Le 23 septembre 2009, une fusée de 230 tonnes décollait de la base spatiale de Sriharikota (dans l’est de l’Inde).
«LE DOMAINE SPATIAL REQUIERT DES COMPÉTENCES TRÈS LARGES.» Muriel Noca, cheffe du projet Swisscube
Ce monstre emportait plusieurs satellites dans l’espace. Parmi eux, Swisscube et ses 820 grammes. Un an plus tard, ce dernier évolue toujours au-dessus de nos têtes, à 720 kilomètres d’altitude.
«Nous avons encore reçu des signaux avant-hier, et tout fonctionne très bien», indique Maurice Borgeaud. Le directeur du Space Center de l’EPFL a de quoi être satisfait: à l’origine, l’électronique embarquée dans l’objet, qui mesure 10 cm de côté, devait survivre 4 mois.
Bien qu’un succès total au niveau technologique et de la miniaturisation, l’expérience n’est pas encore concluante au plan scientifique: grâce à un petit télescope, Swisscube aurait dû prendre des images de l’airglow, un phénomène lumineux qui se déroule à 100 kilomètres d’altitude.
Mais une rotation imprévue de la fusée de lancement a entraîné celle du satellite, qui effectue un tour sur luimême en moins de quatre secondes: impossible d’observer quoi que ce soit dans ces conditions. «Nous menons une course contre la montre pour ralentir ce mouvement», précise Maurice Borgeaud.
En effet, les puissants rayonnements qui balaient l’espace dégradent tout ce qui s’y trouve, en l’absence d’atmosphère protectrice. Les circuits de Swisscube n’échappent pas au phénomène.
200 étudiants. Mais en premier lieu, cette opération a un but éducationnel. Fruit de trois ans et demi de travail, Swisscube a en effet été conçu et réalisé par près de 200 étudiants (de l’EPFL, de la HES-SO - Sion, Yverdon, Fribourg, Le Locle, Saint-Imier, de la HES de Brugg, ainsi que des Universités de Neuchâtel et Berne). La Confédération, RUAG Space, la Loterie Romande et des partenaires privés ont également été mis à contribution.
Le but? Former la relève de l’industrie spatiale en Suisse. Swisscube «a permis de montrer aux étudiants comment mener à bien un projet complexe», ajoute Maurice Borgeaud.
Autre avantage: la réussite du lancement d’un satellite peu coûteux (600 000 francs en tout) et fiable constitue ce qu’on appelle un «héritage de vol», soit un argument pour traiter avec les grandes agences spatiales, comme l’ESA ou la NASA.
Pour les prochaines années, deux grands projets sont en préparation. L’un d’eux concerne les exoplanètes, un domaine de compétence des universités de Berne et Genève.
«L’idée consiste à lancer un microsatellite de moins d’un mètre cube, porteur d’un télescope de 30 centimètres de diamètre», précise Maurice Borgeaud.
Cet instrument permettrait d’observer avec une grande précision, pendant une période de plusieurs heures, le passage (transit) de ces planètes lointaines devant leur étoile. Les données qui seraient recueillies possèdent un grand intérêt scientifique.
L’autre projet paraît très suisse, puisqu’il consiste à... entamer un nettoyage des cieux. Depuis 1957, plus de 6000 satellites ont été lancés.
En conséquence, environ 14 000 débris d’une taille supérieure à 10 centimètres se baladent en orbite, à des vitesses de l’ordre de 25 000 km/h. «L’autre jour, l’un d’eux est passé à 400 mètres de Swisscube», constate Maurice Borgeaud.
De tels morceaux de ferraille errante constituent aussi un danger pour les astronautes de la station spatiale internationale. D’où l’idée de réaliser un satellite muni d’un bras mécanique ou d’un filet, capable de collecter les objets indésirables.
Repérer ces derniers, s’en approcher et les capturer constituent des défis technologiques de grande ampleur. Pour l’un de ces deux projets, l’horizon de lancement se situe vers 2018.
En parallèle, et d’ici à 2014, un deuxième satellite «pédagogique», trois fois plus grand que Swisscube, devrait être réalisé et mis en orbite. Autant de grain à moudre pour les étudiants du «mineur» en technologies spatiales de l’EPFL.
Cette formation validée par 30 crédits ECTS, ouverte en 2006, a attiré environ 50 personnes, dont une dizaine lors de la rentrée de septembre 2010.
Après avoir obtenu un bachelor en électricité, et parallèlement à son master, Frank de Morsier, a suivi ce cursus original en 2007.
«Je m’intéressais déjà à l’espace, et l’idée de suivre un cours de “Space mission design and operations” donné par Claude Nicollier me plaisait, se rappelle ce doctorant âgé de 24 ans. J’ai apprécié la grande diversité des disciplines enseignées.»
En effet, «le domaine spatial requiert des compétences très larges», note Muriel Noca, cheffe du projet Swisscube. Cette ingénieure chargée de cours expose justement la manière d’intégrer une dizaine de disciplines (de l’électronique à la mécanique, en passant par les problèmes thermiques, d’optique ou de communication) dans un tout cohérent. Ce qui consiste à former des ingénieurs systèmes, possédant une vue d’ensemble de la conception.
Une dizaine d’étudiants formés chaque année, n’est-ce pas trop pour un secteur pointu dans lequel œuvrent 1500 personnes en Suisse? Au contraire, «la demande en ingénieurs dans le domaine spatial est supérieure à l’offre», ajoute Muriel Noca.
Conquête spatiale. Une visite au Space Center pourrait faire penser que l’avenir de la conquête spatiale se déroule désormais grâce aux machines, qui sont résistantes et immunisées aux états d’âme.
Presque 50 ans après l’exploit de Gagarine, expédier des humains dans le cosmos, à des coûts délirants, a-t-il encore un sens? Frank de Morsier en doute.
«Sur le plan technique, il vaut mieux utiliser des robots, estime Reto Wiesendanger, 28 ans, ingénieur au Space Center. Mais tous les efforts réalisés dans ce domaine préparent la voie à des vols habités. Il est dans la nature humaine de toujours vouloir aller plus loin».
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