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Par Matthieu Ruf - Mis en ligne le 29.08.2012 à 11:20 |
Un «pays caméléon», qui «piétine sa neutralité». Sur internet ou dans la presse locale, la Suisse a reçu ces jours des noms d’oiseaux au Mali. En cause: son engagement dans la médiation, au côté de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui a pour but de résoudre le conflit minant le pays. Le Mali est coupé en deux, entre indépendantistes touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) au Nord, dépassés depuis leur soulèvement de janvier par des groupes terroristes tel al-Qaida, et le Sud, déstabilisé par un coup d’Etat à Bamako en mars. L’Azawad, grand comme la France et la Belgique, connaît une crise humanitaire qui a déjà fait fuir 250 000 personnes. En parallèle de sa médiation, la Cédéao envisage une intervention militaire, à laquelle la Suisse s’oppose. Soutien financier. Quel est, précisément, le rôle de la Suisse dans cette histoire? La Confédération a des intérêts dans la région, car le Mali est depuis 1977 l’un des pays prioritaires de la coopération helvétique. Surtout, la division Sécurité humaine du Département des affaires étrangères (DFAE), qui a pour but de promouvoir la paix dans la tradition des bons offices, est active à Bamako depuis 2009. Celle-ci soutient des programmes de promotion du dialogue entre les communautés, nombreuses au Mali, et souvent instrumentalisées par le pouvoir au cours des guerres civiles qui ont rongé le pays. Si ces programmes ont été interrompus par la crise actuelle, la division Sécurité humaine n’a pas cessé son travail pour autant. Au contraire: elle agit désormais comme médiatrice dans le conflit entre le Nord et le Sud, à la demande tant de Bamako que du MNLA. Une activité qui ne plaît pas à tout le monde. Certains Maliens du Nord, opposés à la partition du pays, ont vu d’un très mauvais œil la participation de la Suisse au financement, avec la Cédéao, d’une rencontre du MNLA à Ouagadougou fin juillet. Pour l’organisation de cette rencontre, comme de celle qui l’a suivie à Tunis au mois d’août, le DFAE a dépensé entre 50 000 et 60 000 francs, précise sa porte-parole Carole Wälti à L’Hebdo. Un soutien politique? Pas du tout, répond Moussa Ag Assarid, porte-parole du MNLA: «La Suisse nous a aidés à mettre en place une plateforme de résolution politique de la crise qui nous oppose au Mali. Jamais elle ne nous a soutenus avant cela.» Autre source de critique: dans ces réunions, le DFAE encourage les rebelles, qui ont déclaré un cessez-le-feu en avril, à préciser leurs revendications en vue de l’ouverture de négociations avec le pouvoir central. Un reproche toutefois infondé, puisque ledit pouvoir a lui aussi sollicité l’appui de la Suisse, sans pour l’instant que celui-ci ne puisse se concrétiser. De putsch en gouvernements provisoires, Bamako s’est en effet révélé être un interlocuteur moins stable que le MNLA. Intervention militaire. La Suisse va-t-elle persister à soutenir ces réunions? Oui: des pourparlers de paix coûtent, et peuvent durer des années. La question de savoir si ce soutien est justifié est toutefois légitime, le MNLA étant un groupe armé accusé d’avoir commis des crimes. Mais revient à poser celle des bons offices de la Confédération. Car pour agir en tant que médiateur, il faut encourager le dialogue, donc conseiller toutes les parties. Le risque existe désormais que les réactions négatives envers la Suisse n’entravent son travail. Qui sera en tous les cas ardu: le MNLA veut l’indépendance du Nord, Bamako la refuse catégoriquement. Et une éventuelle intervention militaire ne résoudra pas cette question-là. |









