La Stasi, de sinistre mémoire
Galerie Focale. Le photographe berlinois Thomas Meyer a parcouru différents lieux où sévissait la police secrète est-allemande, la Stasi. Ses œuvres seront présentées à Nyon.
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, les artistes allemands n’en finissent pas d’interroger l’histoire de leur pays. Des cinéastes, mais aussi des photographes. Le Festival international du film documentaire de Nyon, Visions du Réel, fera cette année une large place aux réalisateurs qui reviennent sur les années de plomb de l’avant-1989 (lire L’Hebdo du 16 avril). Comme en écho, la galerie Focale présentera, à partir du 24 avril, Inside Stasi, un reportage du photographe berlinois Thomas Meyer dans ce qui furent les hauts lieux de la police politique de la RDA.
La Stasi: ce simple mot évoque censure, arrestations, tortures, éliminations, exactions. En Allemagne de l’Est, le ministère de la Sécurité nationale (Staatssicherheit) était bien plus qu’un service secret; il était le pilier du régime communiste, comme l’illustre sa devise, «Bouclier et Epée du Parti».
Cet appareil de répression a été aboli avec la chute du rideau de fer. Mais de nombreux lieux en conservent les traces. Des musées comme celui de la Normannenstrasse à Berlin, où sont conservées toutes ses archives, le mémorial du Runde Ecke, installé dans l’immeuble qui abritait l’ancien siège de la Stasi à Leipzig ou le Stasi-Bunker à Machern. D’anciens lieux de détention aussi, comme celui de Berlin (Hohenschönhausen) et de Potsdam (Lindenstrasse).
Thomas Meyer a revisité ces espaces de sinistre mémoire, ces bureaux ou geôles où s’exerçait la froide terreur de la Staatssicherheit. Son regard distant et aigu sur ces lieux chargés d’histoire rend compte des méthodes humiliantes de la Stasi. Sans montrer ni victime ni bourreau, il parvient à rendre sensible la violence de la bureaucratie et la cruauté glaçante de la répression étatique. Ses photos révèlent un monde rationnel et vieillot, dont les habitants se seraient comme mystérieusement évanouis après avoir tout rangé soigneusement derrière eux.
Son reportage sonne ainsi comme une vive critique des tentations de l’Ostalgie, cette nostalgie de l’ancienne RDA, très en vogue en Allemagne de l’Est.
«Inside Stasi». Nyon, galerie Focale. Du 24 avril au 31 mai. www.focale.ch
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