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L'année de vérité

Mis en ligne le 29.12.2005 à 00:00

L'Hebdo; 2005-12-29

L'année de vérité

Politique suisse 2007 sera l'année des élections fédérales. 2006 servira donc de veillée d'armes, marquée par quelques salutaires mises au point. Par Chantal Tauxe.

Les travaux ont commencé en février dernier, ils se poursuivront jusqu'à l'automne prochain. Symboliquement toutefois, l'image est forte: le Palais fédéral (ouest) est en pleine rénovation. L'austère bâtiment de molasse grise, datant de 1857, première construction à abriter le Conseil fédéral, est en chantier, alors que la discussion sur l'efficience du gouvernement fait rage. Pourra-t-on en 2007 le réélire comme d'habitude, au gré d'un rituel désuet? Faudra-t-il au contraire bousculer les hommes en place, changer les modalités, oser un programme de législature cohérent? Le débat, violemment initié ces dernières semaines par la pagaille autour de Swisscom, promet de se prolonger pendant toute l'année 2006.

S'aimer à Flims... Les travaux de régénération architecturale obligeront le Parlement à s'exiler pour la session d'automne à Flims, dans les Grisons. Manière de prendre l'air chez les minoritaires, de s'offrir un bain de solidarité confédérale, comme en 1993 à Genève et en 2001 à Lugano, de se ressourcer dans la diversité culturelle si chérie des Suisses, au moment où la morgue de l'UDC menace plus que jamais les règles de la cohésion made in Helvetia. Petit quartier du village global planétaire, la Suisse va profiter de son excursion dans le paysage idyllique des montagnes grisonnes, pour se contempler, se caresser encore tels de vieux amants fatigués, et s'interroger sur son avenir: «Nous nous sommes tant aimés, mais vieillirons-nous ensemble?»

Sonnés en 2003 par la victoire de l'UDC, les autres partis gouvernementaux n'ont pas encore apporté de réponses définitives. Démocrates-chrétiens et radicaux pansent leurs plaies plutôt que de mettre en oeuvre une stratégie de reconquête. Le Parti socialiste attend son heure, guette les faux-pas, mais ne prend pas d'initiatives sérieuses. Il se réveillera, peut-être, en 2006, talonné qu'il est désormais, dans certains cantons, par les Verts. Ces gendres idéaux de la politique suisse, bien élevés et passionnés, encore si peu usés aux réalités du pouvoir, n'ont pas eu beaucoup d'opportunités de décevoir. Sûr qu'en 2006, ils vont continuer de faire rêver les électeurs en mal de changement, et si déçus par le bal des vieux partis (on le verra notamment lors des élections cantonales bernoises en avril, au cours desquelles le Vert Bernhard Pulver pourrait créer la surprise, alors que les radicaux risquent de perdre un siège au gouvernement).

Refonder politiquement la Suisse du XXIe siècle s'annonce comme un chantier herculéen, et le personnel politique suisse n'aime guère ce type de défis. A cet égard, 2006 sera donc une année de vérité: va-t-on cesser enfin de s'étourdir dans les dénis de réalité et empoigner les questions de fond?

On pourra le mesurer avec la présentation, attendue pour l'été, du rapport sur les avantages et les inconvénients d'une adhésion à l'Union européenne. Cinq variantes seront étudiées. Elles devront être discutées. La Suisse ne peut différer plus longtemps une décision claire sur sa place en Europe. De même, il faut souhaiter qu'un débat moins émotionnel et électoraliste s'installe sur l'âge de la retraite. On peut compter sur Pascal Couchepin, aussi impopulaire que courageux, pour tenter de dessiller les yeux de tous ceux qui veulent croire que la formidable prolongation de l'espérance vie s'autofinance «naturellement».

La votation d'un article constitutionnel sur l'éducation, agendée en principe le 21 mai (le Conseil fédéral doit encore valider la date), constituera une autre opportunité de baliser le futur. Bijou de concertation entre le Parlement et les cantons, ce nouvel article prévoit l'harmonisation des systèmes éducatifs cantonaux, sous l'oeil vigilant et possiblement contraignant de la Confédération. Les Suisses sauront-ils se mettre d'accord sur cet enjeu essentiel? Ou bien l'esprit cantonaliste tuera-t-il une fois de plus une réforme prometteuse?

... et se sentir «rouge-blanc-secundos» Quoi qu'il en soit, en juin, de Genève à Romanshorn, la Suisse, tous cantons confondus, oubliés, vibrera pour la Nati. L'épopée de l'équipe suisse de foot au Mondial promet quelques soirées où chacun se sentira «rouge-blanc-secundos», selon que Behrami, Vonlanthen, Barnetta ou Senderos marqueront des buts. Dans un pays qui a l'enthousiasme collectif rare, la chose ne sera pas sans effet sur le débat politique, d'autant que les modalités de naturalisation des étrangers et d'accueil des requérants d'asile seront encore et toujours d'actualité.

En 2006, on parlera donc beaucoup d'intégration. Le canton de Vaud s'essayera à des travaux pratiques inédits puisque lors des élections communales de mars à mai, 80 000 étrangers (+20% du corps électoral) pourront voter ou être élus. Idem dans le canton de Fribourg qui renouvelle ses autorités communales en mars, et cantonales en novembre. Le Jura se choisira également un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement. Après les majorités de gauche conquises à Neuchâtel et à Genève, ce sera l'occasion de mesurer le poids réel des partis en Suisse romande, une année avant la grande confrontation des fédérales de 2007. |

rouge-blanc-secundos Behrami, Ph. Degen, Senderos et Frei: dans ce pays à l'enthousiasme collectif rare, la participation de l'équipe suisse de foot au Mondial produira des effets.




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