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Après le Drame d'Oslo
La sécurité à Berne, dix ans après le carnage de Zoug

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 27.07.2011 à 10:03

La Suisse n’est pas à l’abri d’une tragédie identique à la Norvège, même si la sécurité s’est sensiblement renforcée ces dernières années.

Sur ce point, c’est l’unanimité: «Oui, un attentat du genre de celui d’Anders Behring Breivik est aussi possible en Suisse. D’ailleurs, il s’est déjà produit à Zoug», relève Karin Keller-Sutter, présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police. Toutes les personnalités liées à la sécurité intérieure contactées par L’Hebdo partagent cet avis.

C’est le 27 septembre 2001 que la Suisse a perdu son innocence. Ce jour-là à Zoug, Friedrich Leibacher, un citoyen en perpétuel conflit avec les autorités, a décidé de régler ses comptes: il s’est rendu dans le bâtiment du Parlement et y a abattu 14 députés avant de se suicider. Depuis, tous les Parlements du pays ont renforcé leur sécurité, à commencer par les deux Chambres siégeant au Palais fédéral à Berne.

Avant, c’était le folklore. A la loge, un fonctionnaire dirigeait le visiteur selon le motif de sa venue et n’importe quel intrus faisant semblant de connaître les lieux passait incognito tout droit. C’était l’âge de l’innocence, lorsqu’on se plaisait encore à croire qu’un pays démocratique «modèle» n’avait rien à craindre de ses citoyens.

Aujourd’hui, le Palais s’est adapté aux standards européens, ce qui occasionne des dépenses de trois millions de francs par an. Le Service fédéral de sécurité, unité rattachée à l’Office fédéral de la police, contrôle chacun des 100 000 visiteurs. Ceux-ci doivent décliner leur identité et leurs bagages sont scannés, comme dans un aéroport.

«La situation s’est ainsi notoirement améliorée», dit Hans Peter Gerschwiler, responsable de la sécurité de l’Assemblée fédérale. Toutes les places de parc ont été supprimées autour du Palais. «Mais si un kamikaze veut faire sauter une voiture bourrée d’explosifs juste devant le Parlement, il pourra hélas toujours le faire», note-t-il.

De plus, pour toutes les personnes accréditées au Palais qui y accèdent donc sans montrer patte blanche, le système demeure fondé sur la confiance. «C’est un risque que nous acceptons de prendre dans une société qui se veut ouverte», ajoute Hans Peter Gerschwiler. Car jamais les autorités n’accepteront de se couper des citoyens en érigeant un cordon de sécurité autour du Palais.

Le double attentat norvégien pose aussi la question de la rapidité de l’intervention policière, d’une incompréhensible lenteur sur l’île d’Utoeya. Les Suisses sont-ils mieux préparés? «A la police de Saint-Gall, nous faisons depuis des années des exercices Amoklauf selon le scénario d’un déséquilibré qui déclenche une fusillade. Nous adaptons notre dispositif de sécurité en fonction des enseignements, mais cela n’est pas une garantie définitive si les circonstances s’avèrent défavorables à la police», déclare Karin Keller-Sutter.

De son côté, le conseiller national Jacques Neirynck (PDC/VD), qui avait imaginé la prise en otage du Conseil fédéral par un commando terroriste dans un roman de fiction* paru en 2004, réclame des mesures dépassant les structures fédéralistes. «Arrêtons de nous bercer d’illusions. Il faut créer une police fédérale de sécurité, axée sur un bon service de renseignement et un détachement d’élite d’intervention disponible en tout temps.»

La salle du gouvernement. Le problème de la sécurité des acteurs politiques du Palais était déjà un sujet de préoccupation à Berne avant le massacre norvégien. Selon plusieurs sources, des mesures ont été prises ces derniers mois pour renforcer la sécurité dans la salle du Conseil fédéral, de même qu’au domicile des membres du gouvernement. Mais impossible d’en obtenir la confirmation. «Soit vous prenez ce problème au sérieux et tout reste confidentiel, soit vous parlez aux médias et c’est du dilettantisme», s’énerve le chef de communication d’un département.

Les partis aussi devront se remettre en question. L’UDC est la seule à mettre en place régulièrement un dispositif de sécurité pour ses réunions après avoir évalué le risque avec la police. «Nous engageons entre deux et six agents de sécurité, ce qui peut coûter près de 10 000 francs sur un week-end», confie son secrétaire général romand, Claude-Alain Voiblet. Une somme qui fera hésiter les autres partis dont les caisses sont déjà vides…

*«L’attaque du Palais fédéral». Editions Favre.




Tags: Oslo, sécurité, Berne, Zoug,

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