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Par Chantal Tauxe, Patrick Vallélian - Mis en ligne le 17.10.2012 à 13:33 |
Alors, elle existe ou elle n’existe pas, cette Suisse romande? Durant deux ans, l’historien à succès Georges Andrey, auteur notamment de L’histoire de la Suisse pour les nuls (Editions First), a travaillé d’arrachepied pour trouver des réponses solides à cette question qui revient à se demander si les cantons de Fribourg, Vaud, Valais, Neuchâtel, Genève et Jura ont une histoire commune. Aujourd’hui, Georges Andrey peut l’affirmer. «La Suisse romande existe. Et la réalité de cet espace politico-économique commun, dénommé Suisse romande dès le début du XVIIIe siècle, Suisse française vers la Révolution française, patrie romande au XIXe siècle et finalement Romandie au XXe siècle, remonte à plus de sept siècles. Mieux, même, elle a montré la voie à la Suisse.» Telle est la thèse que ce chercheur prolifique défend dans son livre événement, La Suisse romande, une histoire à nulle autre pareille. Ce bouquin, passionnant, érudit et surtout porté par un point de vue inédit que l’habitant de Givisiez, près de Fribourg, portait en lui depuis cinquante ans, paraît aujourd’hui même aux Editions du Belvédère. L’Hebdo a pu le lire en exclusivité. 01 Les Singinois et les Haut-Valaisans, des Romands comme les autres...Le moins que l’on puisse dire, c’est que Georges Andrey ose bousculer quelques idées reçues. Notamment sur l’identité même de la Suisse romande. Pour l’historien formé à l’Université de Fribourg, ce coin de pays n’est pas que l’ensemble des territoires francophones de la Confédération en opposition aux espaces alémanique, italophone ou romanche. Cette conception «ethnique» n’est pas satisfaisante, car réductrice, estime-t-il. «Elle ampute les cantons bilingues que sont Fribourg et le Valais de leur minorité territoriale germanophone. Or ces régions ne sont pas négligeables, ne serait-ce qu’en superficie et en population. Et surtout, les Singinois ou les Haut-Valaisans se sentent vis-à-vis des Alémaniques tout aussi “Welsches”, c’est-à-dire étrangers, que les francophones. Les Singinois ne se considéreront jamais comme des Bernois.» Voilà pourquoi Georges Andrey préfère la conception historique de la Suisse romande qui la définit comme «l’ensemble des territoires de la Confédération dont le français est la langue dominante». Pour une raison simple: les minorités germanophones ont joué un rôle important dans l’histoire de leur canton respectif, à l’image du Briguois Kaspar Eugen von Stockalper (1750-1826), homme fort du Valais, qui, «habile en diable», sut composer «avec la Révolution et la Contre-Révolution, avec la République helvétique et l’Empire napoléonien, ainsi qu’avec le Valais tour à tour indépendant, helvétique, français et finalement suisse». Il signera même en 1815 l’acte officiel de l’entrée du Valais dans la Confédération. En outre, une définition «ethnique» reviendrait à faire passer Fribourg dans le camp alémanique. Fondée en 1157 par Berchtold IV de Zähringen, un duc bilingue, Souabe par son père, mais Bourguignon par sa mère, la cité hésite en effet dès ses origines entre les deux langues. Or, en 1481, au moment de son entrée dans ce qui s’appelle alors la Ligue de Haute-Allemagne (la Confédération suisse), la ville «se compose d’une petite majorité alémanique gouvernée par une forte minorité romande». Une minorité qui va se germaniser en signe de bonne volonté avant que le canton ne se redonne une identité francophone au milieu du XVIIe siècle à cause de ses relations de plus en plus étroites avec le royaume de France. Or, qui oserait dire aujourd’hui que Fribourg n’était pas le premier canton romand de Suisse? Qui oserait affirmer que le bilinguisme n’est pas partie prenante de l’identité romande? 