s'agit pas des dons de fous prosélytes des EAU ou de l'Arabie Saoudite... Lapidation des femmes adultères, amputations des membres pour les voleurs, coups de fouets et j'en passe. C'est ça l'Islam. Il n'y a pas d'Islam de paix, ou d'Amour. 1/5eme du Coran n'est pas violent, tout le reste prêche la haine. Ouvrez les yeux, la France et l'Europe s'enfonce dans un nouveau totalitarisme, le pire des obscurantismes religieux. Les musulmans n'ont rien créé, ils ont simplement envahi, copié, tué. Qu'attendons pour dire que cela doit cesser? Ça vous fait plaisir de savoir que l'avenir des européens se trouvent sous domination musulmane? C'est ce que l'on va vivre si rien n'est fait. | | |  |
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| Réaction de erulinos le 25.11.2010 à 18:00 | | Quelle belle vision de la France métissée du vivrensemble de... Quelle belle vision de la France métissée du vivrensemble de demain. Aucun problème dans ce quartier diversifié par cette population qui nous émerveille chaque vendredi de leur Religion d'Amour, de Tolérance et de Paix (RATP). Heureusement que leur nombre permettra de payer nos retraites tout en occupant les emplois dont les français racistes ne veulent pas. Nous avons beaucoup à apprendre d'eux, de leurs coutumes et de leur vision du monde. C'es la douce France de demain !! | |
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| Réaction de Jojo le 25.11.2010 à 17:48 | Inquiétante cette progression de l'islam en europe. Inquiétante cette progression de l'islam en europe. | | |
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| Réaction de Poreux le 24.11.2010 à 16:59 | | L’avenue de la Fulmination à Paris.
Rodrigo Uribe Mallarino. Chroniqueur.
Le... L’avenue de la Fulmination à Paris.
Rodrigo Uribe Mallarino. Chroniqueur.
Le théâtre de la Fulmination, un nouveau genre dramatique.
Un vent froid pourrait nous faire croire que nous assistons à la création d’un nouveau genre dramatique. Serions-nous les premiers à le constater de manière palpable, à le chroniquer de manière sérieuse ? Le théâtre de la Fulmination aurait-il surgit, avec la célébration de la barbarie et des blasphèmes ? Une sorte de renouveau du théâtre de boulevard, avec son évocation du crime, et son boulevard du Crime ? Ou alors, c’est juste la vie en ville, qui en res publica, dans la rue, s’exprime comme souvent, sans passer par des estrades ni faire forcément partie du théâtre de la rue. Les aspects délicats et forts de la pratique urbaine en zone dense avec son maillage sont là.
A Paris-sacré, les habitants connaîtront-ils la guerre nouvelle des religions ? La guérilla des idéologies voilées ? La terreur des extrémismes médiatisés ? Il y a quelques mois à Belleville, des protestations des habitants contre une onde de vols au sac et de violences contre les personnes ont fait naître la rumeur d’une guerre entre "communautés". Très vite, sur les moteurs de recherche, alimentés par les mots-clefs médiatiques, apparaissaient des épithètes angoissantes et le quartier était associé à ce lieu commun. Puis, les faits ont été posés en termes de simple délinquance et comme souvent, les articles à sensation se sont taris.
Timbaud, la rue, elle flambe aujourd’hui sous l’ardeur d’un clavier. Pauline Garaude (l’Hebdo 10-11-10) nous alerte avec sa description de cette rue et de son quartier. "Un fief islamiste". Sommes-nous proches du vrai choc ? Sans doute n’y a t-il pas assez d’extrémistes, ni de communautaires, ni d’islamistes : l’auteure se doit de prédire une remonté d’adrénaline. A-t-elle été fixée ou mal-fixée sur une nouvelle piste ? Souvent les observateurs de la chose publique en région parisienne s’interrogent sur la qualité de l’information des journalistes qui ne reconnaissent pas le terrain.
A la guerre comme à la guerre.
Un fixeur est celui qui facilite l’ouverture des portes et fait parler les causeurs. Parmi ses fonctions : le balisage du terrain, la protection du journaliste, la mise en relation, le choix du casting puisqu’il s’agit de ça, le gain de temps, l’avantage concurrentiel sur les collègues de la presse. Non, Garaude n’a pas de fixeur ! Ou si ? Si c’est oui, les descriptions de cette rue et de ce quartier donnent à croire que l’auteure a topé un fixeur de mauvaise qualité. A-t-elle gaspillé son fric ? Si c’est non, alors ... apportons quelques précisions.
