La seconde bataille d'Okinawa
Par DANIEL DE ROULET - Mis en ligne le 11.05.2010 à 18:24
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HISTOIRE. Sur l’île tropicale, l’armée américaine se dit aujourd’hui à l’étroit, et souhaite de nouveaux terrains pour ses 30 000 soldats. Mais la population n’en veut plus.
Les garçons des écoles d’Okinawa, en uniforme noir, doivent tous y passer quelques heures sous la conduite de leur instituteur, en uniforme lui aussi. C’est l’ancien quartier général de la marine japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, entièrement souterrain. Visite lugubre. Contre les parois des cavernes, les marques des grenades à fragmentation que les militaires ont utilisées pour se suicider.
Le 13 juin 1945, sur ordre de leur amiral, quatre mille officiers et soldats se sont fait exploser dans des galeries creusées à la hâte pour échapper à l’avance des troupes US. Celles-ci avaient débarqué au nord de l’île deux mois et demi plus tôt. 524 000 attaquants contre 120 000 défenseurs. Des millions d’obus tirés. Rien n’est resté debout, pas un arbre, pas une maison, pas un temple. Les habitants terrifiés, réfugiés dans des grottes naturelles, y sont morts affamés, refusant de sortir, même après la fin des combats. Des milliers de femmes se sont jetées des falaises, leurs enfants dans les bras. D’autres se sont tondues pour que les violeurs yankees les prennent pour des hommes.
Envahisseur. Les garçons d’aujourd’hui en uniforme sombre lisent les lettres d’adieux des officiers suicidés. Tous parlent de la grandeur invincible du Japon. Le dernier message que l’amiral a envoyé à Tokyo dit que ses soldats ont tout fait pour protéger les jeunes filles de l’île. Pour que l’envahisseur ne puisse pas leur faire de mal. Les garçons hochent la tête.
L’autre visite obligée des écoliers est pour le grand cimetière face à la mer, là où se trouvent les falaises fatales. Un mémorial, dit pour la paix, y aligne sur le marbre noir les noms des 240 000 morts que la conquête de l’île a coûtés. Pour le détail macabre, il s’agit de 12 000 soldats US, 90 000 soldats japonais, le reste étant femmes, enfants et vieillards non enrôlés. Là encore les petits uniformes noirs font des courbettes à l’instituteur qui donne le décompte de cette «libération».
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