L'Hebdo;
2008-08-21 Téléjournal, magazines d’actu et internet LA TSR PRÉPARE L’INFO DE DEMAIN Face à l’omniprésence du net, la Télévision suisse romande veut réagir: le «19:30» fera plus de place aux reportages, à l’analyses... et aux invités stars. Un nouveau patron de l’info est sur le point d’être nommé. Notre enquête.
RÉVOLUTION. Face à l’omniprésence du net, la Télévision suisse romande veut réagir: le «19:30» fera plus de place aux reportages, à l’analyses., et aux invités stars. Un nouveau patron de l’info est sur le point d’être nommé. Notre enquête. Pour ceux qui n’y regardent pas de trop près, les chiffres de la Télévision suisse romande sont bons. En particulier ceux du 19:30, qui réalise 60% de parts de marché depuis bientôt deux ans. Ily a même eu une légère progression, alors que le nombre de chaînes TV à portée de télécommande a explosé, ces dernières années.
Les Romands continuent àplé-bisciter leur télévision. Un vrai miracle, dont rêveraient bien des chaînes de service public à l’étranger Seulement, il y a quand même un petit caillou dans la chaussure du directeur de la TSR, Gilles Marchand. Un caillou qui devient de plus en plus irritant au fil des kilomètres: le téléspectateur moyen de la chaîne est vieux, 52 ans en moyenne. Quant au public du TJ, 56 ans en moyenne, il est déjà composé en majorité de retraités. Si les choses continuent à évoluer ainsi, la TSR ne sera bientôt plus regardée que dans les homes pour personnes âgées.
Réformes en cascade. C’est que le public a fondamentalement changé ses habitudes de consommation. Le téléspectateur arrive déjà très informé à 19 h 30.11 a parcouru les gratuits, écouté la radio, lu les journaux, butiné sur le net, vu les titres du jour sur son portable. Quant au téléspectateur plus jeune, il se demande carrément pourquoi il regarderait encore le 19:30.
Darius Rochebin, son présentateur vedette, s’est fait une raison: «L’idée de grand-messe est morte.» Dans ce paysage médiatique en pleine mutation, il ne suffit plus d’être exhaustif. «Le 19:30 doit faire place à davantage d’originalité et d’éclairages», estime Gilles Pache, le directeur de l’information et des magazines à la TSR. Par réaction tectonique en quelque sorte, les émissions hebdomadaires, qui offrent justement ce traitement magazine, vont aussi devoir se remettre en question.
Le 1~ février 2008, au château de Penthes, Giles Pache a donc réuni une trentaine de ses cadres et collaborateurs pour une réflexion approfondie sur l’avenir de l’offre de la TSR.
Nom de l’exercice: «Les chantiers de l’info». » >» Avec l’aide de consultants français et la bénédiction éclair du grand patron, Gilles Marchand, il s’agissait par exemple d’envisager une meilleure collaboration entre la rédaction d’actu et les émissions magazine. Jusqu’à présent, ces équipes travai]1aie~it de façon assez cloisonnée, les journalistes des émissions comme Mise au point, Temps présent ou ITC, regardant généralement de haut les petites mains qui font le téléjoumal.
Des stagiaires au «19:30».
Depuis que la TSR existe, pour entrer aupanthéon des magazines, il faut avoir payé ses galons à l’actualité. Du coup, à quelques exceptions près, les journalistes qui fabriquent les sujets pour les éditions du TJ sont jeunes. Fréquemment, l’ouverture du 19:30 est même réalisée par un stagiaire ou un journaliste débutant, comme ce fut encore le cas le 10 août dernier pour un événement aussi important que l’enliée des chars russes à Gori. Partout ailleurs, faire l’ouverture du journal est un honneur réservé à des prof essionnels chevronnés. Mais pas à la TSR.
Faute de moyens, celle-ci ne pourra pas sortir complètement de cette logique, car, aux magazines aussi, il faut des personnes expérimentées. Difficile d’imaginer un bleu réaliser une enquête autour de l’infiltration d’Attac pour le Çompte de Nestlé. «Un 26 ou un 52 minutes, c’est un investissement important, »> >» que ce soit sur le plan humain ou financier», souligne DanieliVlonnat, qui dirige le département des magazines.
