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La Suisse suit les émirs.

Par Patrick Oberli - Mis en ligne le 19.02.2009 à 06:00

Futur. Peu encouragée chez elle, l’industrie suisse du «clean tech» cherche à se faire une place au soleil des Emirats arabes unis. L’OSEC soutient la démarche.

Le géant endormi s’est réveillé. Lassé de vivre dans l’ombre de Dubaï la clinquante, Abou Dhabi a décidé de faire valoir son rôle de capitale des Emirats arabes unis (EAU). Assis sur de gigantesques réserves de pétrole et de gaz (4e et 5e positions du monde), cet ancien village de pêcheurs ne connaît presque pas la crise, malgré la chute du prix de l’or noir. Pas suffisamment du moins pour renoncer aux projets pharaoniques que l’Emirat a ancré dans son plan de développement, horizon 2030. N’en déplaise à Dubaï terrassée par la crise immobilière, c’est à Abou Dhabi que les affaires, les vraies, se concrétisent. Et le moment semble venu de le faire savoir à toute la planète.

Pour y parvenir, rien n’est trop cher. Le monde de la culture adule le Louvre et Guggenheim? On leur offre à chacun un musée sur l’île «culturelle» de Saadiyat. Besoin d’un aéroport international ou de centres de congrès? Il suffit de demander. La formule 1 est l’un des sports les plus médiatisés du monde? On construit un temple du moteur, tout en achetant le droit d’organiser le dernier Grand Prix de la saison, souvent décisif. Pour agrémenter le tout, plus de 100 millions d’arbres ont été plantés en plein désert, arrosés quotidiennement par de l’eau dessalinisée grâce au pétrole (productionde 2,5millions de barils/jour). «Mieux que Dubaï, Abou Dhabi se donne les moyens d’apparaître aux yeux du monde sans discontinuer. Un marketing pensé et intelligent», explique Jean-Marc Suter, président du Swiss Business Council à Abou Dhabi.

Masdar, une pièce du puzzle. Et peu importe les contradictions. Ainsi, c’est dans ce pays où le litre d’essence coûte quatre fois moins qu’un litre d’eau en bouteille et qui affiche l’empreinte écologique par habitant la plus désastreuse de la planète, que se développe le projet «énergie propre» le plus hallucinant à ce jour: Masdar City, première ville certifiée sans CO2. Un chantier à 22 milliards de dollars qui devrait donner naissance à une cité abritant 50000 habitants, une université de pointe et suffisamment d’entreprises pour devenir la Silicon Valley du «clean tech». Une folie qui fait saliver écologistes, chercheurs et chefs d’entreprise internationaux, mais qui laisse indifférents les passants sur Hamdan Street, l’artère qui traverse la vieille ville. Dans ce pays paisible, mais peu démocratique, peuplé à plus de 80% d’expatriés, les décisions et le savoir appartiennent au cheik et à ses proches.

Bien que situé en plein désert, à une vingtaine de kilomètres du port, Masdar n’est pourtant plus tout à fait un mirage. Mais, pour y parvenir, étrange paradoxe, le chauffeur de taxi a encore besoin de savoir que c’est le chantier situé en face du circuit de F1. Sur le site, l’hiver bat son plein, la température ne dépasse pas les 35 degrés et le vent fait tourbillonner le sable et la poussière générée par les nombreux chantiers.

Le cœur de l’entreprise d’Etat en charge du projet? Des containers climatisés bourrés de bureaux à l’activité incessante. Masdar bouillonne. «Nous sommes 250 à travailler directement pour la Compagnie des énergies du futur d’Abou Dhabi. Et nous mandatons tous les experts dont nous avons besoin, d’où qu’ils viennent», explique Zarmineh Rab, une Américaine chargée de communication. Des hommes d’affaires du monde entier viennent présenter leurs inventions, espérant des miettes du gâteau. La compétition est féroce. Elle se matérialise avec un test en situation de panneaux solaires. Derrière des grillages, 42 technologies, photovoltaïques ou cristallines, s’affrontent. «Les gagnants seront posés sur les toits de la ville.» Un marché juteux. Pour éviter tout risque d’espionnage, la sécurité est maximale. «Les performances sont mesurées en temps réel. Il y a de la tension, car les résultats seront donnés en fin d’année.» Personne ne se hasarde à des pronostics, surtout pas Zarmineh Rab: «Les conditions à Masdar sont extrêmes, et les résultats de laboratoire ne veulent plus rien dire. Les panneaux sont-ils efficaces couverts de sable? Peuvent-ils résister, sans fondre, à des températures dépassant les 50 degrés?»

