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La stratégie secrète de Fulvio Pelli

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 03.06.2009 à 11:03

Succession Couchepin. Bien qu'il ne veuille pas l'admettre, le Tessinois est un des favoris. Malgré un bien médiocre bilan à la tête du PLR.

Au Palais fédéral, ces temps-ci, c''est la question qui revient le plus souvent. Fulvio Pelli sera-t-il candidat pour succéder à Pascal Couchepin au Conseil fédéral? Le président du Parti libéral-radical (PLR) jure que non. «Mon rôle est de faire gagner mon parti en 2011 et de maintenir le second siège au Conseil fédéral, et non de semer la confusion que susciterait ma candidature», déclare-t-il pour la centième fois. Pourtant, personne ne le croity compris chez les libéraux-radicaux. «C''est évident qu''il fait campagne», murmurent plusieurs députés, sourire en coin.
Secrètement, le Tessinois rêve d''un scénario (lire en page 23) idéal pour lui. Dans un premier temps, la presse - surtout alémanique - affirme que les papables libéraux-radicaux romands sont certes compétents, mais ternes, voire incapables de faire preuve de leadership. La Neue Zürcher Zeitung a déjà commencé le 2 5 mai dernier. «Le PLR manque d''hommes forts du calibre de Max Petitpierre ou de Jean-Pascal Delamuraz», déplore-t-elle. Candidat naturel à la succession de Couchepin, le Neuchâtelois Didier Burkhalter se voit certes attribuer de solides compétences, mais la NZZ n''imagine pas en lui l''homme qui pourrait dynamiser l''image du parti.
La suite, la NZZ ne l''écrit pas, mais on la devine. Pour sauver le deuxième siège au Conseil fédéral que menace le PDC, le PLR n''aura pas d''autre solution que de faire appel au Latin Fulvio Pelli, d''autant plus qu''il pourra compter sur l''UDC, son plus précieux allié. Or, la cote de Didier Burkhalter est au plus bas à l''UDC. « Fulvio Pelli aurait beaucoup plus de soutien chez nous que Didier Burkhalter», confirme Yvan Perrin, vice-président de l''UDC. Porté par un canton uni derrière lui, le Tessinois finira bien par céder à l''appel des sirènes. Reste à savoir s''il sera le sauveur providentiel du PLR, puis s''il fera avancer la Suisse sur la voie des réformes.
Jusqu''ici Fulvio Pelli affiche un bien médiocre bilan à la tête de son parti. Elu en mars 2005, il n''a pas réussi à redresser la barre. Aux élections fédérales de 2007, le PLR s''est enfoncé dans la défaite et n''a recueilli que 15,8% des suffrages, juste devant le PDC (14,5%). Sa campagne en faveur d''une «Suisse de l''intelligence et de l''innovation» a sombré dans l''indifférence générale.

Perte d''identité. Alors que le PDC a réussi, ces dernières années, à se forger une image de «parti de la famille», le PLR a perdu toute identité propre. Il se déchire constamment sur de nombreux sujets. La récente démission du vice-président Ruedi Noser, qui préfère ne pas s''exprimer sur ce sujet face à la presse, en dit long sur les divergences qui divisent le parti. Entre son aile réformiste et son aile économique dure, le fossé se creuse. Sans parler des électrons libres qui lancent des idées saugrenues, comme l''Argovien Philipp Müller réclamant des élections anticipées en pleine crise financière. Dès janvier 2008 à Rapperswil, Fulvio Pelli tente de rassembler ses troupes. Il exige désormais que, sur les dossiers stratégiques, le PLR parle d''une seule voix dès lors que l''assemblée générale a tranché. «C''est un succès, nous sommes désormais un parti soudé, et non plus une congrégation d''individualités», se réjouit Fulvio Pelli.