Rue Timbaud, Jean-Pierre Timbaud pour être exact, est une rue qui commence à 200 mètres de la place de la République et finit aux pieds du parc de Belleville. De nos jours, parmi les activités de la rue les plus importantes, nous signalons celle des manifestations, les "manifs", qui traversent cet espace. Un échantillon, au hasard, sans préjuger de leur validité : contre la reforme des retraites, pour l’école publique, contre l’avortement, pour le Tibet, contre la dictature Birmane, pour la défense des Kurdes, contre les expulsions (y compris un appel à la désobéissance civile), pour la défense des droits face à la xénophobie, contre la françafrique. C’est une activité notable. Ce n’est pas peu et c’est plutôt républicain. Tous les conflits ne sont pas possibles dans l’espace urbain, mais un bon nombre de conflits, oui. L’espace public est un lieu ou l’irritation est possible. C’est un lieu d’échange des idées et des expressions, entre autres. Une partie importante de la res publica.
De l’Ambigu-Comique aux Folies-Dramatiques
La rue débute donc sur le boulevard du Temple, surnommée vers 1815 le boulevard du Crime. L’origine de ce qualificatif ne vient pas des crimes constatés ou mystifiés dans le coin, mais de la célébration dramatique, comique et musicale dans les théâtres locaux autour du thème du crime. Le renom de ces représentations évoquerait accessoirement l’attentat manqué en 1835 contre un monarque national.
Puis, la rue monte vers le nord-est, en légère pente, donnant une très belle vue avec des lignes de fuite créées par les feux rouges en perspective. La rue croise le boulevard Richard Lenoir. Sur son esplanade, un marché deux fois par semaine. Sous l’esplanade, le canal St. Martin, souterrain, enfoui par lequel passent les péniches chargées d’agrégats et les barges de touristes, pour ressortir à l’Arsenal, près de la Bastille. Nous constatons la présence d’un grand mélange d’activités et aussi de types de personnes qui ne se posent pas la question de savoir si elles font ou pas melting-pot. Et ce mélange est parmi les plus heureusement articulé que l’on puisse trouver dans cette agglomération. Cette rue, et les autres qui la maillent, forment un territoire d’activités sociale et économique assez attrayantes et riche d’urbanité. Ajoutons que l’arrondissement ou elle se trouve, le 11e, est un des lieux les plus densément peuplés d’Europe.
Sans fixatif
Dans cette rue nous observons des commerces avec une offre de produits "exotiques". D’aucuns observent en priorité les produits d’appellation "islamique", mais force est de constater que les produits orientaux, comme les chinois par exemple, sont très présents. On trouve par ailleurs des restaurants de "culture" juive, un excellent exemple espagnol aussi, quelques activités de libanais... Allons-nous faire du folklore... Il y a aussi énormément de produits dits "classiques", des services, des activités culturelles, des professions libérales, et des créateurs "courants". Enormément de lieux de loisir ont été aménagés dans ce quartier, y compris pour les enfants.
Le mot "bobo" n’existait pas encore que la rue parallèle accueillait déjà le fameux secteur éponyme très animé jour et nuit : Oberkampf. Galeries d’art, salles de spectacles, restaurants, cafés, vente de produits d’occasion. Un bâtiment conçu par Frédéric Borel, très beau model d’architecture contemporaine, se trouve précisément là. Un autre encore un peu plus haut, sur le boulevard de Belleville, pas loin d’une synagogue et presque en face du Zèbre, un ancien cinéma merveilleusement récupéré il y a huit ans, aujourd’hui cabaret-cirque. Là encore, sur l’esplanade, un marché a lieu deux fois par semaine. Parfois aussi, des marchés aux puces sauvages sont improvisés et démontés le plus souvent par la police.
Nous remarquons l’incroyable dynamisme de la rue du faubourg du Temple, parallèle à la rue Jean-Pierre Timbaud à l’ouest. Elle évoque un peu ce que fut la rue Mouffetard il y a 30 ans ou plus ; les caractérisations faites par exemple par Georges Duhamel ou Edith Piaf donnent une idée de ce qui pouvait s’y produire sur place. Au faubourg du Temple, mutatis mutandis et sans faire une description détaillée, une belle agitation encadre le quotidien. Sans compter les lieux dédiés à la nourriture, pas moins de 4 boîtes de nuit, l’ancienne provisoire cinématèque française reconvertie, le Palais des Glaces, avec son éléphant en relief en devanture et tant d’autres.