02 Les combourgeoisies ou une Suisse en miniature!Georges Andrey va plus loin dans son nouveau livre qui risque de faire couler beaucoup d’encre tant il ose explorer de nouvelles pistes. Il y affirme notamment que l’espace romand est plus ancien que celui de la Suisse. C’est en effet en 1225 que le premier traité de combourgeoisie est signé entre les cités de Fribourg et de Payerne. Soit soixante-six ans avant la signature du mythique Pacte du Grütli. D’autres alliances suivront, entre les villes de Lausanne, Genève, Neuchâtel, Avenches, Bulle, Morat, mais aussi Berne et Zurich. Des conventions qui créeront durant quatre siècles un système inédit où «francophones essentiellement, mais aussi germanophones, y apprennent, avant même la création de la Suisse, à coexister et à œuvrer de concert». Les Romands créent alors une Helvétie en miniature «par leur aspiration à une unité supérieure au simple usage des parlers romans. A la création d’un espace commun stratégique, économique et juridique qui se pose en opposition à la féodalité.» Les villes s’allient ainsi pour assurer leur sécurité collective comme le feront les cantons confédérés quelques décennies plus tard. En gros, je te défends si tu es attaqué. Et j’accorde à tes artisans et à tes marchands le droit d’accès à mes foires. Mieux, même, l’institution combourgeoisiale englobe progressivement toutes les couches de la société, du haut vers le bas. «Il est donc possible d’y voir l’histoire non seulement d’une croissance dans le temps et l’espace, mais aussi d’un ciment des couches sociales, souligne Georges Andrey. Ciment à la fois politique, économique et moral à la mesure des obligations inscrites noir sur blanc dans les textes proclamés et jurés solennellement.» C’est d’ailleurs au nom de sa combourgeoisie avec Berne qu’en 1476, à Morat, Fribourg participe aux côtés des Confédérés à leur victoire contre Charles le Téméraire. 03 Cette Réforme qui diviseLe système combourgeoisial, un réseau parfait, donc? Il a en tout cas appris aux Romands à vivre en confédération avant de vivre dans la Confédération helvétique, relève Georges Andrey. Finalement, seul le choc de la Réforme, qui divisera profondément les Romands dès le XVIe siècle et durant quatre siècles, mettra fin à ce réseau d’alliances dont le noyau bipolaire était formé par les deux villes franches de Fribourg et de Berne (créée en 1191), «deux sœurs zähringiennes» tour à tour complices et rivales dans le développement des combourgeoisies médiévales. «La Réforme, par la scission qu’elle provoque entre les deux villes, marque un tournant, reconnaît Georges Andrey. C’est le “début de la fin”. Cette révolution d’ordre religieux brise politiquement l’unité relationnelle que le réseau combourgeoisial avait instaurée au fil des siècles entre pays romands.» Et c’est Fribourg qui en sonne l’hallali. Restée dans l’ancienne foi, elle dénonce les traités la liant à Lausanne et à Genève. Suivront, jusqu’en 1712, quatre guerres de religion, mais, fait à relever, Fribourg restera neutre dans les deux dernières, dites de Villmergen. Quant au Sonderbund de 1847, souvent vu comme un conflit confessionnel, c’est avant tout une guerre civile «politique», estime Georges Andrey. Cette conflagration brève (du 4 au 29 novembre 1847) et peu sanglante (172 morts et 695 blessés) fut néanmoins dramatique pour la coexistence des cinq cantons romands, divisés en trois camps. Celui des tenants du statu quo du Pacte de 1815, sans gouvernement fédéral et sans Parlement élu par le peuple, groupant Fribourg et le Valais. Celui des partisans d’une réforme en profondeur de cette charte paralysante, à remplacer par une constitution moderne, ligne suivie par Vaud et Genève, passés au radicalisme. Enfin celui du maintien du Pacte, mais sans recours à la force, position tenue par Neuchâtel, à la fois Etat souverain suisse et principauté prussienne. La crise de 1847 marque la dissolution momentanée de la solidarité romande. «Oui, sourit Georges Andrey, on peut alors le dire: à ce moment-là, mais à ce moment-là seulement, la Suisse romande n’existe pas!» Mais cette dispute familiale sera de courte durée comme nous le verrons plus tard. 04 La Suisse romande, fille de la Révolution française et de l’EuropeComme la Belle au bois dormant, l’idée romande va dès la Réforme