Volontarisme. Vraiment? On peut en douter lorsqu''on perçoit le gros malaise partagé par plusieurs poids lourds du groupe PLR, qui ne s''expriment pas ouvertement: «Ce volontarisme dans l''unité est contraire à l''essence même de l''esprit libéral», estime l''un d''eux. «Ce n''est pas en imposant, mais en convainquant que nous devons parler d''une seule voix», ajoute un autre. Un troisième se fait encore plus cinglant: «Désormais, notre nouvelle devise est d''être unis, quitte à ce que nous perdions tout contenu.»
Le PLR devrait commencer par avoir une ligne systématiquement cohérente sur ce libéralisme dont il veut faire sa marque de fabrique. «Depuis que le PDC a viré à gauche et que l''UDC a fui dans l''opposition, nous sommes désormais le seul parti libéral bourgeois au gouvernement», note fièrement Fulvio Pelli dans son discours de Rapperswil. Pourtant, ce libéralisme se révèle à géométrie variable. Lorsqu''il s''agit d''autoriser les importations parallèles pour lutter contre l''îlot de cherté suisse, le PLR se braque et refuse tout compromis, y compris celui négocié par le PDC épargnant l''industrie pharmaceutique. « Sur ce sujet essentiel, le parti a gravement terni son image de parti libéral, d''autant plus que la presse a beaucoup thématisé cette question», relève Markus Häfliger, chroniqueur parlementaire de la NZZ am Sonntag.
Cela fâche Fulvio Pelli: «Les importations parallèles ne sont pas un étalon en matière de libéralisme. Le libéralisme protège la propriété intellectuelle, fruit de l''innovation, et la Suisse a besoin d''une protection des brevets.»

Cartel de l''asphalte. Le libéralisme de Fulvio Pelli s''écorne aussi dans l''affaire du « cartel de l''asphalte», qui a défrayé la chronique tessinoise, ces dernières années. De 1998 à 2004, 17 entreprises de génie civil du canton se sont systématiquement réparties les mandats, alourdissant les factures de 34 millions au total. Parmi elles: Costra, dont Fulvio Pelli assume la présidence du conseil d''administration. Le cartel se dissout lorsque entre en vigueur la nouvelle loi sur les cartels, qui autorise la Commission de la concurrence à prendre de lourdes sanctions. «Je n''ai jamais rien su de ce cartel», jure Fulvio Pelli. Peu convaincant: «Les personnes qui dirigeaient ces entreprises avec la diligence nécessaire devaient être au courant», dit pour sa part Raoul Ghisletta, chef du groupe socialiste au Grand Conseil, l''un des premiers à dénoncer le scandale. Sur certains thèmes très actuels, comme l''énergie et le climat, le PLR se montre incapable d''évoluer. Son initiative contre le droit de recours des associations écologiques se solde par un flop monumental en novembre 2008. Sa politique énergétique repose sur la construction de deux nouvelles centrales nucléaires et voue toute taxe CO2 aux gémonies.

Incohérence. C''est peut-être ici que le PLR se montre le plus incohérent. Depuis qu''il a accédé à la tête du parti, Fulvio Pelli ne cesse de répéter qu''il doit gagner de nouveaux électeurs chez les citadins, les jeunes et les femmes. «Nous n''y sommes pas parvenus aux élections de 2007», reconnaît-il humblement. Le Genevois Hugues Hilt-pold esquisse une explication. «Dans les villes, l''environnement est la première préoccupation des jeunes et des femmes que nous voulons précisément toucher.» A Genève, les radicaux ont relevé la tête en se montrant plus ouverts sur ce sujet. A Neuchâtel, autre fief victorieux pour le PLR, le nouveau conseiller d''Etat Philippe Gnaegi s''est engagé pour que son canton devienne un pôle national pour le développement des énergies renouvelables.
A force de rester figé sur des positions intenables depuis que le réchauffement climatique est avéré, le PLR risque fort de s''enfoncer dans la défaite en 2011 encore. Deux toutes jeunes formations rognent sur son électorat. Les Verts libéraux d''abord, qui veulent réconcilier économie et écologie. Mais aussi le Parti bourgeois démocratique (PBD) d''Eveline Widmer-Schlumpf. En ville de Berne, les radicaux ont perdu près d''un tiers de leur électorat, qui s''est en grande partie reporté sur le PBD.
Il y a désormais en Suisse cinq formations de centre droit. Dans ce contexte nouveau, on aurait pu s''attendre à ce que Fulvio Pelli tente un rapprochement des forces, comme le prône «son» conseiller fédéral, Pascal Couchepin. Là aussi, échec sur toute la ligne.
A la tête du PDC, Christophe Darbellay a tendu la main lors du premier semestre 2008. «Pour la première fois depuis 1848, nous avons voulu créer un centre droit sur deux grands sujets, à savoir l''intégration des étrangers et le pouvoir d''achat.» PDC et libéraux-radicaux se voient plusieurs fois pour évoquer une action commune, mais sans parvenir à officialiser la collaboration.
 
