Tous fuient la répression de Bachar el-Assad sur Jisr al-Choughour. Depuis le 12 juin, les troupes du président syrien pilonnent à l’arme lourde et avec hélicoptères cette ville de 50 000 habitants «pour en expulser des groupes de terroristes armés dans les bois et les montagnes», dixit Damas.
Par milliers, ils continuent d’affluer à la frontière dans l’espoir de trouver refuge à Hatay, du côté turc. Là, ils sont déjà plus de 7000 à avoir rempli les deux camps installés par le Croissant-Rouge turc. Qui doit, ces jours-ci, en ouvrir deux autres pour accueillir au moins 9000 réfugiés.
Une crise humanitaire que la Turquie gère pour l’instant seule, «sans panique», selon Beril Dedeoglu, professeur de politique internationale à Istanbul. «Pour l’heure, il n’y a pas de situation de panique. Les autorités vont accueillir les réfugiés qui pourront rester trois ans. Mais tout dépendra de l’ampleur, imprévisible, que cela prendra.
Ankara pourrait toutefois chercher un appui auprès de l’ONU et de l’Union européenne.» Ce qui l’inquiète? Une tuerie par l’armée syrienne. «La Syrie pourrait massacrer tous ceux qui tentent de fuir, comme elle commence déjà à le faire. Et là, la Turquie ne pourra rester neutre.»
Fissures au sein de l’armée. Parmi les réfugiés de Hatay, des déserteurs confirment que l’armée syrienne traque ceux qui tentent de fuir.
Ecoutons Ali, 24 ans: «Les habitants de Jisr al-Choughour et des alentours sont encerclés. Il y a des postes de contrôle sur les routes de Lattaquié, d’Alep. Les entrées et les sorties sont interdites. Ils arrêtent ceux qui veulent passer et on ne sait pas ce qu’il advient d’eux.» Il dit aussi que l’armée commence à se fissurer: «Les soldats sont divisés. Quatre chars ont fait défection et d’autres se tirent les uns sur les autres.»
Des fissures au sein de l’armée seraient pour Bachar el-Assad le début «d’un scénario voulant dire la fin pour lui, expose David Romano, expert du Moyen-Orient. Tous les postes clés de l’administration, de l’armée et de l’économie sont tenus par les Alaouites, la minorité à laquelle appartient le président syrien. S’ils se sentent menacés, ils iront au bain de sang!
Les Syriens en ont peur et, à ce jour, la révolte est sporadique et par endroits. Ce n’est pas encore un soulèvement populaire. La question est de savoir si cette crise va gagner les bastions de Damas et d’Alep et comment le président syrien réagira.»
Ankara lâche Damas. Le premier ministre turc Tayyip Erdogan a, lui, changé de ton envers son «ami» El-Assad. Naguère en conflit ouvert à propos des Kurdes (minorité la plus importante de Turquie et surtout de Syrie), les deux pays s’étaient rapprochés au point d’adopter un régime de circulation sans visas. Les échanges et les contacts s’étaient multipliés. Les relations étaient «cordiales».
Mais aujourd’hui, même si la Turquie redoute l’infiltration de «terroristes» du PKK, elle lâche Damas. Priorité à ses intérêts. «Erdogan ne peut plus soutenir un “Etat voyou”. Cela lui barrerait toutes ses ambitions géostratégiques.»
Présentée dans le monde arabe comme un modèle de démocratie, la Turquie, membre de l’OTAN et négociateur de plus en plus courtisé, sait qu’elle a un rôle positif à jouer. Et elle veut convaincre l’Europe et le monde de ce rôle.
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