La tornade Oy
A 31 ans, la musicienne aux origines suisses et ghanéennes livre un petit bijou d’electro-pop ludique, à mi-chemin entre le monde de l’enfance et le laboratoire expérimental.
Sur les photos qui accompagnent son premier album, Joy Frempong cache son visage derrière de multiples avatars, d’une photo d’elle petite fille à un faciès bricolé avec des bouts de plastique colorés. Un grand écart visuel qui nourrit le mystère, mais colle parfaitement à l’univers de la musicienne suisso-ghanéenne de 31 ans, aussi ludique que juvénile. Comme le nom de scène qu’elle s’est choisi, Oy, onomatopée primitive, cri de guerre ou de cour d’école.
De la biologie à l’alchimie sonore. Sur First Box Then Walk, son premier album, la multi-instrumentiste qui réside aujourd’hui à Berlin trace un parcours riche en étapes – 26 morceaux en un peu moins d’une heure! – slalomant entre expérimentations électroniques et comptines revenues de l’enfance. Sauf qu’ici, on triture, on bidouille, on crie ou l’on chante gaiement, sans hiérarchie aucune. Entre les mains d’Oy, la musique devient un jouet – toy en anglais – qu’on démonte et remonte au gré de ses envies, guidé par une imagination débordante. Un menuet miniature au piano succède ainsi à une partition d’electro sismique, tandis qu’un accordéon de bal musette côtoie un déluge synthétique. Eclectique et aventureux, l’univers de Joy Frempong est surtout généreux en surprises.
Jazz et biologie. Nouveau prodige de la scène électro-pop helvétique, la musicienne de 31 ans ne sort pas de nulle part. Après une école de jazz à Berne et une année d’études en biologie – où elle a sans doute appris à manier le scalpel pour si bien disséquer les sons – Oy a prêté sa voix à divers desseins musicaux à travers le pays, du hip-hop de Filewile à l’electro à tiroirs de Stade, le projet de Pierre Audétat et Christophe Calpini. De quoi emmagasiner expérience et énergie, mises désormais au service de ses propres compositions, mais refusant de choisir une unique direction.
Du scat au jazz, de la chansonnette à la techno, Oy ose tous les tons et les mélanges, convoquant érotisme rieur et monstres de l’enfance (en tête la sorcière des toilettes) pour une ronde à l’urgence communicative. Et réussit la prouesse de rendre cet ensemble aussi cohérent qu’atypique, jusqu’à se profiler comme l’une des créatrices musicales les plus fascinantes entendues ces dernières années, dans le sillage de la Française Camille pour l’élasticité vocale, des Anglaises Micachu et Leila pour l’alchimie sonore.
First Box Then Walk. Creaked Records/Namskeïo.
Tags: First Box Then Walk,
|
|