Ambitions
De Masdar à... Dübendorf

Masdar City est le projet le plus ambitieux du conglomérat d’entreprises Masdar, créé par les Emirats arabes unis. Les 22 milliards d’investissement prévus sur le site devraient permettre d’accueillir, dès 2015, plus de 50000 personnes, l’Institut de sciences et de technologie Masdar (développé avec le Massachusetts Institute of Technology, MIT) et une zone industrielle regroupant les entreprises le plus en pointe dans le domaine de l’énergie verte. Masdar devrait être la première ville 100% écologique de la planète (sans CO2).

Dessiné par le cabinet d’architectes britannique Foster + Partners, l’aménagement s’inspire notamment d’une cité comme Shibam (Yémen) pour l’orientation nord-est des bâtiments qui favorise la circulation des vents et atténue l’effet de la chaleur, donc le besoin en air conditionné. Chaque bâtiment sera équipé en panneaux photovoltaïques pour satisfaire les besoins en électricité. 80% de l’eau sera recyclée (diminution de la quantité désalinisée) et utilisée autant de fois que possible. La structure et les matériaux doivent être réutilisables et des systèmes permettant de convertir les déchets en énergie sont planifiés. Autre particularité: aucune voiture ne circulera dans Masdar. Des parkings seront aménagés en périphérie.

Pour les déplacements, un «système personnel de transit» est prévu, s’organisant comme un réseau de métro, mais où les véhicules seront des voitures électriques ou solaires dans lesquels l’utilisateur programmera la destination (pas de conducteur). La densité de la ville sera de 135 habitants par hectare, soit plus que Venise (115). Selon Maxmakers, la société zurichoise qui conseille Masdar, la consommation individuelle sera de 30 kWh par jour, soit 9 fois moins qu’un Américain aujourd’hui.

Impliquées dans le projet d’Abou Dhabi depuis sa genèse, Maxmakers et la Swiss Sustainability Initiative (SSI) espèrent que Masdar fera des émules. Pour montrer l’exemple, à la fin de janvier, la SSI a lancé un projet de hub sans CO2 sur le site de l’aéroport militaire de Dübendorf. Nettement moins ambitieux, son objectif est aussi de rassembler les compétences en matière d’énergie verte pour créer un parc d’innovation. Selon Nick Beglinger, directeur de Maxmakers, «la Suisse dispose de plus d’atouts que Masdar pour mener à bien un tel projet».
Côté bâtiments, il faut encore un effort d’imagination. A quelques encablures des containers, des centaines d’ouvriers, une trentaine de grues et des camions en défilé laissent entrevoir, dans le brouillard, le début de la concrétisation. Au volant de son 4x4 de service, Khaled Ballaith, la quarantaine élancée, fier de ses diplômes et en charge du département puissance, est intarissable: «Masdar n’est pas une utopie, et nous voulons le prouver. La première étape est la construction de l’institut universitaire. Il est réalisé en collaboration avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il doit être opérationnel en septembre de cette année pour accueillir les chercheurs.» Un véritable défi. Afin de le relever, les équipes de chantier travaillent 24 heures sur 24, trimant la nuit à la lumière des spots installés sur les bras des grues. Comme pratiquement tout est importé, la plus grande difficulté est de gérer les livraisons de matériaux et les délais. Mais la fierté actuelle de Khaled Ballaith, c’est le champ de 250000 m2 de panneaux solaires d’une puissance de 10 mégawatts qui sera achevé en mars. «C’est le plus grand du Moyen-Orient, et l’énergie produite sera utilisée pour la construction du site ou envoyée sur le réseau d’Abou Dhabi.»