s’endormir dans les bras d’une Confédération sclérosée et bloquée à treize cantons depuis 1513. Rien ne bouge, donc. Pas même les Vaudois gobés par les Bernois en 1536. Il faut attendre finalement la vague révolutionnaire française pour bouleverser cet équilibre. Nous sommes en 1798. La Suisse de l’Ancien Régime a vécu. La République helvétique (1798-1803), puis la Médiation de Napoléon (1803-1813) la remplacent et dessinent les contours de l’Helvétie de 1848. Or ce pays qui s’invente parle décidément plus le français. Vaud, libéré des Bernois, devient le deuxième canton romand en 1803. Suivent le Valais, Neuchâtel et Genève en 1815, lors de la chute de Napoléon. La période est mouvementée. Diverses structures, souvent éphémères, voire mort-nées, tentent de restructurer la Suisse romande. Leur nom? Le canton de Sarine-et-Broye qui se donne Payerne comme capitale et qui regroupe, notamment, la Broye vaudoise et fribourgeoise et la Gruyère, la Glâne ou la Veveyse, la République rhodanique, censée regrouper Vaud, Fribourg, le Valais, le Tessin et l’Oberland bernois, la République des Dix-Dizains ou le Département du Simplon, en Valais. Les Romands montrent également de quel bois ils se chauffent sur la scène nationale. Ils participent au gouvernement de l’Helvétique. Au Parlement, ils ont le verbe haut. C’est que le français, langue dominante sur un continent en fusion, s’impose en Suisse. Issue de la Révolution, la Suisse romande sera aussi fille de l’Europe en 1815 au moment où les grandes puissances victorieuses de l’empire français (Angleterre, Autriche, Prusse et Russie), réunies à Vienne, redessinent les contours de notre pays. On aurait pu imaginer que l’ordre ancien referme la parenthèse francophone. Il n’en est rien. Et c’est notamment grâce au tsar Alexandre Ier que la Suisse le doit. C’est lui qui sauve le canton de Vaud de la voracité de l’ours bernois. La raison en est simple: son ancien percepteur n’était autre que le Rollois Frédéric-César de La Harpe, révolutionnaire, homme fort de l’Helvétique, républicain convaincu, mais aussi homme de qualité. «Je dois tout ce que je suis à un Suisse», disait d’ailleurs le tsar aux idées libérales qui est du même avis que ses collègues du Congrès de Vienne au sujet des trois cantons créés en 1815. Face à la France, il faut une Suisse plus forte que celle de l’Ancien Régime et l’égalité des Helvètes entre eux en est le moyen adéquat. Seulement voilà, les vingt-deux cantons, selon le Pacte, sont des «Etats souverains» et la Diète annuelle un congrès plus qu’un Parlement. Que font alors les Romands, fiers de leur souveraineté cantonale? Pour coopérer entre eux, ils exploitent un instrument nouveau créé en 1803 par l’Acte de Médiation: le concordat. Formule à succès, puisque, aujourd’hui, on en compte environ 800 en fonction dans tout le pays, dont des dizaines entre cantons romands seuls. Un autre fait majeur réunit également les francophones suisses: c’est la fondation d’associations dites romandes, donc supracantonales, comme la Société agricole de Suisse romande posée sur ses fonts baptismaux en 1858. Des sociétés du même genre, dans l’économie du secondaire et du tertiaire, prennent un bel essor dès la fin du XIXe siècle, à la faveur de la Belle Epoque. «En un mot, associations romandes et concordats tissent, telles les combourgeoisies médiévales, un réseau de plus en plus dense de relations supracantonales, génératrices à long terme d’une conscience politique romande, processus lent mais apparemment irréversible.» Quant à l’existence morale d’une Suisse romande, elle s’exprime aussi par une réalité aujourd’hui oubliée, mais bien vivante au XIXe siècle: c’est la notion de patrie romande née en 1836 sous la plume de l’historien et journaliste vaudois Louis Vulliemin. «En patriote proprement romand, il insuffle à la Suisse romande, tel un dieu créateur, une âme», dit Georges Andrey. Une âme qui unira les Romands durant la Première Guerre mondiale au moment où le fossé moral entre des Alémaniques trop pro-allemands et des francophones pro-français mettra en danger l’unité même de la nation. 