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J. G. Ballard La vie et rien d’autre
Edition: Denoël
Nb pages: 292

Ballard: la vie au net

In extremis, avant de disparaître en avril, l’auteur de «Crash» et de «Millenium People» avait écrit un formidable récit autobiographique. Il vient d’être traduit en français.

Il était un sismographe de la modernité. Il détectait les pathologies souterraines de nos sociétés, montrait la pulsion de mort à l’œuvre sous les réalités banales de la voiture, du supermarché ou des banlieues sans fin, et projetait ses visions de cauchemar sur l’écran blême d’un très proche avenir: le romancier britannique James Graham Ballard est mort le 19 avril 2009, trois mois après avoir publié un récit autobiographique écrit in extremis, adossé à sa propre fin.

Rien de funèbre, pourtant, dans La vie et rien d’autre qui vient d’être traduit en français. Tout au plus imagine-t-on que la proximité de la mort n’est pas étrangère à la netteté du trait, à l’acuité de ce retour sur soi que J. G. Ballard pratique avec un humour détaché, sans jamais s’appesantir sur ses malheurs. S’il évoque la maladie dans les dernières lignes, c’est surtout pour remercier le médecin qui s’occupe de lui.

Alcool et tripots. Près de la moitié du livre raconte sa vie à Shanghai où il est né en 1930. J. G. Ballard brosse un portrait à l’acide de cette société coloniale qui s’enorgueillissait d’un «capitalisme intrépide» tout en trompant son ennui de lointaine banlieue dans l’adultère, les tripots et l’alcool. Chaque matin, sur le chemin de l’école, l’enfant croisait des cercueils qui contenaient des jeunes Chinois de son âge. La mort était partout, mais les Blancs ne la voyaient pas, abrités derrière les vitres de leur Buick, retirés dans leurs quartiers, continuant de danser sur un volcan.

Pour les Britanniques, la fête se termine en décembre 1941 avec l’attaque de Pearl Harbor. Les Japonais, qui occupaient la ville depuis 1937, ne vont pas tarder à les rassembler et les enfermer dans un camp: Lunghua, près de Shanghai, où J. G. Ballard passera plus de deux ans avec son père et sa mère. On reconnaît le camp qu’il évoque dans son roman semi-autobiographique Empire du soleil, mais sans y faire apparaître ses parents.

C’est que ces années de détention auront été pour lui une libération. Il s’émancipe de la tutelle de ses parents. Il s’épanouit malgré le régime de plus en plus sévère qu’imposent les Japonais. «La prison, écrit-il, si étouffante pour les adultes, libère totalement l’imagination des adolescents.» Le camp semble avoir été la chrysalide d’où sortira un jour l’écrivain.

Angleterre lugubre. En février 1945, J. G. Ballard arrive dans un pays qu’il ne connaît pas. Le sien. Cette Angleterre qui avait gagné la guerre, mais si lugubre et miséreuse qu’elle semblait l’avoir perdue. Il passe par un collège de Cambridge. Se laisse tenter par des études de médecine. S’engage ensuite dans la RAF, pilotant avec bonheur de lourds Harvard T6. Et bascule enfin dans le métier d’écrivain après avoir découvert la science-fiction sur le tard. Il publie son premier texte, une nouvelle, en 1956. A partir de 1963, le succès de son roman Le monde englouti lui permet de vivre de sa plume.

J. G. Ballard retrace avec modestie sa florissante carrière romanesque à laquelle le cinéma n’a pas manqué de s’intéresser (adaptation de son Empire du soleil par Spielberg, de Crash par Cronenberg). La dernière édition de l’English Collins Dictionnary a reconnu son importance en admettant l’épithète «ballardien» qui renvoie aux thématiques de ses livres. Peu d’écrivains ont eu cet honneur d’imposer un adjectif formé sur leur nom: c’est un privilège que J. G. Ballard partage avec Dante, Sade ou Kafka.
Michel Audétat


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