ARCHIVES
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ARCHIVES >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

«Attention aux produits dérivés»

Mis en ligne le 20.03.2003 à 00:00

Philipp Hildebrand A 40 ans, il va devenir le troisième homme à la tête de la Banque Nationale Suisse. Rencontre exclusive avec un financier passionnant.

L'Hebdo; 2003-03-20

Philipp Hildebrand A 40 ans, il va devenir le troisième homme à la tête de la Banque Nationale Suisse. Rencontre exclusive avec un financier passionnant. «Attention aux produits dérivés»

Philipp Hildebrand A 40 ans, il va devenir le troisième homme à la tête de la Banque Nationale Suisse. Rencontre exclusive avec un financier passionnant.

Directeur général et membre du Comité exécutif de l'Union Bancaire Privée, vous serez dès le 1er juillet responsable du 3e département du directoire de la BNS. Quelles sont ses missions?

Les décisions de politique monétaire en tant que telles - par exemple la définition de l'objectif souhaitable pour la marge de fluctuation du taux Libor à trois mois sur le franc - sont prises par le directoire. Le 3e département assure ensuite la mise en oeuvre de cette politique au jour le jour. Il est responsable de tous les aspects de la gestion des réserves. Les devises sont également de sa compétence: cela peut aller jusqu'à une intervention directe sur le marché des changes. Par ailleurs, l'or - qui dépendait jusqu'ici du 1er département - va être transféré au troisième. J'aurai également la responsabilité de la gestion des risques et de l'informatique.

Vous avez été associé de Moore Capital Management, spécialiste des fonds alternatifs («hedge funds»). En 1998, les problèmes de LTCM - un fonds de ce type - avaient fait craindre une déstabilisation du système financier mondial. Les hedge funds sont-ils aujourd'hui suffisamment transparents pour exclure des risques «systémiques»?

Le cas de LTCM était vraiment très particulier. Les modèles d'appréciation des risques utilisés par ce hedge fund n'avaient pas réellement intégré un évènement qui avait une infime probabilité de se produire. Ces modèles n'ont donc pas fonctionné. Mais le vrai problème à l'époque était que les banques avaient accordé d'importantes lignes de crédits à ce fonds, d'où un très fort effet levier avec des multiples extraordinaires des fonds sous gestion de LTCM. En fait, ce sont ces lignes de crédit gigantesques qui ont créé un risque systémique avec la menace de faillite d'un ou plusieurs établissements financiers.

Aujourd'hui, ce type de risques est maîtrisé dans la mesure où très peu de lignes de crédits sont attribuées aux hedge funds, d'où un faible effet levier envers les établissements bancaires. Mais les produits dérivés peuvent poser d'autres problèmes au système financier. Le célèbre investisseur Warren Buffet vient récemment d'attirer l'attention sur les positions en dérivés des grandes banques.

Vous parliez de la limite des modèles d'appréciation des risques lorsqu'un évènement quasi impossible se produit. Si l'on était dans ce cas avec la forte chute des Bourses, est-ce que les produits dérivés pourraient nourrir une spirale à la baisse sur les marchés d'actions?

Ce n'est pas inimaginable. D'où l'importance pour les établissements financiers d'être très attentifs avec les risques potentiels de leurs positions en dérivés et de ne pas se contenter d'espérer une remontée des marchés financiers.

Les banques centrales peuvent-elles évaluer ce type de risques?

Depuis 1998, les exigences en matière de transparence et d'information ont été renforcées, mais il faut encore les augmenter pour les dérivés. Des comités de la Banque des règlements internationaux (BIS) s'occupent de cette question. Les banquiers centraux échangent aussi des informations dans le cadre du G-10. Ces échanges sont extrêmement utiles pour essayer d'identifier à l'avance des risques potentiels.

Vous êtes un partisan affirmé de la transparence et de la nécessité d'informer les investisseurs. Si une banque centrale identifiait un risque majeur lié aux produits dérivés dans un grand établissement financier, devrait-elle communiquer cette information?

