Les dictionnaires, c’est épatant. De A à Z, ils permettent d’appréhender des langues ou des mondes divers et variés, d’en prendre connaissance. Parmi les plus fameux, il y a Larousse et Robert, Harrap’s et Collins. Désormais, il faudra également compter avec Mettan et Büchi. Deux journalistes, l’un Romand et l’autre Alémanique, auteurs du Dictionnaire impertinent de la Suisse.
Iconoclastes. De Aar à Zwingli, ils ont commis environ 500 définitions, tout à la fois recensant et bousculant les lieux communs concernant la Suisse. Comment nos deux compères sont-ils devenus dictionnaristes? «En 1996, lorsque j’étais rédacteur en chef de la Tribune de Genève, raconte Guy Mettan, nous avions fait un supplément avec le Tages-Anzeiger. J’y avais notamment écrit un petit dictionnaire des idées reçues sur la Suisse.
Il y a cinq ans, Christophe Büchi m’a demandé si je ne voulais pas poursuivre l’exercice avec lui. Nous avons alors, chacun de notre côté, dressé une liste de mots, imaginé des définitions. Et puis le temps a passé, nous avons vaqué à nos occupations. Au printemps 2010, nous avons finalement remis l’ouvrage sur le métier, pour cette fois le terminer.»
Les dictionnaires, c’est épatant, et souvent exhaustif, en principe objectif. Guy Mettan et Christophe Büchi ont choisi de n’être ni l’un ni l’autre. «Nous avons voulu faire un portrait décrispé de la Suisse. Un portrait décomplexé, ni autoflagellant ni triomphaliste.»
Quelques erreurs se sont glissées par-ci par-là, bien sûr. Quelques a priori transparaissent: les auteurs n’apprécient ni la cuisine moléculaire, ni l’UDC, ni Jean-Luc Godard. Des oublis sont flagrants («Nous avons omis le mot “glacier”», confesse Guy Mettan).
Mais le dictionnaire se vend bien: un premier tirage de 3000 exemplaires a été épuisé, un second de 2000 a été édité. «La Suisse devient terriblement crispée, explique Guy Mettan. Notre dictionnaire se veut une manière plus solaire de parler de nous.»
Les dictionnaires, c’est épatant. Ça ne rend pas forcément plus intelligent, mais toujours plus éclairé. Par définition:
La plus historique: Ancienne Confédération La Suisse de l’Ancien Régime. A l’époque, les Suisses étaient soumis au régime de la Diète, qui se réunissait une seule fois par an. Douze de ses treize mini-Etats étaient germanophones, un seul (Fribourg) étant bilingue français-allemand. Voilà pourquoi l’histoire suisse ressemble à un long métrage allemand vaguement soustitré en français et en italien.
La plus humoristique: Cantonalisme La version helvétique de l’esprit de clocher est désignée en Suisse alémanique par le terme Kantönligeist. Voici ce que cela donne: un Allemand, un Français et un Suisse discutent de la question de savoir d’où proviennent les bébés. L’Allemand prétend qu’ils sont apportés par la cigogne, le Français affirme qu’on les engendre en faisant l’amour. Ils demandent ensuite au Suisse comment cela se passe chez lui. Réponse: «Cela dépend des cantons.»
La plus injuste: Chasselas Cépage blanc dont les hectolitres encombrent les caves à défaut de toujours enchanter les palais. (Voir Fendant et Perlan.)
La plus potache: Couteau (suisse) Arme de destruction massive, crainte par les compagnies d’aviation américaines. (Voir aussi Hallebarde.)
La plus philosophique: Grock (1880-1959) Le fameux clown venait d’une des régions les moins drôles de Suisse: le Jura bernois. Sans blague.
La plus satirique: Leuenberger, Moritz (né en 1946) Célèbre humoriste et blogueur zurichois qui fit toute sa carrière à Berne, d’abord au Conseil national puis au Conseil fédéral où il séjourna pendant 14 ans. Son grand talent consista à interpréter brillamment la formule d’Henri Queuille: «Il n’y a pas de problème politique que le temps ne puisse résoudre si l’on ne s’en occupe pas.»
La plus gauchisante: Major Davel (1670-1723) Sorte de Che Guevara vaudois, héros de la lutte contre les impérialistes bernois. Comme son illustre successeur sud-américain, Jean-Daniel Abraham Davel a péri pour avoir surestimé la volonté de rébellion de ses compatriotes.
La plus iconoclaste: Mob Souvenir de guerre de ceux qui n’ont pas eu besoin de la faire.
«Dictionnaire impertinent de la Suisse». Guy Mettan et Christophe Büchi. Editions Slatkine, 155 p.
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