Les yeux rivés sur les déhanchements d’un jeune Gambien, Malinda finit par céder à la tentation. Elle se lève, s’élance sur la piste de danse et s’approche au plus près du danseur. L’Européenne, une Hollandaise de 49 ans, s’unit pour une nuit à un Gambien de 23 ans. La scène se joue dans un club de Sénégambia, un quartier d’à peine quelques kilomètres carrés aux portes de la capitale gambienne Banjul. Elle est banale et ne déclenchera aucun regard réprobateur des clients attablés. Au contraire, elle suscitera des envies aussitôt assouvies. «Je reviens ici depuis cinq ans, explique Malinda. La première fois j’étais avec des amies pour me changer les idées après un divorce difficile. J’ai fait la rencontre d’un young fresh boy et suis revenue seule pour le voir. Nous sommes restés deux ans ensemble avant que je ne le quitte pour un plus jeune et plus fort que lui. Mais mon nouvel amant est aussi jaloux que le précédent et je suis à la recherche d’un autre homme», ajoutet- elle sans tabou ni scrupule.
A Sénégambia, la drague rythme le quotidien. Matin et après-midi des jeunes gens d’une vingtaine d’années exhibent leurs corps sculptés sous le regard gourmand de femmes de trente ans leurs aînées. Seuls ou en groupe, ils s’entraînent sur les plages qui prennent des airs de stade olympique. A la nuit tombée, ces garçons de plages qui «chassent» les touristes en villégiature, les «bumsters», filent dans les salles de gym. Plus intimes et donc propices à un éventuel rapprochement, ils y retrouvent les Européennes arrivées sur les lieux grâce au bouche à oreille.
Plus tard enfin, pendant la nuit, ils se jettent sur les pistes de danse, y rivalisant de prouesses rythmées pour attirer le regard. «Nous n’avons rien à faire, si ce n’est de choisir, s’enthousiasme Brigitte, une Belge de 45 ans. Depuis 2006, je passe quelques semaines par an à Banjul pour mon travail. Et à chaque séjour je profite, je sors, je danse et je tombe dans les bras d’un homme lorsque j’en ai envie.» Au hasard des rencontres, les Européennes laisse leur numéro de chambre. Puis, à l’heure convenue sont rejointes par les bumsters sous l’oeil complaisant des hôteliers.
Se tirer d’affaire. En réalité, les hommes n’obtiennent pas directement d’argent en échange de leur service. Mais ils sont copieusement nourris le temps d’une relation qui peut durer de quelques semaines de vacances à plusieurs années, lorsque les Européennes prennent goût à l’aventure ou tombent amoureuses. Dans ce cas, ils peuvent alors se voir offrir un scooter, un appartement, une maison, voire une petite affaire. C’est le cas d’Ebrima, 25 ans, à qui la maîtresse amsterdamoise de 49 ans, pourtant peu fortunée, a acheté un centre internet. «Je suis avec les Blanches pour l’argent, admet Boubacar, un bumster de 27 ans en quête d’une relation sérieuse depuis cinq ans. Ici, il n’y a pas de boulot et nous ne pouvons rien espérer d’autre. Je veux épouser une Blanche pour me tirer d’affaire et aider la famille.»
En échange de faveurs sexuelles, les jeunes hommes visent le White ticket to Babylon. «Ils rêvent d’ascension sociale exprimée par l’axiome des “quatre V: villa, voiture, visa, virement”, constate Christine Salomon. Anthropologue à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), elle a récemment mené une étude au Sénégal voisin, touché à moindre échelle par le même phénomène. «Grâce à cette forme de prostitution, les hommes se conforment aux normes de la masculinité au sein de la société: payer une dot, se marier, travailler pour nourrir la famille», note Christine Salomon. L’Européenne est tolérée comme coépouse car, plus âgée, elle n’est pas perçue comme une rivale dangereuse du point de vue de la séduction ou de la procréation.
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