«La deuxième étape, déjà entamée, est l’édification du siège du groupe», continue Khaled Ballaith. Un rythme d’enfer qui devrait permettre à Masdar de «devenir la capitale des énergies vertes en 2015 déjà». Illusion? «On nous reproche souvent de sombrer dans l’utopie. Mais c’est faux: les technologies vertes (solaire, éolien, gestion de l’eau) que nous utiliserons existent déjà. En revanche, jamais elles n’ont été associées. La ville de Masdar sera un laboratoire vivant qui, pour la première fois, va les faire fonctionner ensemble. Les entreprises actives dans les “clean tech” et leurs employés seront invités à s’installer et à vivre ici. Ce sera un environnement extraordinaire.» La prospection, elle, est plus que concrète : «Les EAU ont créé un fonds technologique doté de 250 millions de francs qui investit depuis des années dans des projets de recherche ou des entreprises dont les spécificités nous intéressent. Les sociétés viennent aussi nous voir en direct. Nous avons besoin de toutes les forces. Aucune porte n’est fermée.»
 
Deux Suisses pour un village. Un message que la Suisse, ou plutôt deux Helvètes ont reçu cinq sur cinq. Le premier s’appelle Nick Beglinger, Zurichois de 39 ans. Avec sa société Maxmakers, il projetait de construire un immeuble «durable» à Dubaï. Mais, dans l’environnement spéculatif de la ville, le projet a capoté. «Au moment où j’allais abandonner, il y a eu cette rencontre fortuite, à la fin de 2005, avec le cheik d’Abou Dhabi. Il a été convaincu par notre discours et nous a demandé de travailler à la réalisation de Masdar», se souvient Nick Beglinger. Neuf mois plus tard, un concours d’architectes avait été organisé et le projet de Norman Foster était choisi (lire en page 15).

EPFL
500 millions pour l’infini

Frank Galifier, patron de Virus architecture, affiche une fierté légitime: celle d’avoir élaboré le concept architectural de l’antenne que l’EPFL va développer à Ras al-Khaimah (RAK). Pour cet architecte de Lutry (VD), tout s’est passé très rapidement. «En mai 2008, le vice-président de l’EPFL, Jan-Anders Manson nous a contactés pour concevoir un centre d’étude. A la fin d’août, on nous a donné plus de précisons et quelques photos. La parcelle à disposition était de 250000 m2 et l’ordre de grandeur de l’investissement de 500 millions de francs», se souvient l’architecte de 43 ans. La philosophie du projet? «L’infini. Celui-ci prend la forme d’un cyclone. Un totem constitue l’œil. Ce sera le centre du campus. Autour, il sera possible de construire des bâtiments en spirale. L’avantage est de pouvoir en ajouter sans interruption jusqu’à l’occupation totale de la superficie», expose-t-il encore.

L’accord entre l’EPFL et RAK prévoit la création d’un campus «off-shore» (lire L’Hebdo du 5 février). Des enseignements de 2e et 3e cycles universitaires y seront prodigués. Il prévoit aussi des programmes de recherche de pointe, notamment en relation avec l’environnement et l’énergie.

Le second est l’ambassadeur de Suisse à Abou Dhabi, Wolfgang Amadeus Bruelhart. Dans son bureau, situé au même étage que l’antenne locale du Credit Suisse, l’homme se souvient: «Le premier jour de mon entrée en fonctions, un représentant d’Oerlikon Solar est venu me demander de lui organiser une rencontre avec Masdar. Je ne savais pas en quoi il consistait exactement. Je me suis renseigné. Nous avons organisé le rendez-vous.» C’est le début de l’histoire. «Après quelque temps ici, j’ai pensé que l’ambassade de Suisse pourrait s’y installer.» Et plusieurs discussions plus tard, le projet est accepté par le Dr Sultan Ahmed Al Jaber, CEO de Masdar, «avec l’idée que nous fassions venir entre 20 ou 30 entreprises suisses dans la ville». Le projet «Swiss Village» était sur les rails. Il a pris corps en 2008 avec la signature d’un mémorandum entre l’Association Swiss Village Abu Dhabi créée par Nick Beglinger et Masdar.