Piraterie politique. Mais le climat de travail se gâte vite. Un jour, Christophe Darbellay est tout surpris de voir que les libéraux-radicaux proposent la création d''une «green card» pour attirer en Suisse des cerveaux venus du monde entier (hors Europe), une idée dont il revendique la paternité: «C''était de la piraterie politique», s''offusque-t-il. Les deux partis décident de geler le projet quelques mois, mais la discussion ne reprendra jamais après les vacances d''été 2008. Aujourd''hui, le projet de collaboration est définitivement enterré. «C''est d''autant plus décevant que la Suisse se gouverne au centre droit», déplore le président du PDC. De son côté, Fulvio Pelli semble beaucoup moins malheureux de l''échec de ce rapprochement: «Je prône l''union des forces libérales, mais j''ai de la peine à considérer le PDC comme en étant une, dès lors qu''il cherche constamment à se positionner contre nous.» Pourtant, cette collaboration, beaucoup de libéraux-radicaux l''appellent de leurs voeux, à commencer par le Neuchâtelois Didier Burkhalter. «Oui, je souhaite une alliance plus claire avec le PDC. Lui veut une baisse de la fiscalité des familles. Nous tenons à la correction de la progression à froid. Travaillons donc ensemble pour faire avancer ces deux réformes parallèlement», déclare-t-il.
Fulvio Pelli est-il vraiment l''homme du PLR dont la Suisse a besoin? On peut en douter. Au sein du groupe, il n''est pas aimé, mais respecté. Plus personne ne le critique ouvertement. La Zurichoise Doris Fiala et l''Argovien Philipp Müller, qui ont eu des relations houleuses avec lui par le passé, rien disent plus que du bien. «C''est un homme intellectuellement brillant. Ce serait un excellent conseiller fédéral», dit ce dernier.
«C''est un homme arrogant, un calculateur cynique et machiavélique», rétorque un radical beaucoup moins convaincu. Dans son attitude par rapport à l''UDC, Fulvio Pelli n''a cessé de louvoyer. En 2007, il a aussi soutenu la réélection de Christoph Blocher au Conseil fédéral. Aujourd''hui encore, du haut de ses 82 ans, l''avvocato Sergio Salvioni, conseiller aux Etats radical jusqu''en 1995, lui reproche d''avoir «manqué de courage» à cet égard.
Pour le PLR, la succession de Couchepin ne se résume pas au maintien du second siège au Conseil fédéral. Elle doit aussi aboutir à l''élection d''une personnalité susceptible de moderniser l''image du parti, afin de gagner les élections en 2011. «Je ne vois là qu''un nom: la conseillère d''Etat Karin Keller-Sutter (SG)», reconnaît le Genevois Hugues Hiltpold. Mais cela impliquerait soit la démission prochaine de Hans-Rudolf Merz, soit la perte provisoire d''un siège romand au Conseil fédéral. La première hypothèse est improbable, la deuxième dangereuse.
Il y a le feu dans la maison des PLR romands. Si ceux- ci veulent garder leur siège au Conseil fédéral, ils devront rapidement s''unir sur un candidat et une stratégie pour l''imposer.



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Tags: actuels, Suisse, succession Couchepin, Pelli,

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