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Par Luc Debraine - Mis en ligne le 30.07.2012 à 11:05 |
«James Holmes n’a pas fait irruption dans une projection de Happy Feet 2. Pour parler des motifs et du sens de son crime, nous devrions au moins nous demander pourquoi il a choisi The Dark Knight Rises comme toile de fond, ou comme temple de ses fantasmes privés. Peut-être que nous devrions aussi nous demander pourquoi l’industrie du film est presque entièrement tournée sur les fantasmes et désirs de jeunes gens, et quel effet cette surreprésentation dans la culture populaire peut avoir sur... les fantasmes et désirs de jeunes gens. Tout ce que je sais est que lorsque j’ai entendu la nouvelle de la tuerie d’Aurora, ma première pensée a été claire et effrayante: "Bien sûr que cela devait tôt ou tard arriver.”» Cet extrait de l’article de Dana Stevens sur Slate.com donne le ton de la presse américaine après l’effroyable massacre perpétré par James Holmes, le 20 juillet, dans un cinéma de la banlieue de Denver, durant la projection des dernières aventures de Batman. Comme l’ombre d’un doute: voilà l’état d’esprit des commentateurs culturels américains, troublés une fois encore par cette vie qui imite l’art, en particulier quand celui-ci a l’ultraviolence esthétisée du film de Christopher Nolan. Un film qui présente le monde sous la menace de maraudeurs sans foi ni loi, et propose une vision perturbante de la culture contemporaine. Bien sûr, le débat sur les effets néfastes de la violence cinématographique est vieux comme les films de gangsters des années 30. Il est vieux comme le reproche fait à la Warner de produire des films qui auraient incité des cinglés à passer à l’acte: Orange mécanique, L’inspecteur Harry, Taxi Driver, Tueurs-nés, Matrix et désormais The Dark Knight Rises. Il est enfin vieux comme la réponse psychologisante à l’hypothétique influence toxique des films violents: dans la vraie vie, les tueurs agissent par une prédisposition qui remonte souvent à l’enfance; n’importe quel stimulant ou frustration peut l’enflammer, y compris un long métrage brutal. Mais, face à un film délicieusement terrorisant qui produit des effets vraiment terrorisants, le sentiment général est que ce type de réponse dissociée n’est plus adéquat. «Bien sûr que James Holmes est fou. Mais il est un cinglé didactique qui nous dit: “Si vous voulez le spectacle de la violence, je vais vous le donner.” La réponse sophistiquée à la violence des films semble aujourd’hui inadéquate et évasive. L’acceptation générale de ces réponses différenciées ne montre pas le meilleur de nousmêmes. Les films peuvent ne jamais changer. Mais nous, nous le pouvons», écrit David Denby dans le New Yorker. «Si nous devons vraiment avoir de la violence dans notre culture populaire, note Kenneth Turan dans le Los Angeles Times, arrêtons de prétendre que son accessibilité au plus grand nombre reste sans conséquence aucune.» |