 
L’OSEC favorable. Si, comme le répète, prudent, Wolfgang Amadeus Bruelhart, le village suisse de Masdar n’est «encore seulement qu’un projet» (des décisions seront prises en juin), Nick Beglinger a déjà imaginé jusqu’à son emplacement – «le meilleur» – entre l’Institut Masdar et le quartier général. «Un lieu passant, stratégique.» En coulisses, on ne ménage pas ses efforts pour mener l’initiative à bien. «Le 15 février l’OSEC, qui s’occupe de la promotion économique suisse, a étudié la possibilité de soutenir le projet. Sa réponse est positive. Mais la Confédération ne s’engagera pas directement. C’est un contrat entre privés. Toutefois, avec le soutien de l’OSEC pour la phase de planification, cela donne au projet suisse une plus grande crédibilité», analyse Wolfgang Amadeus Bruelhart. Y aura-t-il suffisamment d’entreprises intéressées? «Je ne sais pas. Je constate simplement que, chaque semaine, on m’approche pour demander comment faire afin de travailler avec Masdar.» Autre indice de l’intérêt de l’économie suisse: l’ampleur de la délégation emmenée par Moritz Leuenberger, les 18 et 19 janvier derniers, à l’occasion du Sommet mondial des énergies du futur (WFES), qui s’est tenu à Abou Dhabi. Celle-ci était composée d’une centaine de sociétés, comme FalconTech, Oerlikon Solar, le Credit Suisse qui comptait aussi parmi les sponsors de la réunion, UBS, à l’instar de Swiss Re ou Holcim. Bertrand Piccard, pour Solarimpulse, était aussi de la partie.

Les chercheurs suisses étaient également du voyage, attirés par ce bouillon d’idées en gestation. «L’Institut Masdar et le MIT offrent des possibilités d’échange extraordinaires. Les deux Ecoles polytechniques de Zurich et Lausanne avaient aussi leurs représentants. De même que le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) de Neuchâtel. Patrick Aebischer, président de l’EPFL, viendra en mars rencontrer les représentants de Masdar pour évaluer les possibilités de collaboration», se réjouit l’ambassadeur en brandissant un courrier reçu le matin même. «La preuve que les choses vont vite. Masdar nous offre la possibilité de sélectionner six à dix étudiants suisses qui intégreront l’institut à la rentrée. Imaginez un peu l’opportunité !» Le courrier, courtois, précise que ces privilégiés devront afficher des résultats parfaits. De la même manière, les entreprises qui intégreront la ville du futur devront montrer patte blanche en matière de gestion de l’énergie et de CO2. « Les normes de construction seront très strictes », confirme Zarmineh Rab.
 
A l’est aussi. Quitter Masdar pour rejoindre Ras al-Khaimah (RAK) montre que le chemin de la prise de conscience écologique est encore long. La circulation chaotique rappelle que, ici, la route est la première cause de mortalité avec les accidents de travail. Malgré cela, les EAU semblent bel et bien devenus l’eldorado du «clean tech» suisse. Ainsi en va-t-il pour le CSEM et l’EPFL qui ont trouvé, tout à l’est des Emirats, un abri bienveillant. Les 250 kilomètres qui séparent la capitale du petit Emirat révèlent la réalité d’un pays au développement très différencié, dépendant de la présence ou non de réserves de pétrole. La périphérie de Dubaï regorge de chantiers plus fous les uns que les autres. Puis, l’autoroute passe de douze pistes à quatre et les grues se font rares à l’approche de RAK.

Wolfgang Amadeus Bruelhart
«Masdar est visionnaire. Il faut la considérer comme une chance.»
 
En poste à Abou Dhabi depuis décembre 2007, l’ambassadeur de Suisse, Wolfgang Amadeus Bruelhart, ne cache pas sa fascination pour le projet de Masdar City. Il prend très à cœur son rôle de pont entre l’économie helvétique et un projet unique au monde.
Pourquoi le projet vous fascine-t-il tant?

Parce qu’il représente une occasion à ne pas manquer. Si les entreprises suisses peuvent être partie prenante dès le départ, il y a aussi de fortes chances qu’elles puissent participer à sa réalisation. Economiquement, c’est intéressant.
 
Ce projet frise l’utopie. N’est-il pas trop risqué?

Il y a toujours des risques, et ce projet en comporte. Mais il est visionnaire et il faut le considérer comme une chance. La crise, elle, pourrait peut-être le ralentir. Mais le Gouvernement d’Abou Dhabi m’a assuré que Masdar, quoi qu’il arrive, resterait une priorité.
 
Comment expliquer l’intérêt des EAU?

