Et si c’était la dernière bourde de l’année présidentielle de Hans-Rudolf Merz? Et si, en gelant la convention de double imposition (CDI) avec la France, Merz était tombé dans un nouveau panneau? A Paris, certains ont souri en voyant le conseiller fédéral bomber le torse. Imaginez: après s’être excusé pour rien en Libye, voilà que notre Appenzellois tape du poing sur la table contre un de nos plus fidèles alliés. Et en donnant des ordres: non, les Français ne doivent pas exploiter des fichiers informatiques volés dans les locaux de la banque HSBC à Genève.
«Franchement, ce n’est pas cette Suisse-là qui va nous faire peur», ironise un haut fonctionnaire français. Et la riposte de Paris a tonné comme une batterie: menace de figurer sur une liste noire hexagonale. Vote puis retrait d’un amendement dans ce sens par les sénateurs...
En se fâchant, la Suisse est tombée dans un piège. Elle n’a fait que le jeu de la France et, surtout, d’Eric Woerth, son ministre du Budget. «Il a fait un coup politique pour plaire au président en vue du remaniement ministériel d’après les régionales, en mars prochain, et pour sauver sa face», souligne un politique français. Le ministre Woerth a mis en place un guichet où les fraudeurs peuvent se dénoncer jusqu’au 31 décembre. Le problème, c’est que seuls 1400 d’entre eux se sont annoncés. Et cela ne rapportera que des clopinettes par rapport aux milliards déposés dans les coffres-forts suisses par des Français. Bref: l’opération «dénoncez-vous et on passera l’éponge» est un échec par rapport à l’amnistie fiscale italienne.
Du bidon. Woerth le sait. Le listing HSBC pourrait s’avérer aussi vide que celui de l’affaire Clearstream. «C’est du bidon. Sinon, il aurait communiqué sur des arrestations ou sur du concret, analyse ce même politique. Comme les Allemands l’avaient fait en perquisitionnant au domicile du patron de leur Poste.» Klaus Zumwinkel avait ensuite démissionné, accusé qu’il était d’avoir soustrait plus d’un million de francs au fisc.
Bref: c’est un poker menteur qui se joue entre la Suisse et la France. En surréagissant, la Confédération est sur la défensive. Elle passera toujours pour celle qui a quelque chose à cacher, même si elle est dans son droit.
Surtout, l’affaire HSBC ne devrait être que la première d’une longue série, à entendre les spécialistes du renseignement. D’autres pays dont le Canada, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Turquie, sont depuis des mois à la pêche aux listes d’évadés fiscaux qui ont placé leur argent en Suisse. Ces Etats sont prêts à mettre de l’argent sur la table, comme Berlin en 2008 pour démasquer plusieurs centaines de contribuables coupables d’évasion fiscale vers le Liechtenstein. Les services de renseignements extérieurs allemands avaient payé plus de six millions de francs un ancien employé de LGT, la banque de la famille princière, pour obtenir des informations en or.
Un exemple qui a aiguisé de nombreux appétits. Les banques suisses n’ont pas fini de s’inquiéter pour leurs fuites informatiques.
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