Réseau des ambassades
La ruée vers l'est
RÉFORME. La diplomatie suisse investit massivement l’Asie. En contrepartie, elle doit réduire la voilure en Europe, recentrant ses activités sur Bruxelles aux dépens des autres capitales.
Dis-moi où tu as mis tes ambassades et je te dirai qui tu es. Ce pourrait être l’adage derrière la réorganisation du réseau diplomatique suisse. Composé de 93 ambassades, 12 missions auprès d’organisations internationales et 41 consulats généraux, ce dernier est en plein chambardement. Une révolution qui reflète les nouvelles priorités de la politique étrangère helvétique, qui a choisi de tourner partiellement le dos à l’Europe pour faire les yeux doux aux tigres asiatiques. Le rapport sur la politique extérieure de septembre 2009 est explicite: «Une réallocation des ressources jusqu’alors affectées en Europe occidentale et en Amérique du Nord s’est opérée vers l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient.»
La Chine est en première ligne. Ces dernières années, la Suisse s’est dotée d’un nouveau consulat général à Guanghzou (Canton), en 2006, a ouvert une antenne scientifique Swissnex à Shanghai en 2008 et a pratiquement doublé son personnel à l’ambassade de Pékin, où elle a investi plusieurs millions dans la réfection de ses locaux et la construction d’un nouveau pavillon. Les visites de conseillers fédéraux se sont aussi multipliées: il y en a eu au moins 13 depuis 2000. A partir de 2008, elles ont atteint les trois par année en moyenne. Doris Leuthard s’y rend en août (lire également l'article Suisse-Chine: Doris Leuthard dans la gueule du dragon, par Alain Campiotti).
L’Inde est un autre point chaud pour la diplomatie helvétique, qui prévoit d’ouvrir sous peu un consulat général à Bangalore, la Silicon Valley du sous-continent, et de renforcer sa présence à Bombay.
Tout comme en Asie centrale. La Confédération a ouvert des ambassades en Géorgie (2001), en Azerbaïdjan (2008) et au Kazakhstan (2009). «Ces pays appartiennent à son groupe de vote au sein des institutions de Bretton Woods et de la Banque européenne de développement, rappelle le politologue Laurent Goetschel, spécialiste de la politique étrangère suisse. Si elle devait se passer de leur soutien, cela représenterait une grosse perte d’influence au sein des ces instances.»
Gaz d’Asie centrale. Mais il y a un autre enjeu. «La Suisse soutient un projet de diversification de l’approvisionnement énergétique de l’Europe occidentale et méridionale en misant notamment sur le gaz d’Azerbaïdjan et d’Iran», indique le rapport sur la politique extérieure. Concrètement, le pays mise sur le projet TAP, un pipeline qui passe par la Turquie, l’Albanie, la Grèce et l’Italie et auquel participe la firme argovienne EGL.
La présence renforcée de la Suisse en Afrique répond à une logique similaire. Les nouvelles représentations du Nigeria (2001), du Soudan (2007) et de l’Angola (rouverte en 2008 à la fin de la guerre civile) se trouvent toutes dans des Etats pétroliers. Mais ce qui intéresse la Suisse, ici, c’est moins l’accès aux ressources énergétiques que la recherche de nouveaux débouchés pour ses entreprises, notamment dans le domaine des infrastructures. Grâce à la manne pétrolière, ces pays ont connu une croissance phénoménale (20% pour l’Angola!) ces dernières années. Une mission de prospection helvétique a d’ailleurs eu lieu au Nigeria en janvier 2010. Une autre s’est rendue en Angola un mois plus tard.
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