Un des éléments moteurs a été la visite de la ministre du commerce des EAU à Fribourg en octobre 2008. Elle a été reçue par le conseiller d’Etat Beat Vonlanthen et des représentants d’entreprises. Ce premier échange a beaucoup aidé. La ministre a pu constater le potentiel des entreprises fribourgeoises. De plus, on considère ici la Suisse comme une partenaire vraiment crédible. Cela nous a également permis de faire connaître Masdar. Depuis, je reçois toutes les semaines des téléphones de sociétés suisses.
 
Que vous demandent les entreprises suisses?

Elles veulent savoir comment entrer en affaires, comment participer. Elles veulent aussi connaître les risques et les chances de voir aboutir le projet.
 
Et que leur répondez-vous?

L’ancien ambassadeur de France à Abou Dhabi m’a dit un jour: «Dans les EAU, chaque jour un train partira. Les entreprises ont cinq minutes pour décider d’entrer, sans savoir toutefois s’il arrivera à destination.» On saura en juin ce qu’elles feront. Chacune d’elles prendra sa décision en fonction de ses moyens et de ses capacités.
 
Un parallèle est parfois tiré entre la Suisse et les EAU. Est-il fondé?

Il peut y avoir un parallèle dans le sens où les EAU sont aussi une fédération. Et, à l’instar de la Suisse, ils recherchent le dialogue avec tous les pays. La stabilité et la sécurité sont pour eux une priorité.

C’est là, à une quinzaine de kilomètres du centre-ville, que le fils du cheik Saqr bin Mohammad al-Qasimi, le prince Saud, a décidé de construire une partie de l’avenir de son bout de terre. «Il y a trois ans et demi, lorsque je suis arrivé ici, il n’y avait rien. Le terrain qui devait accueillir l’île solaire était en plein désert», décrit Philippe Müller, chef de projet pour le CSEM. Seule exception: l’usine de céramique, l’une des plus grandes du monde, créée par Khater Massaad, docteur en mathématique de l’EPFL, bras droit du prince Saud et figure centrale du développement de RAK.

Aucune lourdeur administrative. Depuis, l’horizon s’est peuplé d’entreprises et le bord de mer a partagé ses plages de sable avec la construction d’un village qui devrait, à terme, accueillir entre 20000 et 30000 habitants. Un projet dont le manager général est aussi... Neuchâtelois. Il s’agit de Romain Felber, fils de René Felber, l’ancien conseiller fédéral: «Al Hamra fait partie d’un concept général de développement. RAK ne possède pas de pétrole. Si l’Emirat veut prospérer, il doit passer par l’industrie et le savoir. Mais, pour attirer les gens, notamment les étrangers, il faut un cadre de vie agréable. C’est ma mission de le réaliser.»

Lorsqu’il évoque le savoir, Romain Felber pense notamment à l’accord pour la création d’institut signé récemment entre l’EPFL et l’Emirat de RAK (lire L’Hebdo du 5 février 2009). Une parcelle de 250000 m2 à proximité de l’aéroport a été mise à disposition de la Haute Ecole lausannoise pour ériger son antenne. Si, pour l’instant, l’endroit reste désert, le concept architectural est sous toit, réalisé par le bureau Virus architecture Galifier Frank à Lutry (VD) (lire en page 16). La pose de la première pierre n’est pas encore fixée, mais personne, ici, ne doute que ce sera rapide. Romain Felber: «Il n’y a pas de comparaison possible avec la Suisse. Les lourdeurs administratives qui existent chez nous, on ne les a pas ici. Les projets vont vite. Nous n’avons pas de temps pour d’interminables réflexions stratégiques. Il y a le pouvoir de décision et les capacités financières.»

Plus modeste avec un financement de 5 millions de francs, le prototype d’île solaire initié par le CSEM est aussi plus concret. «Nous espérons l’achever vers le milieu de cette année. C’est un rêve vieux de vingt ans qui se réalise», explique Thomas Hinderling, directeur de l’institut neuchâtelois, devant son bébé de 100 mètres de diamètre. Fier, il mesure sa chance: «Je n’aurais jamais pu faire la même chose en Suisse, car je n’aurais pas pu trouver le financement pour un projet aussi risqué.» Si l’avenir appartient aux audacieux, les EAU sont bien partis pour garder leur place au soleil. Même sans pétrole.

patrick.oberli@hebdo.ch

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