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ISTANBUL, JUILLET 2010 Elif Shafak devant le Bosphore, à Bebek, quartier animé, chic et décontracté de la ville où elle aime venir écrire.
SERKAN TAYCAN
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Page n°2
Soufi, mon amour, son dixième livre mais son quatrième roman à être traduit en français, conforte cette impression: cette fille, née à Strasbourg en 1971 d’un père philosophe vite sorti de sa vie et d’une mère diplomate, a tout compris du monde d’aujourd’hui. Soufi, mon amour raconte une histoire d’amour entre Ella, une femme au foyer aisée du Massachusetts, et Aziz, l’auteur d’un roman qui retrace l’histoire entre le poète mystique persan du XIIIe siècle Rûmi et le plus célèbre derviche du monde musulman, Shams, de Tabriz. Le roman lui-même, puis le dialogue, via internet, avec Aziz, sont une révélation pour Ella, dont la vie va en être bouleversée.
«On ne change pas à cause d’un seul livre ou d’une seule personne. Mais il ou elle peut être la goutte qui fait déborder le vase, le déclic.» Ella est la «porte d’entrée», elle «montre le chemin d’un voyage intérieur dont nous avons tous besoin dans notre vie agitée, occupée».
Soufisme.
Qui dit voyage intérieur dit, pour Elif Shafak, soufisme. Elle est tombée dedans à 20 ans. A l’université d’Ankara, elle est dans la première volée à suivre le cours de Women and Gender Studies. Féministe, gauchiste, vaguement anarchiste, pas religieuse, la raison pour laquelle elle se plonge alors dans le soufisme, allant jusqu’à lui consacrer un mémoire intitulé Compréhension des derviches hétérodoxes de l’islam, est un «mystère». «Mais la grande leçon soufie, désapprendre pour apprendre, m’a tout de suite parlé. D’autant plus qu’il y avait beaucoup de femmes soufies, qu’ils ne cherchaient pas la guerre des religions mais au contraire à montrer ce qui les relie toutes. C’est une quête spirituelle liée à l’amour. C’est important pour un artiste, pour qui comptent beaucoup l’amour, la vie, la mort.»
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