«La Suisse est respectée par toutes les parties, elle a toutes les conditions pour jouer un rôle au Proche-Orient.» Mahmoud Abbas lâche ces mots un jour d’avril 2007, au milieu des œuvres du Musée d’art et d’histoire genevois où il inaugure une exposition sur les trésors archéologiques de Gaza. Le président palestinien sort d’une rencontre avec la cheffe du Département des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey. Il la reverra en septembre à New York et l’a déjà rencontrée en janvier à Davos. Malgré l’intensité de ces contacts, la Suisse minimise aujourd’hui son rôle dans le conflit israélo-palestinien. Officiellement, son action se limite au volet humanitaire. Dans son dernier communiqué, du 4 janvier, le DFAE se contente ainsi d’évoquer l’aide aux civils et d’appeler au respect du droit humanitaire. Aucune référence à un règlement politique du conflit.
Dans l’ombre. Dans les faits, la Suisse mène cependant de discrètes discussions avec toutes les parties. Même le Hamas, que la plupart des autres pays considèrent comme un interlocuteur non valable, voire comme une organisation terroriste. «Ces contacts ont débuté à l’époque de l’Initiative de Genève, en 2004, et n’ont jamais cessé», indique Yves Besson, l’un des acteurs de la médiation qui avait amené les parties libanaises à se rencontrer près de Vevey en 2007. «Nous dialoguons avec tout le monde, alors oui, bien sûr, la Suisse parle au Hamas», confirme Jean-Daniel Ruch, ambassadeur chargé de missions spéciales au Proche-Orient pour le DFAE. Les discussions – de nature bilatérale – se déroulent par téléphone et en face-à-face. «Je vais les voir lorsque je suis dans la région», dit l’ancien conseiller politique de Carla Del Ponte, dont le dernier séjour remonte à décembre. Les rencontres ont lieu tant au niveau ministériel – soit avec l’Autorité palestinienne de Gaza – qu’à celui de la direction en exil. Il a par exemple rencontré le chef politique du Hamas Khaled Mechaal, qui vit à Damas. Les discussions avec les autres parties (Fatah et Israéliens) se déroulent sur le même mode ou via les représentations suisses à Ramallah et Tel-Aviv.
Médiations concurrentes. Mais quels sont les effets de ce dialogue? Jean-Daniel Ruch se montre prudent: «Nous rencontrons certes tout le monde, mais nous ne voulons pas faire concurrence aux autres médiations. L’Egypte, qui possède une frontière commune avec Gaza, est actuellement la mieux placée pour cette tâche. Elle a des moyens de pression que la Suisse n’a pas. Tout comme l’UE, qui est le plus gros contributeur financier de l’Autorité palestinienne.» On l’aura compris, pour faire office de médiateur dans ce conflit, il faut avoir quelque chose à offrir. «Même la Norvège, fer de lance des accords d’Oslo, s’était fait confisquer son initiative par les Etats-Unis: Yitzhak Rabin et Yasser Arafat ont fini par se serrer la main sur la pelouse la Maison-Blanche, pas en Norvège», rappelle Yves Besson. Berne a pu prendre la mesure de son impuissance en 2006: la rédaction d’un papier destiné à fonder les bases d’un gouvernement d’union entre le Hamas et le Fatah lui a valu les foudres de Mahmoud Abbas, qui a aussitôt enterré ce «document suisse».
Facilitateur. Les tensions politiques internes favorisent aussi cette retenue. «Après l’affaire du voile à Téhéran, Micheline Calmy-Rey a un peu mis la sourdine, relève un observateur avisé. Pascal Couchepin, en pleine année présidentielle, a donc pu occuper le devant de la scène en matière de politique étrangère. Il en a profité pour remettre les pendules à l’heure, modérant l’activisme helvétique au Proche-Orient.» Il semblerait donc que le rôle de la Suisse doive se limiter à celui de «facilitateur»: parler avec tout le monde pour préparer le terrain à une intervention plus substantielle d’un acteur majeur, comme l’UE ou les Etats-Unis. Pour ce faire, Jean-Daniel Ruch s’inspire de l’Initiative de Genève. Le label lui-même est désormais contesté, mais son contenu demeure «l’une des formules les plus proches de ce que pourrait être un accord de paix». Le Hamas lui a dit récemment qu’il ne s’opposait pas à un accord sur la base des frontières de 1967. C’est, à peu de choses près, ce que propose l’Initiative de Genève.
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