Samedi soir, à Vevey, je me suis glissé sous le chapiteau où Yann Lambiel donnait son nouveau spectacle: «Aux suivants». J’en suis sorti épaté: ce garçon y montre tant de talents que vous me pardonnerez de ne pas les énumérer.
J’ai beaucoup ri, bien sûr, mais j’étais là pour ça. Plus surprenant, j’ai aussi été touché. Le spectacle se termine dans un EMS où Pascal Couchepin, nouvel arrivant, retrouve ses anciens collègues Ruth, Adolf, Christoph, Samuel... C’est le Conseil terminal. Un dernier air de danse entraîne Pascal et Ruth. Entre deux rires, on peut prêter l’oreille à la discrète et touchante mélancolie de cet adieu à Couchepin.
Pour Yann Lambiel, Pascal Couchepin n’est pas un personnage comme les autres: le Martignerain à gros nez a toujours été l’animal roi de sa ménagerie. En 1997, Yann Lambiel abandonne le métier d’installateur sanitaire pour la vie d’artiste. Quelques mois plus tard, Pascal Couchepin est élu conseiller fédéral. On croirait presque qu’un destin farceur avait bien arrangé les choses.
On peut partager le sentiment de Yann Lambiel qu’une époque s’est achevée avec le départ de Pascal Couchepin. Il était entré au Conseil fédéral alors que s’apaisait l’affaire des fonds juifs; il l’a quitté alors que l’horizon s’assombrissait à nouveau. Entre ces deux dates, la Suisse aura vécu une période moyennement glorieuse, mais pas trop malheureuse de son histoire. Et maintenant: «Aux suivants!».