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PIÈGE Pour séduire leurs clients, les faux gestionnaires de fortune proposent des rendements mirifiques.
Markus Forte / Ex-Press

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Enquête
La Suisse, nid de parasites financiers

Par Linda Bourget - Mis en ligne le 20.04.2011 à 14:03

Des sociétés se greffent sur la bonne réputation de la place financière suisse pour gruger leurs clients.

Impressionnants, les chiffres des pratiques financières illégales en Suisse: 13 000 lésés entre 2009 et 2010, une liste noire de plus de 150 entités juridiques travaillant sans autorisation, des centaines de sociétés en liquidation...

Voilà ce que la Finma, surveillant national des marchés financiers, a recensé, alors même qu’il lui est impossible de répertorier victimes et malfrats de manière exhaustive.

C’est que, non loin des façades rutilantes des grandes banques et des banquiers privés, pullulent une myriade de structures hors la loi, qui lèsent souvent leurs clients au lieu de les servir.

Ces sociétés parasites s’appellent Julius Brown, Swiss Privacy Trading ou Swissalis et sont en général installées à Zurich, Zoug ou Genève. Souvent, elles n’y possèdent qu’une boîte aux lettres. Qu’importe: une simple adresse laisse croire qu’elles ont pignon sur rue dans un centre financier de renommée mondiale.

La Suisse très touchée. «Par rapport à leur population, Genève et Zurich connaissent un taux particulièrement élevé d’activités frauduleuses liées à la finance», observe Yves Klein, spécialiste de ces cas et membre du réseau international antifraude ICC FraudNet.

Une densité que l’avocat genevois attribue essentiellement au fait que «la région concentre des volumes énormes de fonds étrangers, gérés par des banques ou des gérants de fortune indépendants. Logiquement, ces volumes attirent les escrocs.»

La plupart des cas d’escroquerie, de gestion déloyale et d’abus de confiance ne sont pas le fait de gens malhonnêtes à la base, estime toutefois Yves Klein. Mais certains gestionnaires, pour se constituer une clientèle, promettent des performances exceptionnelles à leurs clients, sans en exposer suffisamment les risques.

«Le problème est qu’ils perdent parfois de l’argent et cherchent à le cacher. Ils entrent alors dans une spirale infernale: prise de risque accrue pour compenser les pertes, suivies de pertes encore plus importantes.

Si bien que certains finissent par piocher dans les comptes d’un client pour en rémunérer un autre.» La structure se transforme alors en classique pyramide de Ponzi.

Achat d’or irréel. La situation ne semble pas inquiéter outre mesure les représentants de la place financière helvétique. A commencer par l’Association suisse des banquiers.

Tandis qu’à la Fondation Genève place financière, le directeur Steve Bernard mise sur la prudence et le bon sens des investisseurs. «La surveillance, dans le domaine des raisons sociales abusives est très difficile à exercer», souligne-t-il en effet.

D’autant plus que les félons rivalisent d’imagination. A côté du traditionnel schéma de Ponzi appliqué à la gestion de fortune apparaissent de nouvelles pratiques. «Les arnaques à l’achat d’or sont à la mode en ce moment», explique Tobias Lux, porte-parole de la Finma.

Celles-ci jouent de la fascination qu’exerce aujourd’hui l’or sur les investisseurs: l’once de métal jaune va chercher les 1500 dollars, alors qu’elle en valait 1000 il y a deux ans. De quoi appâter ceux qui rêvent de gains fous.

Basée à Fribourg, la plateforme Eurogold proposait ainsi à ses membres d’acheter de l’or en ligne, et de l’échanger contre de l’argent virtuel. Une entreprise mise en liquidation en début d’année, à la suite d’une enquête de la Finma.

«Le risque, pour les clients, c’est que ces sociétés n’ont souvent pas réellement l’or qu’elles prétendent offrir», explique Tobias Lux. «Le jour où les clients souhaitent récupérer leurs avoirs, ils peuvent donc se retrouver les mains vides.»

Start-up bidon. Les levées de fonds pour start-up fantoches, actives dans les cleantechs ou le secteur minier en particulier, se multiplient elles aussi. L’investisseur non averti achète souvent au prix fort des parts réelles dans des sociétés sans valeur, voire inexistantes.

«Nous avons beaucoup de cas d’entreprises cotées sur le marché libre allemand», souligne Tobias Lux. «Il y a beaucoup d’offres aux allures très professionnelles, dont le manque de sérieux n’est pas facile à déceler.» Le marché risqué des Forex (opérations sur devises) compte lui aussi son lot de faux-monnayeurs.

Quelle que soit la nature de l’entourloupe, les ressorts ne varient en revanche guère. Les victimes sont souvent démarchées par téléphone (cold calls), courriels ou annonces dans la presse.

