L'Hebdo;
2001-06-14 «Bio-Valley»: une carte à jouer
Patrick Aebischer Le président de l'EPFL se réjouit du vote des Vaudois. Et met le turbo pour faire démarrer le pôle génomique cet automne déjà.
e pôle génomique est désormais sur les rails. Peut-on dire que c'est votre bébé?
Disons que c'est un bébé partagé... C'est en tout cas une ouverture fantastique pour développer un grand centre de génomique fonctionnelle dans l'arc lémanique. On doit maintenant s'occuper du contenu, parce que la concurrence est rude de par le monde. Mais nous avons désormais les atouts pour être à niveau.
Sur le plan du contenu précisément, que va-t-il se passer maintenant ?
Il y aura deux aspects. D'une part le développement de plates-formes technologiques, où chacune des institutions va collaborer. Il est clair que l'EPFL, du fait de sa technologie, va être un élément majeur dans le développement de ces plates-formes. La deuxième chose, c'est une concentration sur de grands axes thématiques, qui impliquera les trois institutions mais dans lesquels chacune aura un leadership. Nous devons maintenant choisir ces grandes thématiques.
Des exemples?
La biologie du développement et du vieillissement est un des grands domaines de la biologie de demain. Il y aura aussi les neurosciences, plus particulièrement dans leur dimension cognitive; les systèmes complexes liés aux domaines écologiques et environnementaux, ceux liés aux maladies complexes comme le cardio-vasculaire, etc.
Qui va piloter cette réflexion? Une commission?
Il faut surtout donner la parole à la base. Je ne crois pas trop aux grands projets dirigés par la tête. Il faut laisser les chercheurs qui sont sur le terrain faire des propositions.
Il faudra néanmoins que ces propositions convergent...
Tout à fait. Il y aura un système de coordination entre les trois unités, qui sera chapeauté par un comité stratégique où siégeront les deux recteurs et le président.
Des propositions sont-elles déjà montées de la base?
Elles sont en train de monter! A l'intérieur des institutions, des groupes de travail planchent en ce moment. J'espère que d'ici à l'automne, nous aurons concrétisé les grands projets.
On peut donc dire que le pôle va démarrer d'ici cet automne?
Il n'y a pas de temps à perdre! A l'EPFL, les laboratoires du quartier nord s'ouvriront le 1er janvier 2002, et nous comptons bien remplir ce quartier dès ce moment-là.
Le vote positif des Vaudois va-t-il renforcer l'intérêt de l'industrie biomédicale pour l'arc lémanique?
C'est indéniable. On voit toute une série de compagnies de biotechnologie s'établir dans la région. D'abord on a vu des sociétés émerger de nos universités, on voit aujourd'hui une deuxième vague d'entreprises venues de l'étranger, parce qu'elles perçoivent qu'il y a un avenir dans le domaine de la génomique, de la protéomique (l'étude du profil d'expression des protéines, ndlr), de la génomique fonctionnelle (étude des fonctions des gènes, ndlr) dans cette région. Nous avons une carte unique à jouer, qu'on l'appelle Bio-Valley, Lemanic-Coast ou Bio-Alp, peu importe! Ce qu'on oublie, c'est qu'il y a là un «cluster» unique, une concentration extraordinaire entre les deux universités et l'EPFL, plus l'IMD, l'ISREC, et même le CERN qui a aussi une carte à jouer, pour l'imagerie par exemple. On peut donc espérer voir se réaliser le développement de l'industrie biotechnologique dans cette région.
Peut-on en espérer un financement supplémentaire pour la recherche, comme cela se passe aux Etats-Unis?
Je rentre du MIT et de la côte Ouest pour voir ce qui s'y passe en matière de génomique. Les montants que nous arrivons à investir ne sont pas négligeables. Nous avons une masse critique importante. Il est vrai qu'ils ont la chance d'avoir ces sociétés de biotechnologie à proximité, dont certaines sont importantes et apportent beaucoup d'argent. Mais nous avons aussi des «big players», comme Serono à Genève. Je ne serais pas surpris de voir un certain nombre de grandes sociétés pharmaceutiques installer des succursales dans notre région, pour pouvoir profiter de la technologie développée.
Propos recueillis par Philippe Barraud
PATRICK AEBISCHER Un gros challenge de gagné. Maintenant, il veut foncer.
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