Après une baisse temporaire en début d’année, la tendance de l’euro fort se poursuit. Il faut aujourd’hui débourser plus de 1fr.60 pour chaque précieux écu. Nos voisins européens se retrouvent donc les poches pleines lorsqu’ils achètent des francs suisses. Après nos exportations et le tourisme, c’est au tour des commerces des villes frontalières d’en profiter.
«Près de 70% de nos clients sont Français, indique la gérante d’une station-service de la banlieue genevoise située à quelques centaines de mètres de la frontière française. «La plupart sont des frontaliers qui travaillent en Suisse et en profitent pour faire le plein.» Car la sans plomb coûte 15% de moins chez nous qu’en France.
Depuis Annecy. Une autre station-service, stratégiquement placée à moins de cinquante mètres de la frontière de La Croix-de-Rozon, voit même des clients venir d’Annecy. Parcourir plus de 70 kilomètres pour faire le plein d’essence et de cigarettes, les angoissés du réchauffement climatique apprécieront. Depuis quelques mois, ces stations ne désemplissent pas l’après-midi.
«Je profite de mon travail à Genève pour faire le plein, raconte David Aymard, d’Annemasse, employé dans une fiduciaire. J’ai aussi remarqué que les prix pour l’électronique étaient plus bas en Suisse.» Une enquête de la Fédération romande des consommateurs le confirme: la Suisse est moins chère que la France, l’Italie et l’Espagne pour l’électronique, l’informatique, les CD, les montres, les jouets et encore les soins corporels.
Grâce à la forte valeur de l’euro, le même laptop MacBook Air se trouve à la Fnac de Genève pour 2499 francs, soit 100 euros de moins que les 1699 euros qu’il faudrait débourser sur le site fnac.fr. De même, un appareil photo numérique reflex à 489 euros est vendu 8% moins cher en Suisse. Les magasins Media Markt de Genève et de Meyrin ont d’ailleurs observé une forte présence française parmi leurs clients. Des consommateurs qui profitent également du faible taux de TVA suisse: 7,6% au lieu des 19,6% dans l’Hexagone.
Pour les voyages en avion, la Suisse présente une offre étendue à des prix des plus compétitifs. «Nos clients n’ont pas encore le réflexe de penser à partir depuis Genève, relève Solange Menuel, employée dans une agence de voyage à Grenoble, mais nous effectuons systématiquement la comparaison avec les départ de Lyon. Le choix des destinations est plus grand à Genève, et les prix sont un peu plus bas.» A cause des taxes d’aéroport, un Lyon-Prague avec KLM via Amsterdam coûtera même deux fois plus qu’un vol direct avec Swiss au départ de Genève.
Fournitures scolaires. Même les commerçants valaisans bénéficient de l’euro fort, confirme Pierre-Emile Devanthery, gérant du centre commercial Migros de Martigny. «Depuis deux ans, de très nombreux touristes d’un jour font leurs achats chez nous. Des habitants des petits villages français et italiens viennent également, pour profiter d’un meilleur assortiment. Ils achètent par exemple des fournitures scolaires en août.» Les prix suisses ne font donc plus systématiquement figure d’épouvantail.
Pour combien de temps encore? Bernard Lambert, économiste chez Pictet & Cie, est d’avis que le franc suisse devrait rester faible. «Cette situation est des plus bénéfiques pour notre pays, pour le tourisme et les exportations. Tant que l’inflation reste modérée, la Banque nationale suisse ne devrait pas augmenter les taux d’intérêt, ce qui aurait pour effet de réduire la différence entre le franc et l’euro.» Les commerçants peuvent donc se frotter les mains. Et tenter de convaincre nos voisins qu’aujourd’hui, Helvétie ne rime plus forcément avec hors de prix.
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