Jusqu’au dernier moment, les scénaristes de l’UDC ont assuré à l’élection du Conseil fédéral une dramaturgie d’un goût douteux, mais qui a monopolisé l’espace médiatique. La mise en orbite puis le crash du magouilleur Zuppiger. Les manœuvres auxquelles se sont prêtés les masochistes Walter et Rime. Sans oublier le mensonge de Blocher qui, après avoir nié pendant des mois qu’il était derrière le rachat du quotidien la Basler Zeitung, reconnaît qu’il en est indirectement actionnaire. Une sale affaire (lire l’article de Catherine Bellini, Michel Guillaume et Chantal Tauxe en page 8 de l'édition papier).
Ces pataquès en série ont du coup détourné les attentions du duel Berset-Maillard qui constituait, en réalité, la seule inconnue du 14 décembre. Les deux concurrents, et plus particulièrement le favori, ont évité les déclarations tonitruantes, c’est vrai. Plus: ils ont été d’un fair-play l’un envers l’autre qui force le respect. Rien de comparable, en tout cas, avec les coups bas de la primaire socialiste en France (lire aussi la chronique de Jean-François Kahn en page 66 de l'édition papier).
L’élection d’Alain Berset révèle la force du réseau fribourgeois. Et un manque d’appétence fédérale des politiciens lémaniques.
On l’a répété à satiété, y compris à droite, avec des moues envieuses: les socialistes ont aligné deux candidats de fort calibre. Pourquoi Alain Berset l’a-t-il, au final, emporté? Qu’est-ce qui a fait la différence? Son appartenance au sérail bernois, clairement. Son style et son profil politique plus consensuel, ensuite. Ce qui a joué, enfin, c’est son long travail de préparation et de réseautage, l’appui des autres parlementaires fribourgeois. Un destin, donc, qui ne doit rien au hasard (lire la grande interview du nouveau conseiller fédéral en page 20).
Les partisans vaudois de Pierre-Yves Maillard se sont certes mobilisés. Ils ont souligné le bilan gouvernemental de leur champion, son charisme, son tempérament politique, mais aussi son statut de représentant du canton de Vaud (et de l’arc lémanique), l’un des poumons économiques du pays, absent du Conseil fédéral depuis le départ de Jean-Pascal Delamuraz, en 1998.
Parions qu’Alain Berset représentera l’ensemble de cette région aussi bien que Pierre-Yves Maillard. L’argument cantonal a du reste perdu beaucoup de sa pertinence. Ce que révèle, en revanche, cette élection, c’est que, même quand ils disposent d’un candidat hors norme, les parlementaires vaudois ne parviennent pas à l’imposer. Leurs efforts de préparation du terrain se sont révélés bien trop tardifs.
C’est le paradoxe lémanique: depuis une dizaine d’années, cette région vit un boom économique spectaculaire et, de ce fait, retrouve confiance en elle. Dans le même temps, son appétence de Conseil fédéral semble s’estomper. Ce réflexe provincial est dommageable pour la Suisse romande comme pour l’ensemble du pays. Il réduit d’autant le pool de talents politiques au potentiel national. Si les Vaudois (comme les Genevois) veulent être prêts pour le prochain round, ils ont intérêt à se mettre au boulot. Maintenant!
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