S’il est d’accord sur la nécessité de repenser l’info en fonction des nouvelles habitude~ des téléspectateurs, et notamment de l’impact de l’internet, il pré-vient qu’une télévision de qualité produit aussi de bonnes images, à la fois belles et porteuses de sens. «Cette exigence, conclut-il, est encore plus forte avec l’arrivée progressive de la télévision haute définition» (TV HD).
Consensus sur le diagnostic.
Son supérieur hiérarchique, Gilles Pache, en est bien conscient. Il souhaite néanmoins une meilleure utilisation des compétences des gens des magazines. Le journaliste qui a travaillé trois mois sur le Temps présent retraçant les déboires d’UBS pourrait par exemple conseiller ceux qui suivent le sujet pour 1eTJ. Il pourrait même y intervenir comme expert. A l’inverse, on peut par exemple imaginer qu’un journaliste qui lève un lièvre intéressant en réalisant un sujet pour le téléjournal continue à tirer ce fil pour en faire un sujet dans une émission hebdomadaire comme Mise au point. «Les chantiers de l’info se sont déroulés de manière Intelligente et harmonieuse», relève Romaine Jean, productrice de l’émission de débat Infrarouge.
Elle-même voit l’intérêt d’un rapprochement avec ses collègues du 19:30. «Nous passons des heures au téléphone avec nos invités et avons dès lors souvent des informations inté-ressantes qui pourraient être relayées au TJ et vice versa.’La structure actuelle ne permet pas ces passages.» Le 25 août, Gilles Pache aprévu de mettre le poste de rédacteur en chef de l’actualité à la TSR au concours. Par un enchaînement d’événements considérés comme heureux, il se trouve qu’André Crettenand, rédacteur en chef depuis 2001, vient d’être nommé à la direction de l’information de TV5Monde. Avec lui, le 19:30 est longtemps resté une galerie de gens qui parlent, laissant peu de place à la créativité.
Ce n’est que tout récemment qu’il s’est ouvert à davantage d’audace (sous l’impulsion de la direction), acceptant par exemple que soit invité au 19:30 un conseiller fédéral ou une star comme Gérard Depardieu pour créer l’événement. «La rédaction dont il avaithéritée en 2001 (le précédent chef était très autoritaire, ndlr) ressemblait à Grozny.
Il a fallu pacifier la rédaction et je rends hommage à ceux qui l’on fait», résume Gilles Pache, qui entend désormais passer aux vraies réformes.
L’homme providentiel. Et là, une personne s’impose naturellement: Bernard Rappaz, rédacteur en chef de TSR multimédia depuis 2001, ancien chef de la rubrique économique du TJ et ancien correspondant aux Etat-Unis Depuis son retour, il est rapidement devenu l’un des hommes de confiance du directeur Gilles Marchand. Il a anticipé et accompagné l’évolution de la Télévision suisse romande vers une chaîne multiplateforme, du téléviseur traditionnel au téléphone portable, en passant par l’internet. Autre avantage non négligeable: il a su travailler de manière consensuelle jusqu’à présent. Dans la tour de la TSR, on ne lui connaît pas de vrais ennemis.
Son parcours et ses qualités correspondent tellement aux attentes de la direction que les autres hésitent à déclarer leur intérêt pour le poste. «Oui, je suis intéressé par ce projet, si le cadre posé est juste dès le départ. Non, les jeux ne sont pas faits», rétorque Bernard Rappaz. Ce qui est essentiel pour lui, c’est de donner une cohé-rence entre l’info brute livrée au fil de la journée sur les diffé-rents supports de la TSR et les éléments d’approfondissemefit d’information fournis par les magazines hebdomadaires.
Même s’il doit attendre la fin septembre pour en être certain, il est quasiment déjà en place.
En fait, la seule chose qui reste à décidez c’est l’ampleur de son influence: dirigera-t-il les journaux télévisés, le web, Infrarouge, Mise au point et Temps présent? Ou seulement une partie de ce royaume? «L’objectif est d’intégrer les différents rythmes de l’info dans une structure opérationnelle en janvier 2009, et la candidature de Bernard Rappaz est belle et forte, explique le directeur de la TSR Gilles Marchand. Mais à ce stade, rien n’est décidé.» o • Au~delà de la réorganisation interne à la TSR, ÷un rapport remis en avril dernier par le rédacteur en chef de l’actualité à la TSR, André Crettenand, et le chef de l’info de la RSR, Patrick Nussbaum, évoquait l’idée d’un rapprochement des rédactions radio et télévision.