Les approches sont professionnelles, les visuels des publicités et des sites web convaincants. Les promesses de rendements sont, toujours, exceptionnelles. Et le label «Suisse» est vanté comme un signe de qualité. Histoire d’embobiner par-delà les frontières.

A l’international. Jean Posson en témoigne. Client de la plateforme espagnole Finanzas Forex (dont le patron, German Cardona Soler, a été arrêté), le Français s’est rendu compte petit à petit qu’il lui serait difficile de récupérer l’argent investi dans cette société.

Jusqu’au jour où il s’est vu proposer de transférer ses fonds vers la plateforme helvétique Forexone. «Une société qui a pignon sur rue en Suisse, cela sécurise», raconte Jean Posson. L’espoir de retrouver son pécule renaît alors... pour s’évanouir aussitôt: la société qui le draguait était déjà sous le coup d’une procédure de la Finma.

Cette dernière ne détaille pas l’origine des 13 000 victimes recensées en Suisse. Elle indique toutefois que les étrangers sont «nombreux». Les Allemands en particulier. «C’est plutôt logique. La langue facilite le travail en Allemagne et la bonne réputation de la Suisse aide à persuader les clients potentiels», commente Martin Arendts.

L’avocat bavarois, qui défend des compatriotes, des Suisses et des Autrichiens, a vu défiler des centaines de cas. «De toute façon, la plupart de ces structures frauduleuses ont une architecture internationale.» Un siège – réel ou prétendu – en Suisse, un call center en Espagne ou à Bruxelles, des comptes au Panama, un big boss en Angleterre: l’éclatement géographique rend la traque de ceux qui tirent les ficelles d’une difficulté presque insurmontable.

«S’ils sont bien organisés, il est quasiment impossible de retrouver la trace des hommes qui se cachent derrière ces structures. Tout comme celle des fonds qu’ils ont amassés», regrette Martin Arendts.

Peines légères. Autant dire que la dizaine de spécialistes de la Finma affectés à ces dossiers ne peuvent mettre la main que sur une fraction des financiers malhonnêtes.

Un problème auquel s’ajoute le fait que les sanctions encourues par ceux qui se font pincer ne les empêchent pas de récidiver. Ainsi les noms de certaines personnes réapparaissent-ils à plusieurs reprises dans des sociétés placées sur la liste noire du surveillant des marchés financiers.

«D’une manière générale, les criminels en col blanc sont punis assez peu lourdement. Les amendes sont relativement faibles et les peines de prison ferme restent rares», observe l’avocat Yves Klein.

Au mois de mars, deux rabatteurs du réseau d’Ambros Baumann – défunt mini-Madoff bâlois qui a escroqué des centaines de Romands – étaient condamnés par le Tribunal fédéral. Verdict: une amende de quelques milliers de francs chacun.

Ne reste que l’AVS. Deux peines qui ne consoleront pas Giselle*. Il y a trois ans, la Genevoise réalise qu’elle a perdu 300 000 francs dans l’affaire Baumann, soit l’intégralité de son 2e pilier. Le long combat juridique qu’elle livre depuis lui a à peine permis de récupérer 10 000 francs; tandis que l’espoir de toucher davantage s’est envolé.

«Maintenant je suis à la retraite et je dois me contenter de vivre avec l’AVS», raconte Giselle. «De toutes mes cotisations, il ne reste plus rien.»

*Prénom d’emprunt


Haut-vol

Le prince Wenceslas de Liechtenstein pris dans l'affaire Forexone

Etre issu de l’une des plus illustres familles de banquiers du monde et porter la couronne ne permet pas forcément d’échapper aux affres de la finance illégale. Comme l’a appris L’Hebdo, le prince Wenceslas de Liechtenstein – membre de la prestigieuse famille qui pilote la banque LGT – était associé au groupe de sociétés Forexone.

Liquidées par la Finma l’an dernier, les sociétés du groupe helvétique actif sur le marché des devises ont dépouillé leur clientèle d’une partie de leurs avoirs. Alors que le surveillant des marchés financiers se penchait sur les activités du groupe, le siège de celui-ci a en effet été déplacé à Chypre... avant de cesser toute activité.

Le nom du patron, l’Allemand R. R ., figure aujourd’hui sur la liste noire de la Finma. Mais l’homme, qui compte à son actif de nombreuses «sociétés» (certaines n’ayant aucune existence juridique) s’est volatilisé, au même titre que les avoirs de ses clients.

R. R . a pourtant longtemps trompé son monde. En avril 2008, il annonçait ainsi l’entrée du prince Wenceslas dans le capital du groupe (à hauteur de 3,7%). En septembre de la même année, il déclarait que le prince augmentait sa prise de participation dans le groupe à hauteur de 7,4%.

Aujourd’hui, Son Altesse Sérénissime tient à se distancier des pratiques du groupe, et se place du côté des victimes. «Le prince Wenceslas a pris des participations dans Forexone comme investissement personnel, après avoir été introduit à la compagnie et à son management par des personnes de qualité en qui il avait toute confiance», explique par écrit son secrétariat privé.

