Les PIIGS sont au complet. Après l’Irlande, la Grèce, le Portugal et l’Espagne, c’est au tour de l’Italie de faire trembler les marchés financiers.
Comme quoi les inventeurs de ce concept – qui désigne les pays les plus fragiles de l’eurozone en raison de leur endettement – ont vu juste. A moins que l’autoprophétie n’ait opéré.
En début de semaine, les taux obligataires de la dette à dix ans de l’Italie se sont envolés à 5,6%, un record. Les bourses européennes ont dévissé. La monnaie unique a atteint son plus bas historique face au franc, à 1,16, mardi 12 juillet.
Ironie du calendrier: au même moment, les Américains sont divisés sur la même question, celle de l’endettement. Le 2 août, les Etats-Unis pourraient même être en défaut de paiement si le Parlement ne relève pas le plafond légal de la dette d’ici là.
Mais ce scénario est hautement improbable. Pourtant, les similarités d’un côté et de l’autre de l’Atlantique, en matière de finances publiques, sont frappantes.
«Le paradoxe, relève Michel Girardin, conseiller économique à l’Union bancaire privée, c’est que grâce aux efforts d’assainissement, les finances publiques européennes seront en bien meilleure forme que celles des Etats-Unis dans les prochaines années. Il y a une injustice dans la situation actuelle: la crise a démarré aux Etats-Unis, elle se paie en Europe.»
Les chiffres sont éloquents: grâce aux mesures d’austérité, le niveau d’endettement moyen de la zone euro ne devrait augmenter que très légèrement entre 2010 et 2012 (de 92,7% à 96,5% du produit intérieur brut ou PIB). Tandis qu’aux Etats-Unis, l’OCDE prévoit une explosion de ce ratio (de 93,6% à 107%).
Pour tenter d’y remédier, les Etats-Unis suivent un autre chemin que les Européens, explique Michel Girardin: «Il y a deux façons de modifier ce ratio: en agissant sur le numérateur (la dette), ou sur le dénominateur (le PIB). Au lieu de réduire leur dette, les Etats-Unis misent historiquement toujours sur une relance de leur économie.»
Transfert et union fiscale. Si les chiffres sont presque identiques, pourquoi l’Europe craint-elle pour sa monnaie alors que les Américains ne se soucient guère du dollar? «La grande différence est politique, explique Andreas Höfert, économiste en chef d’UBS.
Aux Etats-Unis, la banque centrale peut racheter de ladette et augmenter la masse monétaire. Tandis qu’en Europe, ce n’est pas possible.»
Pour être précis: les pays de l’eurozone, par exemple la Grèce ou l’Italie, ne peuvent pas résoudre leur problème de surendettement par la politique monétaire (en faisant tourner la planche à billets), car celle-ci est menée par la Banque centrale européenne (BCE).
Et cette dernière, principalement sous l’influence de l’Allemagne (qui représente le quart du PIB de l’eurozone), refuse par principe des mesures de type inflationnistes, telles que pratiquées aux Etats-Unis.
«Ce qui fonctionne aux Etats-Unis ne peut pas fonctionner en Europe pour deux raisons simples, résume Andreas Höfert. La première s’appelle le transfert, une redistribution des richesses dont les Allemands ne veulent pas entendre parler mais qui existe aux Etats-Unis, où lorsqu’un travailleur paie son assurance chômage dans le Massachusetts, il finance les rentes des chômeurs de l’Alabama.
La deuxième raison est l’absence d’un minimum de politique fiscale centralisée en Europe. L’Allemagne ne veut pas transférer de l’argent aux Grecs, mais les Grecs ne veulent pas non plus se voir dicter leur niveau d’impôts.» T
outefois la crise actuelle fait progresser l’intégration: «Une véritable solidarité s’est établie dans la zone euro avec la mise en place de plans de soutien pour la Grèce, le Portugal et l’Irlande», relève Thibault Mercier, économiste chez BNP Paribas.
A qui le tour? Une solidarité qui sera mise à l’épreuve ces prochains mois. Même si la situation en Italie n’est pas celle de la Grèce, rappelle Sergio Rossi, professeur d’économie à l’Université de Fribourg.
«Les créanciers du gouvernement se constituent en grande partie de ménages italiens. Or les particuliers sont, plus que les spéculateurs, enclins à prolonger leurs créances lorsqu’elles arrivent à échéance.»
Le cas espagnol, dont le modèle de croissance a longtemps reposé sur un excès de crédit immobilier, est pour sa part caractérisé par d’importants problèmes structurels. Mais le niveau relativement bas de sa dette (environ 70%) lui laisse une marge de manœuvre pour les surmonter, estime Thibault Mercier.
La Belgique, en revanche (dette à 97%) ne rassure pas: «Son économie se distingue dans peu de branches d’activité, commente Sergio Rossi. De plus, le pays traverse une crise politique grave, puisqu’il vit sans gouvernement depuis près de 400 jours.»
D’autres pays, réputés plus solides, risquent d’être aussi mis sous pression. «Après les PIIGS, les spéculateurs iront sans doute aussi tester la France, puis l’Allemagne, estime Pascal Bridel, professeur d’économie à la faculté des HEC de l’Université de Lausanne.
Lorsqu’ils attaquent la dette d’un Etat en souhaitant la vendre, ils cherchent à voir si celle-ci est assurée. Or la BCE a pour l’heure toujours porté secours aux Etats qui en avaient besoin en rachetant une partie de leur dette.»
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