• Exemple de synergie possible: le texte du 100 Secondes produit par la TSR est très analogue à celui des flashs info horaires de la RSR.
• Un rapprochement des bureaux régionaux des deux rédactions, voire même un rapprochement des départements d’actualité des deux entreprises (70 journalistes environ à la TSR, 130 à la RSR), y était évoqué.
• Cette réflexion n’a toutefois débouché sur aucun projet concret.~Non, je n’ai pas de calendrier», dit le directeur de la RSR, Gérard Tschopp. Avant d’entreprendre quoi que ce soit, il veut que la radio réfléchisse elle aussi à son avenir: ((On ne se lance pas dans une opération de mariage ou de fiançailles sans savoir ce que “on veut.» ((Sur le principe, je suis tout à fait favorable à cette convergence, mais ni les modalités, ni le calendrier ne sont établis», esquive poursa part Gilles Marchand.
En clair: chacune des deux entités a ses propres préoccupations qu’elle entend régleravant de songer à l’esquisse d’une parade nuptiale.
‘Reste que dans quelques jours, le président du conseil d’administration de SSR idée suisse romande, l’ancien conseiller d’Etat jurassien, Jean-François Roth, examinera l’opportunité de la création d’un groupe de travail radio-tv.
• Quant à la prochaine séance de direction de la SSR, elle pourrait aussi décider d’une opération similaire, un tel groupe de travail existant dejà pourla Suisse alémanique. Mais il ne faut pas en attendre grand-chose dans l’immédiat. o w Sous l’impulsion de son directeur Gilles Marchand, en poste depuis 2001, la TSR n’est plus seulement une télévision.
L’ancienne rédaction francophone de Swiss Txt, quiaétéintégréeàlaTSR en juillet2008, reçoit les dépêches d’agences. Une quinzaine d’employés les retraitent et rédigent à la fois uneversion pour le Teletext de 800 signes environ.
• Ils produisent aussi une version pour les sites de la TSR et de la RSR, environ trois fois plus longue.
• La version pour téléphones portables du site (tsrmobile.ch) reprend les mêmes informations.
• Si la nouvelle est importante, la même équipe rédige une alerte SMS de 160 signes environ, qui est envoyée aux abonnésàceservice (50 centimes le message).
• Une autre version de la nouvelle du Teletext, légèrement raccourcie, est encore rédigée pour la chaîne d’information en continu TSR infoT~ à ce stade uniquement diffusé surIe Net, en cas de trou dans le programme, surTSR2.
• Une autre équipe de dix personnes réalise des petites vidéos très réactives diffusées dans le Journal 100 secondes disponible contre 9 francs par mois pour les abonnés Swisscom.
• Ce minijournal est redécoupé pourêtre diffusé en vidéo sur tsr.ch.
• Ce même contenu alimente également les écransplacésdansles kiosques Naville et TSR info T~ entre les rediffusions des journaux et d’extraits de certaines émissions comme Infrarouge.
• Aterme, on peut imaginer que l’équipe qui produit le 100 Secondes soit complétée et également chargée de réaliser les sujets basés uniquement sur des vidéos d’agences, diffusées au milieu du 12:45 ou du 1930.
• La rédaction de l’actualité de la TSR proprement dite, elle, alimente les journaux télévisés. Les contenus du 12:45, dujournal régional de 19:00 et du 19:30 sont rarement les mêmes. En revanche, ils sont souvent recyclés pour le journal de la nuit. ~ Une séquence encore plus longue de l’information est produite par les autres émissions, que ce soit les magazines hebdomadaires comme Mise au point, Infrarouge, ABE ou TTC, ou les magazines mensuels comme 36,9° ou Passe-moi les jumelles.
• Ces émissions permettent unretouretun approfondissement de l’actualité.
• Depuis quelques années, IaTSRa également entrepris de prolonger la vie de ses contenus en les rendant disponibles gratuitement sur l’internet.
• Le portail TSR Découverte, à vocation éducative, agrège les sujets produits par les différentes émissions et les rassemble dans des dossiers multimédia en fonction de différents publics cible.
• Enfin, certaines émissions sont aussi disponibles en version podcast, c’est-à-dire téléchargeables sur des iPod et autres appareils dugenre. o
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