«Trente pour cent de l’énergie est gaspillée! C’est une honte de parler de pénurie avant d’avoir résolu ce problème.» Bertrand Piccard a tapé au centre de la cible. Car le problème énergétique ne se confine pas à l’approvisionnement. Il se cache aussi dans ce qui existe.
Le «savanturier» est convaincu que ces économies sont possibles dans la prochaine décennie. Quitte à supporter des contraintes draconiennes! A son avis, la Suisse n’en tirera que des avantages. Côté industrie, l’innovation sera stimulée. Côté population, les investissements sont rentables à long terme.
Le gaspillage actuel se niche dans des bâtiments à l’isolation souvent déficiente et au chauffage déréglé. Tout le monde en est convaincu. Moritz Leuenberger le premier, puisque le conseiller fédéral a rappelé que «l’efficience» est l’un des quatre piliers de la politique énergétique de la Suisse.
Reste à passer de la parole aux actes. Et, là, un brin d’incitation ne serait pas du luxe. C’est aussi l’idée de l’Office fédéral de l’énergie qui demande que 200millions des revenus de la taxe CO2 soient affectés annuellement à la rénovation des bâtiments.
Mais le projet ne fait pas l’unanimité. Ainsi, Urs Näf, responsable suppléant pour l’énergie à economiesuisse, s’y oppose avec fermeté. Son argument? Le prix du mazout est tellement élevé que «toutes les mesures d’assainissement sont rentables pour le propriétaire.
Pourquoi alors donner de l’argent?» Et cela même si la somme est presque anecdotique. Une position que Hans Björn Püttgen, professeur et directeur de l’Energy Center de l’EPFL, a contré énergiquement: «Nous avons les technologies. Il faut des incitations financières pour travailler à très court terme.»
Malheureusement, ces 200millions ne sont de loin pas acquis. Le projet pourrait disparaître dans les oubliettes de la politique. A moins qu’un compromis ne voie le jour sous la forme d’un nouveau centime climatique géré par l’Etat et totalement affecté à la mise à niveau du parc immobilier.
Moritz Leuenberger a évoqué cette idée après une interpellation de la conseillère d’Etat vaudoise, Jacqueline de Quattro, pour qui l’essentiel est d’avancer: « Nous avons besoin d’une aide pour convaincre les familles ou les personnes âgées d’entreprendre des travaux onéreux. Au premier abord, ils ne se rendent pas compte de l’intérêt financier de la démarche.»
Mais l’argent ne fait pas tout. «Car assainir un bâtiment demande des qualifications trop rares sur le marché du travail», fait remarquer Henri Rollier, chef du Service de l’environnement et de l’énergie du canton de Vaud. Autrement dit: même avec des subventions, la transition sera longue.
| Les Ambitions de la Suisse revues à la baisse en matière d’émissions de co2 |
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• Émissions de CO2 Les objectifs que s’était fixés la Suisse pour 2012 étaient ambitieux: réduire de 10%, par rapport à 1990, les émissions de CO2. Cela en éliminant 8% des rejets produits par les carburants, 15% par les combustibles. Mais il est maintenant clair que ce but ne sera pas atteint et qu’il faudra, au mieux, se contenter du planning fixé par le Protocole de Kyoto – une réduction globale de 8% des émissions.
• Centime climatique Sa campagne d’affichage a envahi les rues de Suisse ces derniers jours. Le centime climatique – qui représente en fait 1,5 centime par litre d’essence ou de diesel |
– vise à compenser les émissions de CO2. Le problème, soulevé par Moritz Leuenberger, réside dans sa redistribution. Actuellement, 90% de cette manne financière, qui devrait s’élever à 740 millions d’ici à 2012, sont investis à l’étranger. Alors que, en Suisse, ils pourraient améliorer les infrastructures et éviter de futures émissions.
• Taxe sur le CO2 Introduite le 1er janvier 2008, la taxe sur le CO2 sanctionne les entreprises en fonction de leurs émissions. Les recettes sont redistribuées à la population, notamment via les caisses maladie.
Mais Moritz Leuenberger souhaite |
diversifier les bénéficiaires en
investissant, notamment, dans l’assainissement des bâtiments. Le ministre des Transports aimerait aller plus loin, en appliquant cette taxe aux carburants. C’est compter sans les oppositions: «Nous avons commencé par vouloir une taxe incitative, mais les milieux économiques l’ont éloignée en privilégiant une taxe sur le CO2, explique le conseiller fédéral. Ensuite, ils ont préféré un centime climatique. Et, maintenant que le centime est là, ils demandent d’autres mesures. C’est une façon de voir à court terme.» •Tasha Rumley | |
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