«Il n’a plus aucun lien avec la compagnie ou son management et a déposé une plainte auprès de la justice allemande.» La correspondance précise encore que le prince «a perdu la totalité de la valeur de ses parts» ainsi que «la totalité de l’argent qu’il a donné en gestion à Forexone». Aucun montant n’est en revanche divulgué.

Afin de doper la réputation de son groupe, R. R . a par ailleurs affirmé travailler avec Credit Suisse. Le 14 décembre 2007, il annonçait avoir reçu «le mandat exclusif» de gestion d’un fonds de la part de la grande banque. Dans les faits, Credit Suisse était bel et bien la banque de dépôt de Forexone, qui a bénéficié de services administratifs offerts aux gestionnaires.

Des documents de Diba Assets, société du groupe Forexone, citent pour leur part Julius Bär comme «banque de dépôt» et partenaire en affaires. Un état de fait auquel l’établissement répond par une phrase vide de sens, assimilable à un «no comment».


Zurich

Un ancien élu UDC à la tête d'une société sur liste noire

14 janvier dernier, la Finma a inscrit GlobalFX Management Trading Limited sur sa liste noire des sociétés exerçant en Suisse sans autorisation. Sise à Zurich, Bahnhofstrasse 52, la société fille d’une entité basée dans les îles Vierges britanniques se positionne dans le trading, sur le marché des changes de devises en particulier.

Depuis son inscription au registre du commerce en 2004, W. F., ex-conseiller communal et ex-député au Grand Conseil zurichois sous la bannière UDC, apparaît comme «chef de la succursale» helvétique.

Joint par téléphone le jeudi 14 avril, l’ancien politicien a, dans un premier temps, confirmé être actif au sein de la société GlobalFX. Mais, le lundi 18 avril, il expliquait s’en être retiré «la semaine passée». Rien à voir avec nos échanges, affirme-t-il. Le motif invoqué est le manque de communication de la société.

Sur le site du Registre de commerce zurichois, W. F. conserve pourtant ses responsabilités au sein de GlobalFX Management Trading Limited. Toutefois, le délai entre un changement de statut et la modification de l’inscription au registre prend deux à trois semaines.

L’épisode fait écho au contexte dans lequel W. F. avait quitté ses fonctions politiques, en 2002. Des soupçons de blanchiment d’argent pesaient alors sur des sociétés au conseil desquelles il a siégé (groupe Sovereign). A ce propos, W. F. précise qu’il n’était pas personnellement concerné par les procédures relatives à ce groupe.


Hors frontières

Le faux "Swiss made" de la finance

«A Zoug? J’ai juste une boîte aux lettres, comme c’est le cas de beaucoup de compagnies», explique O. B. joint par téléphone à Prague, au siège de Suisse Invest Private Capital Group (ou Swiss Invest, selon les circonstances), l’une des nombreuses sociétés qu’il dirige.

«Le choix [de ce nom] est tout à fait trivial. Il n’a rien de commun à la culture de la Suisse qui, comme on le sait bien, excelle dans le domaine bancaire et financier», complète-t-il par écrit. Reste que l’Africain en a usé à moult reprises. Dans son portefeuille de sociétés, il y a aussi Swiss Invest Capital Management, Swiss Petroleum ou Swiss Export Bank.

Présentée comme une banque d’investissement, cette dernière a été placée sur liste noire par la Commission fédérale des banques (ancêtre de la Finma) en 2008, sans autre explication que celle de pratiques financières non autorisées.

Trois ans plus tard, le site de l’«établissement» est pourtant toujours actif, et le drapeau suisse trône fièrement sur la page d’accueil – tout comme sur celle de Swiss Invest.

Une appropriation du label helvétique génératrice de malentendus. Ainsi la presse gabonaise titrait-elle, en août dernier: «La Suisse est “prête financièrement” pour la Basilique de Libreville et l’Hôpital universitaire d’Owendo.»

Elle faisait ainsi référence à une rencontre entre O. B. et Paul Biyoghe Mba, premier ministre gabonais. Une rencontre à laquelle la Suisse n’était pas associée... au sujet d’investissements jamais concrétisés.

A travers Swiss Invest, O. B. se présente aussi comme le promoteur d’un nouveau projet pour le mémorial de Gorée (hommage aux esclaves africains qui doit être érigé au Sénégal).

Sur le site internet du projet, au chapitre financement, figurent George Soros, la Fondation Oprah Winfrey ou la Fondation Bill Gates... Contactée, la Fondation Bill and Melinda Gates fait savoir qu’elle n’a aucun lien avec cette initiative.




Tags: Suisse, parasites financiers,

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Réaction de caramel
le 26.04.2011 à 17:15
on croit rêver Bill Gates ne faisant pas partie de...
 



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