Une telle information devrait être débattue à la BIS. Il faudrait être attentif à la manière de la gérer pour ne pas provoquer un mouvement de panique. C'était d'ailleurs exactement la même problématique à l'époque de LTCM; on a essayé d'éviter que le marché dans son ensemble connaisse les positions de LTCM, sinon les investisseurs auraient compris que ce fonds était obligé de les dénouer et... cela l'aurait empêché de le faire. Il était donc important que cela ne se sache pas à l'avance. Le concept de transparence de l'information est très compliqué...

Pensez-vous que les marchés financiers sont engagés dans une spirale à la baisse durable?

Nous sommes en train de vivre l'autre face de l'extraordinaire développement de l'investissement et de la spéculation dans les années 90. Une période qui pourrait entrer dans l'histoire comme la plus grande spéculation financière aux Etats-Unis. Il est assez naturel qu'une période historique de hausse soit suivie par une période de baisse tout aussi unique.

Je pense que nous sommes en train de vivre un changement de paradigme, ce qui entraînera de profondes modifications dans la psychologie des investisseurs et la création de nouveaux repères. Une génération entière d'intervenants sur les marchés n'a jamais connu une longue période baissière et ces intervenants, prisonniers de leurs habitudes, restent convaincus qu'il faut acheter plus d'actions quand leurs cours baissent. Aujourd'hui, peu de gens actifs sur les marchés ont déjà vécu une longue période de baisse, comme celle des années 70. D'où une perte de repères.

A ce changement structurel s'ajoute une problématique cyclique: il n'y a quasiment plus que les Etats-Unis qui peuvent jouer le rôle de moteur économique mondial; l'Europe n'a quasiment plus de croissance, avec l'Allemagne qui constitue un gros problème à elle seule, et le Japon est enlisé depuis quinze ans. Les problèmes géopolitiques ajoutent encore un élément d'incertitude.

De plus, la plupart des pays ont relativement peu de marge de politique économique: les taux d'intérêt sont bas et la politique fiscale est limitée soit par le pacte de stabilité en Europe, soit par une dette élevée ailleurs. Il y aura donc une pression importante à la dérégulation des marchés du travail et des produits, notamment en Europe.

Pourquoi n'a-t-on pas pu éviter la création de la bulle technologique?

C'est difficile de reconnaître une bulle avant qu'elle n'éclate. Comment une autorité, telle qu'une banque centrale ou un ministre des Finances, pourrait-elle avoir un meilleur jugement que le marché qui représente des millions de gens qui prennent des décisions tous les jours ? Et même si une banque centrale était convaincue qu'une bulle est en train de se former, comment devrait-elle réagir?

Le petit investisseur peut toutefois avoir l'impression que les gestionnaires de fonds de placement ont fait preuve d'un certain cynisme en continuant à acheter des actions?

Il n'y a pas de cynisme derrière leur comportement mais une énorme difficulté à se faire à l'idée que les règles ont changé. Les gestionnaires de fortune se sont trouvés un peu dans la situation de joueurs de football à qui on dirait, au milieu du jeu, que dorénavant, ils n'ont plus le droit de toucher le ballon avec les pieds et que seuls comptent les buts réussis avec la main gauche. La grande question pour un gestionnaire est de savoir où nous nous situons dans ce processus d'adaptation et à quel point les changements en cours sont des ajustements cycliques ou des changements structurels.

Quel est votre avis?

Je pense qu'il s'agit d'une adaptation structurelle. Si on accepte cette idée, il faut ensuite se demander à quel stade de ce processus nous nous trouvons. Le cas de la Suisse est intéressant: les investisseurs privés ont, dans une large mesure, vendu leurs actions; les assureurs ont été obligés de réduire la part des actions dans leurs placements parce que leur base en capital n'était plus suffisamment solide pour en assumer les risques.

Aujourd'hui, la grande question est de savoir si les fonds de pension ont déjà fortement réduit la proportion d'actions dans leur fortune ou si cette adaptation est à venir. Nous ne sommes sans doute pas encore au bout de ce processus.

Propos recueillis par Geneviève Brunet

PHILIPP HILDEBRAND «Nous sommes en train de vivre un changement de paradigme, qui entraînera de nouveaux repères pour les investisseurs.»

Schweizerische Nationalbank SNB






Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.