05 Jura-Sud, futur 24e canton suisse et septième canton romand?Radio, télévision, école, people et même un nouveau canton, celui du Jura, en 1978... La Suisse romande semble avoir atteint sa maturité à la fin du XXe siècle. Mais va-t-elle pour autant naviguer sur un long fleuve tranquille? Que nenni, à écouter Georges Andrey. La faute à la création du Jura, un demi-canton ou, pire, un canton manqué, ose-t-il en rappelant que la nouvelle entité plébiscitée en 1974 ne compte que trois des sept districts du Jura historique. Une occasion manquée, comme en 1815, soulignet-il, au moment où les grandes puissances ont offert à Berne cette compensation jurassienne pour la perte de Vaud et de l’Argovie. Que faire alors? Faut-il réunir ceux qui ont décidé en 1975 de rester séparés? Faut-il rouvrir les plaies béantes entre séparatistes et antiséparatistes? L’historien romand pense que non, mais propose une idée révolutionnaire: celle de la création d’un nouveau canton ou demicanton suisse, le Jura-Sud. «A considérer la dynamique engagée depuis 1815, l’accession à la souveraineté de tout le Jura est dans le sens de l’histoire. C’est une question de temps. Le bicentenaire en 2015 de l’Acte de réunion de 1815 devrait être propice à une réflexion globale sur le passé, le présent et l’avenir de ce pays romand. Cette réflexion devrait être le fruit de la concertation des historiens (passé), des politiques (présent) et des aménagistes (avenir).» L’histoire de la Suisse n’est décidément à nulle autre pareille.
1225 - COMBOURGEOISIE Premier traité de combourgeoisie romand entre Fribourg et Payerne en 1225. Suivent la première combourgeoisie alémanoromande entre Fribourg et Berne en 1243 et le premier traité trilatéral alémano-romand entre Lausanne, Fribourg et Berne en 1525. 1481 - FRIBOURG, PREMIER ROMAND La victoire des Confédérés contre Charles le Téméraire en 1476 ouvre les portes de la Suisse à Fribourg, qui devient le premier canton romand. 1530 - LA RÉFORME À NEUCHÂTEL Neuchâtel adopte la Réforme tout comme Genève et Vaud en 1536. 1598 - NEUCHÂTEL COMME ALLIÉ Le traité de Vervins reconnaît le comté de Neuchâtel comme «allié des Suisses». Celui de Ryswick (1697) en fait de même avec Genève. 1723 - ABRAHAM RUCHAT , HISTORIEN ROMAND L’historien vaudois Abraham Ruchat projette d’écrire une Histoire de la Suisse romande, mais il en est dissuadé par les autorités bernoises. La même année, le major Davel, qui tente de chasser ces mêmes Bernois du Pays de Vaud, est décapité publiquement à Lausanne. En 1740, c’est au tour du Jurassien Pierre Péquignat puis, en 1781, celui du Gruérien Pierre-Nicolas Chenaux, de se révolter et d’être condamnés à mort. 1781 - CARTE DE LA SUISSE ROMANDE Le géographe genevois Henri Mallet publie une carte de la «Suisse romande». 1786 - SUISSE FRANÇAISE Le baron de Zurlauben, dans ses Tableaux de la Suisse, best-seller européen publié à Paris, parle de la «Suisse romande ou française». 1792 - RÉVOLUTION Création à Porrentruy de la République rauracienne. Révolution à Genève. 1798 - VAUD, PAYS LIBÉRÉ Vaud est libéré de la présence bernoise alors que l’Ancien Régime chute à Sion et à Fribourg. Genève devient un département français. Plusieurs structures politiques souvent éphémères se mettent en place: création du canton de Sarine-et-Broye avec Payerne comme chef-lieu ou de la République rhodanique. Sous le Directoire, les Romands dominent la République helvétique: les Vaudois Pierre-Maurice Glayre, Frédéric-César de La Harpe et Philippe Secretan, ainsi que le Fribourgeois François-Pierre Savary, sont membres du gouvernement. Le coup d’Etat du 7 janvier 1800 renverse de La Harpe. Le Directoire est aboli. 1803 - VAUD, DEUXIÈME CANTON Vaud est le deuxième canton romand tandis que l’acte de Médiation est signé la même année. Fribourg devient capitale de la Suisse et Louis d’Affry son premier landamman, son premier président. Le Vaudois Marc Mousson est, lui, élu chancelier fédéral et sera constamment réélu jusqu’à sa retraite en 1830. Signature du premier concordat intercantonal romand. En 1825, Fribourg et Vaud, membres du concordat monétaire intercantonal, frappent une monnaie commune dont les pièces portent l’inscription: «Les cantons concordants de la Suisse». 