Comment doit-on aborder un cas d’alcoolisme avéré au sein d’une entreprise?
Approcher un collaborateur sous l’angle de son problème d’alcool est fréquemment voué à l’échec. Ce n’est ni le rôle ni la responsabilité du supérieur hiérarchique de traiter ce problème. D’autant que la personne concernée se trouve fréquemment dans le déni. Il est donc préférable de ne se focaliser que sur les aspects factuels d’un changement observé sur la place de travail. Ce sont ces manquements dans le travail ou le comportement qui légitiment le motif de l’action. Ils vont permettre à la ligne hiérarchique d’oser aborder le problème en restant strictement sur le terrain factuel des prestations et des tâches.
Dans quel contexte surviennent ces changements?
Ils peuvent apparaître lors de difficultés personnelles, familiales, voire de problèmes de santé. Mais aussi lorsqu’une personne vit une surcharge ou un mal-être au travail. L’alcool peut être en outre utilisé comme un antistress, un anxiolytique, voire un antidépresseur. Pour certaines personnes ayant l’habitude de gérer leur stress de cette manière dans leur vie privée, toutes les causes de stress relatives au travail (désaccord avec le supérieur, conflits avec les collègues, absence de pause, non-reconnaissance, pressions...), de même que la fatigue, l’ennui ou la répétition peuvent favoriser la consommation d’alcool sur les lieux de travail.
De leur côté, comment les collègues peuvent-ils agir?
En cas d’inquiétude, la meilleure solution consiste à discuter avec la personne. C’est bien sûr très délicat. Il convient d’éviter la recherche d’aveux ou de vouloir établir un diagnostic. On peut en revanche exprimer son inquiétude et relever les faits observés qui dérangent dans l’accomplissement du travail. Le dialogue est primordial! Le message doit être: «Tu comptes pour moi et je me fais du souci, car j’ai l’impression que tu ne vas pas bien.» L’accent ne doit pas être porté sur le thème de l’alcool, mais sur les changements observés au travail. Il vaut mieux alors utiliser la première personne: «Je me fais du souci...», «J’ai l’impression...», «J’ai remarqué...», «Ça me dérange...» Cette manière de présenter les choses peut motiver le collègue à réfléchir sur son comportement et, surtout, lui faire sentir qu’on lui accorde de l’importance.
Pourquoi, lorsque l’on parle d’alcool, le tabou reste-t-il si tenace?
Une des explications est le fait que dans notre société la consommation d’alcool est culturellement et socialement très ancrée. Elle concerne près de 80% des personnes âgées de 15 ans et plus. La consommation de bière, de vin ou d’alcools distillés joue dans nos contrées un rôle autant symbolique qu’économique. Par ailleurs, il existe dans de nombreuses organisations professionnelles une culture d’entreprise liée à la consommation d’alcool lors d’occasions spécifiques: pots de départ, anniversaires, promotions, fêtes du personnel, repas d’affaires. Cette culture-là empêche d’aborder d’une manière objective le problème lorsque celui-ci apparaît.
LA CONSOMMATION DE BIÈRE, DE VIN OU D’ALCOOLS DISTILLÉS JOUE DANS NOS CONTRÉES UN RÔLE AUTANT SYMBOLIQUE QU’ÉCONOMIQUE.
PROFIL: DWIGHT RODRICK
Responsable des programmes en entreprise à l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA).
Tags: Alcoolisme, travail,
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