Doris Leuthard a retroussé ses manches pour renflouer les caisses des transports, publics comme routiers. Dans la batterie des mesures proposées le 20 janvier, la vignette autoroutière détient un record: celui d’essuyer la hausse de prix la plus vertigineuse – de 100 ou 125%. En comparaison, les 10% pour le rail font pâle figure.
"LE PRIX DE LA VIGNETTE N’EST PAS UN BON MOYEN POUR INFLUENCER LA MOBILITÉ.» Gerhard Tubandt, Association transports et environnement
L’argumentation est rhétorique. Dans la cas de la vignette, les sommes en jeu sont minimes: l’autocollant du pare-brise passera de 40 francs à 80 ou 100 francs d’ici à 2015. Mais il touche les automobilistes d’une seule claque, quand les autres augmentations se répartissent imperceptiblement sur l’année.
La vignette, c’est tout un symbole. Celui de cette liberté de se déplacer garantie par la Constitution à l’article 83, qui interdit les péages en Suisse.
Son prix actuel à 40 francs est tout aussi symbolique, estime Gerhard Tubandt, porte-parole de l’Association transports et environnement (ATE). Elle ne rapporte à la Confédération que 3% des recettes provenant du trafic routier, loin derrière les 53% de l’impôt sur les carburants.
«L’élever à 100 francs ne serait en tout cas pas trop cher», ajoute-t-il. Même parmi les sympathisants de l’auto, un tarif à 200 francs pourrait être accepté, a confié à la NZZ am Sonntag le directeur du Groupement suisse pour les régions de montagne.
C’est que, à l’étranger, les 100 francs prévus suffisent juste aux péages d’un aller et retour Lyon-Marseille ou Milan-Rome (lire ci-dessous). Avec son archaïque vignette – introduite en 1985 –, la Suisse forme un îlot de bizarrerie.
La France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Croatie, la Slovénie, la Roumanie et la Hongrie usent de péages. Seule l’Allemagne offre l’accès gratuit à ses autoroutes, comme la Grande-Bretagne. Cette dernière, par contre, restreint l’accès au centre de Londres par une taxe.
Le modèle autrichien. C’est l’Autriche qui connaît le financement le plus proche du nôtre, en plus élaboré. Notre voisin pratique les vignettes, mais flexibles: 100 francs pour un an, 30 pour deux mois, 10 pour dix jours. En parallèle, des péages accueillent aux tunnels.
La Suisse lorgne vers ce modèle. D’une part, la Confédération étudie depuis des années l’instauration de péages aux tunnels – celui du Grand-Saint-Bernard est une exception, qui s’explique par le débouché sur l’Italie.
D’autre part, dans son projet de vignettes, elle en créera une de courte durée à 40 francs. «C’est indispensable pour les étrangers, vu les accords de libre-circulation», note Moreno Volpi.
Selon le porte-parole du TCS, leur cas n’est nullement négligeable: il chiffre à 80 millions le nombre de voitures étrangères qui traversent la Suisse chaque année. Les voyageurs joueront-ils le jeu de la vignette low cost? Le système comporte des brèches, comparé aux péages.
Mais, selon l’Administration fédérale des douanes, 8, 7 millions de vignettes ont été vendues en 2009. Or, la Suisse ne compte que 4 millions de voitures. Dès lors, on peut déduire que 4 millions d’étrangers l’ont acquise, parmi lesquels sans doute beaucoup de frontaliers. A l’inverse, 19 430 conducteurs – d’ici ou d’outre-frontière – se sont fait amender pour resquille.
Même avec une option à deux durées, la vignette reste archaïque. Voire injuste. Car elle ponctionne pareillement le conducteur du dimanche et le pendulaire compulsif, et n’encourage pas à réduire les trajets: une fois collée, autant la rentabiliser.
Or, outre le financement des transports, c’est aussi la réduction de la masse de pendulaires que vise la nouvelle cheffe du DETEC. «Le prix de la vignette n’est pas un bon moyen pour influencer la mobilité, assure Gerhard Tubandt. Il faut que, plus on roule, plus on paie.»
Bientôt électronique. Ce principe d’utilisateur payeur, le Conseil fédéral en est déjà convaincu. Dans un rapport de septembre, il réaffirmait le principe de «mobility pricing», à l’étude depuis des années. Celui-là propose de «remplacer (...) la vignette autoroutière par une redevance d’utilisation dépendant de la distance».
Concrètement, l’antique autocollant disparaîtrait pour une console électronique, qui taxerait selon le trajet et l’heure (de pointe), comme c’est prévu pour le rail. Doris Leuthard donnera plus de détails ces prochains mois.
Et si son annonce de vignette à 100 francs n’était qu’une parade? Un moyen de préparer les conducteurs à payer demain l’autoroute au kilomètre près?
La vignette autoroutière en chiffres

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