1815 - TROIS NOUVEAUX Valais, Neuchâtel et Genève, respectivement troisième, quatrième et cinquième cantons romands. Le Jura épiscopal est rattaché au canton de Berne pour former le Jura bernois. 1836 - LOUIS VULLIEMIN L’historien vaudois Louis Vulliemin crée la notion de patrie romande deux ans avant la fondation de la Société d’histoire de la Suisse romande, l’une des toutes premières associations intercantonales. 1839 - QUESTION JURASSIENNE La presse romande parle pour la première fois de la question jurassienne. 1847 - GUERRE CIVILE Le Sonderbund divise la Suisse romande en deux camps: les pro-Fribourg et Valais et les anti-Genève et Vaud. Neuchâtel est neutre. Le général romand Guillaume-Henri Dufour commande l’armée interconfessionnelle fédérale. En 1848, le Vaudois Henri Druey sera le premier conseiller fédéral romand. 1858 - SOCIÉTÉ AGRICOLE Fondation de la Société agricole de Suisse romande, l’une des toutes premières associations économiques intercantonales. 1914 - RÖSTIGRABEN Le «fossé moral» entre Suisse romande et Suisse alémanique éclate notamment à cause de «l’affaire des colonels» alémaniques qui transmettaient aux attachés militaires allemands et austro-hongrois des informations secrètes. Apparition du néologisme Röstigraben. 1917 - GUSTAVE ADOR Election au Conseil fédéral du Romand Gustave Ador comme successeur de l’Alémanique Arthur Hoffmann, poussé à la démission après avoir tenté de faciliter la conclusion d’une paix séparée entre l’Allemagne et la Russie révolutionnaire. 1919 - JEAN-MARIE MUSY Election au Conseil fédéral, grâce à la solidarité des partis bourgeois, du violent anticommuniste romand Jean-Marie Musy, premier Fribourgeois à accéder au collège des sept Sages. Apparition dans la presse du toponyme Romandie. 1922 - RADIO ROMANDE Inauguration à Lausanne de la première station radiophonique de Suisse, une année avant la fondation de la Société romande de radiodiffusion (SRR). 1926 - UNION ROMANDE Fondation de l’Union romande, groupant par-dessus les frontières cantonales les corporations chrétiennes sociales. 1937 - LOTERIE SUISSE ROMANDE Le corporatiste neuchâtelois Pierre Guye publie Le Pays romand et la civilisation latine, qui rêve d’une «Confédération des Etats romands». Création à Lausanne de la Société de la loterie de la Suisse romande, dite Loterie romande ou LoRo. 1939 - GÉNÉRAL GUISAN L’Assemblée fédérale, réunie le 30 août, élit le Romand Henri Guisan comme général de l’armée. Il est chargé de mobiliser et de commander les troupes tant que la guerre fera rage en Europe. Sa popularité dans tout le pays épargne à ce dernier tout nouveau «fossé moral». 1947 - TOUR DE ROMANDIE Création du Tour de Romandie, compétition cycliste dont la popularité est gage de pérennité. 1950 - LE MILLION La Suisse romande dépasse le seuil symbolique du million d’habitants. 1964 - EXPO NATIONALE La Suisse romande, après Genève en 1896, accueille l’Exposition nationale. Et c’est Lausanne qui organise cette Expo 64. A cette occasion, le premier tronçon autoroutier de Suisse, la N1, est ouvert entre les deux métropoles lémaniques. 1978 - JURA, NOUVEAU CANTON Sous l’impulsion de Roland Béguelin (à droite sur la photo), le Jura devient le sixième canton romand. Mais l’idée d’une réunification avec le Jura resté bernois demeure. En 1994, les cantons de Berne et du Jura créent une Assemblée interjurassienne, un organe paritaire destiné à promouvoir la collaboration entre le Nord et le Sud. Ils cosignent, le 20 février 2012, une Déclaration d’intention portant sur l’organisation conjointe de votations sur l’avenir des deux Juras. 2009 - SONDAGE Un sondage d’opinion, organisé par L’Hebdo, montre que la population romande reconnaît l’existence de la Suisse romande, d’un espace commun culturel, politique et économique aux cantons à majorité francophone de Suisse.
