L'Allemagne est la Chine de l'Europe
Par XAVIER PELLEGRINI - Mis en ligne le 31.03.2010 à 14:42
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SALAIRES. Dans le gouvernement Sarkozy, certains voient dans les «chers amis allemands» de dangereux prédateurs pratiquant un dumping salarial.
En raison de la crise, IG Metall, le puissant syndicat allemand de la métallurgie, n’a même pas vraiment négocié avec le patronat: il a renoncé pour 2010 à toute augmentation de salaire supérieure à l’inflation, afin de préserver l’emploi. De quoi faire rêver les chefs d’entreprise français qui, année après année, crise ou pas crise, doivent concéder une bonification de la fiche de paie de leurs employés.
Au pays de la CGT, on s’inquiète depuis longtemps de cette modération salariale qui a pour effet de booster les exportations allemandes, mais aussi de mettre au régime les consommateurs, de ce fait forcément moins enclins à acheter des olives espagnoles ou des Renault françaises. Dans le secret des chancelleries, le contentieux dure depuis plusieurs années entre Paris et Berlin. Mais, en plein débat sur la manière de traiter la débâcle grecque, la ministre française de l’Economie Christine Lagarde s’est lâchée dans une interview accordée au Financial Times: «Ceux qui ont des excédents commerciaux ne pourraientils pas faire un petit peu plus? Clairement, l’Allemagne a fait de l’excellent travail ces dix dernières années, améliorant sa compétitivité, mettant une très forte pression sur ses coûts du travail.» Mais, a-telle poursuivi, «je ne suis pas sûre que le modèle allemand soit viable à long terme et pour l’ensemble de l’ eurogroupe». Elle a précisé sa pensée sur RTL: «Les Allemands pourraient baisser leurs impôts» pour donner un coup de pouce aux importations. L’invitation était polie et teintée d’admiration mais, dans la foulée, les commentateurs ont désigné les «prédateurs» d’outre-Rhin avec leur insolent excédent de la balance commerciale (136 milliards d’euros contre un déficit de 54 milliards pour la France). Pour l’économiste Benjamin Carton, qui a le sens de la formule, «l’Allemagne est à l’Europe ce que la Chine est au monde».
Réplique allemande. A Berlin, on n’a pas aimé. Aux Grecs en déroute, des responsables ont répondu qu’ils n’avaient qu’à vendre leurs îles et l’Acropole. Quant à Christine Lagarde, la chancelière s’en est occupée personnellement dans une intervention au Bundestag: «Nous n’allons pas abandonner nos atouts sous prétexte que nos produits sont peutêtre plus demandés que ceux d’autres pays. Ce serait la mauvaise réponse à apporter à la question de la compétitivité de notre continent. Un gouvernement économique européen doit s’aligner sur les Etats membres les plus rapides et les meilleurs, pas sur les plus faibles.» Fin de la discussion.
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