Un nouvel album de Lambchop, c’est la promesse de retrouver un univers familier, la voix délicatement tremblante de Kurt Wagner illuminant des arrangements puisant autant dans le folk et la country que dans la pop ou la soul. Depuis son apparition sur la scène internationale en 1994, le groupe de Nashville est l’incarnation ultime de ce qu’on appelle par ici l’americana, à savoir une musique profondément ancrée dans le terroir étatsunien.
Que les fâcheux qui trouvent que les disques de Lambchop sont interchangeables, tant ils ne s’éloignent jamais de la ligne tracée depuis près de vingt ans par Wagner, se rassurent: le onzième enregistrement des Américains, Mr. M, est bien plus que simplement «le nouveau Lambchop». Rarement les arrangements de Mr. Wagner n’ont semblé aussi lumineux. Dès l’intro de If Not I’ll Just Die et ses cordes belles à pleurer, on est happé par la grâce de ce onzième effort qui rejoint instantanément Nixon (2000) au panthéon du groupe. D’un morceau à l’autre, Mr. M décline un large spectre d’émotions. Au bord de la rupture sur 2B2, la voix de Wagner devient solaire sur Gone Tomorrow, avant de se faire caressante sur un bouleversant Mr. Met évoquant Vic Chesnutt, dont le fantôme hante tout le disque. Musicien paraplégique au sublime vibrato, Chesnutt avait affirmé qu’il mettrait fin à ses jours lorsqu’il serait au bout du rouleau. Il est passé à l’acte en 2009, le jour de Noël. Wagner perdait alors un ami très proche. «Lorsque quelque chose arrive dans votre vie ou dans celle de votre entourage, cela devient partie intégrante de ce que vous faites sans que vous en ayez conscience, explique pudiquement le musicien. Vous savez, lorsque j’écris, je m’inspire des conversations que j’ai eues ou que je pourrais avoir avec mes amis. Du coup, si vous écoutez mes chansons, vous savez ce que je pense, qui je suis.»
Pièces détachées. Même si Wagner parle de Lambchop comme d’une famille, il admet que le groupe est avant tout un véhicule pour son songwriting. L’Américain n’est pas le leader de Lambchop, il est Lambchop. Et afin de ne pas avoir l’impression de se répéter d’un album à l’autre, il aime tenter des choses. S’il a enregistré ses trois derniers disques dans des conditions live, afin de capter la manière dont les musiciens réagissent les uns aux autres, il a cette fois décidé de ne pas travailler seul avant de présenter ses nouveaux morceaux à ses musiciens. Ce nouvel album, il l’a entièrement façonné en studio, «lentement, par petites pièces».
Amateur de cette musique libre qu’est le jazz – «même si Nashville n’est pas Chicago ou New York», rigole-t-il – Wagner se réinvente doucement, comme lorsqu’il évoque Morricone sur l’instrumental Betty’s Overture. Et lorsqu’on vante la grâce de Mr. M, il explique que ce qui l’intéresse actuellement, c’est «le silence, l’espace qu’il y a autour de la musique. A l’inverse des productions actuelles, qui ont peur du vide, je trouve intéressant les moments où l’on n’entend rien. Mais je ne suis qu’au début de ces expérimentations...» Cet homme n’a pas fini de nous surprendre.
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