PANTHÉONQuelques Romands d'exception
LOUIS D’AFFRY PREMIER PRÉSIDENT Le Fribourgeois Louis d’Affry (1743-1810) fut en 1803 le premier landamman, sorte de président de la Confédération sous la médiation ou de chef de l’Etat. A ce titre, ce soldat diplomate défendit avec succès la neutralité auprès de Napoléon lors de missions en 1805, 1807 et 1810 à Paris où il reçut le cordon de commandeur de la Légion d’honneur. CHARLES PICTET DE ROC HEMONT DIPLOMATE Genève doit son entrée dans la Confédération à Charles Pictet de Rochemont (1755-1824). Et la Suisse, sa neutralité. C’est en effet ce diplomate qui rédige la déclaration solennelle du 20 novembre 1815 par laquelle les puissances reconnaissent, lors du Congrès de Vienne, l’indépendance de la Suisse «de toute influence étrangère». ALEXIS-MARIE PIAGET PACIFICATEUR Le Neuchâtelois Alexis-Marie Piaget (1802-1870) est un radical convaincu, un Républicain dans l’âme qui a réussi à drainer les énergies de ses concitoyens vers la Confédération en 1848. Neuchâtel «chasse» alors le roi de Prusse, son suzerain, pour devenir une république dont Piaget est le président du gouvernement provisoire et l’auteur principal de la Constitution. L’armée suisse, qui redoute un assaut, mobilise. Finalement, les Prussiens renoncent à leur territoire en 1856 grâce à la médiation française. ROLAND PIÈCE PIONNIER DE LA RADIO Né en 1897, le radiotélégraphiste Roland Pièce (1897-1972) met en place en 1922 le poste émetteur du Champ-de-l’Air sur les hauts de Lausanne. Ce Vaudois saura détourner cette installation révolutionnaire destinée à l’aviation pour diffuser la première émission de la radio romande. En 1923, il installe le premier studio de la radio suisse à Lausanne. En 1933, il dirige le montage de l’émetteur national de Sottens. GILBERTE MONTA VON INCARNATION DU PATRIOTISME «C’est la petite Gilberte. Gilberte de Courgenay. On la connaît dans toute la Suisse...» Qui n’a jamais entendu cette mélodie dédiée à Gilberte Montavon, qui servait à boire aux soldats dans le restaurant familial de Courgenay, durant la mobilisation de 14-18. Cette incarnation du patriotisme fait l’objet d’un roman, d’une pièce de théâtre et de deux films. Elle symbolise l’union nationale en 39-45. Epouse d’un Alémanique, la Jurassienne meurt en 1957 à Zurich à l’âge de 61 ans. GABRIELLE NANCHEN PREMIÈRE SOCIALISTE Elue au Conseil national en 1971, année de l’égalité politique, la Valaisanne Gabrielle Nanchen est la première socialiste romande à siéger à Berne. Un sacré exploit pour une jeune femme de 28 ans qui représentait «un canton catholique, rural et montagnard». Avec Tilo Frey, radicale neuchâteloise, Liselotte Spreng, radicale fribourgeoise, et Nelly Wicky, communiste genevoise, elle rappelle que la Suisse romande était en avance. Dès 1959, Neuchâtel, Vaud puis Genève sont les premiers cantons à accorder le droit de vote et d’éligibilité à leurs citoyennes. |