Dans le maillage, il existe sur la rue de la Fontaine au Roi un mur aveugle, long de quelques deux cents cinquante mètres, sur plusieurs corps de bâtiments, rythmés par trois rues, de St Maur à Belleville, restes du dernier tracé du début du XXe siècle certainement. Voilà un défi : ce mur sera, à ne pas douter, un futur lieu d’expérimentation de jardin vertical. C’est seulement une question de temps.
Vestige de l’ancien nom de la rue Jean-Pierre Timbaud, se trouve la cité d’Angoulême, une impasse dans laquelle siègent les AJN où se trouve rassemblée une des plus remarquables équipes d’architecture autour de cette figure de proue qu’est Jean Nouvel. Pas loin se trouve la "Maison des Métallos", aujourd’hui centre culturel : un lieu passé du monde syndical à l’associatif avec l’aide de la ville. Ensuite, à côté d’une crèche, "Le Local" développe ses activités artistiques avec les enfants et les adultes. Tout ça près des librairies "islamiques". En moins de 400 mètres nous remarquons un grand mélange de genres. Sans être exhaustif : une mosquée, des centres associatifs dédiés à l’art et à la culture, un centre juif d’action sociale et sanitaire, une église dans laquelle est donnée la messe en plusieurs langues, parmi lesquelles le tamoul.
Cela nous rappelle que des pratiquants du culte musulman nous interpellent au sujet des espaces inappropriés pour le culte. S’agit-il de démonstrations protestataires qui évoqueraient les "manifs" ou alors, sont-ils, comme les apéros-pinard, entre simagrées et disgrâce, des rassemblements culturels ? En tout cas, le détournement de ces expressions peuvent conférer un caractère sensationnaliste à des photos : comme celles de la rue Myrha, dans le 18e arrondissement, celle de la rue Morand (Il n’y a pas de rue Paul-Morand à Paris). Car dans cette optique, la guerre nouvelle serait arrivée et nous aurions trouvé la rue du Choc. Chic alors ! C’est l’Avenue de la Fulmination qui serait proclamé ! Nous voilà enfin à la création d’un mouvement dramatique qui pourrait faire le poids au boulevard de Crime. Le renouveau du théâtre serait enfin possible ! Deux tendances à l’intérieur de cette école dramatique se profileraient : celle de la Barbarie et celle des Blasphèmes. Quelques groupes de créateurs se prépareraient à déposer le nom commercial, ainsi que les quelques brevets inhérents. La rue Jean-Pierre Timbaud deviendrait-elle enfin un Pôle, tel que le dessine la chambre de commerce. Mais, comprenons-nous ce lieu ?
Le polycosmique imprenable
Les conflits que nous constatons ne sont pas de l’ordre du cliché journalistique. Le porte-monnaie, il faut le surveiller bien sûr, mais pas plus qu’ au métro Louvre. Ce morceau de quartier n’est pas non plus de tout repos. Mais dans la pratique de ce territoire, nous témoignons des actes de grande sensibilité urbaine que les uns et les autres ont. Nous avons été témoins des appels à l’aide lors de moments d’actes d’inurbanité, majeurs ou pas, et nous avons constaté la réactivité et la solidarité des personnes qui s’y trouvaient. Si quelqu’un tombait on le relevait. Si quelqu’un se faisait agresser on l’aidait. Si deux personnes se battaient on les séparait (et nous avons tous combien sont difficiles ces pratiques). Cela est possiblement dû au fait du mélange des fonctions, de classes et des catégories sociales (devons-nous dire des "ethnies" ?), des âges et des langages.
Sur Belleville un signifiant pretextuel s’affiche : supposer qu’il est le lieu d’affrontements des religions et le glisser simplement, comme au boulevard du Crime, vers la célébration du sujet, c’est rater le coche. Représenter ainsi le conflit est certes ludique, mais ce n’est pas, loin s’en faut, de grande urbanité, ni de grande clarté non plus. Dans ce lieu de Paris, une certaine pondération des forces, instable mais pas éphémère, est présente. Il en résulte une magie délicate et forte, difficile à saisir sans excès et délicate à chroniquer. Et pour bien voir, nous vous suggérons de monter au parc, celui de Belleville, à quelque 110 mètres d’altitude. Le visiteur trouve une vue imprenable sur la ville.
Rodrigo Uribe Mallarino. Chroniqueur. Paris, le 22 novembre 2010
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