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«La prévoyance vieillesse dépendra plus de l'épargne»

Mis en ligne le 09.02.2006 à 00:00

Stefan Bichsel Nouvel associé du holding groupe Lombard Odier Darier Hentsch et Cie, il préside l'influente EFAMA. Interview par Geneviève Brunet.

L'Hebdo; 2006-02-09

«La prévoyance vieillesse dépendra plus de l'épargne»

Stefan Bichsel Nouvel associé du holding groupe Lombard Odier Darier Hentsch et Cie, il préside l'influente EFAMA. Interview par Geneviève Brunet.

Vous venez de prendre la tête du Département des intermédiaires financiers de Lombard Odier Darier Hentsch. Quels sont vos objectifs dans cette fonction?

Notre banque a développé plusieurs coopérations stratégiques avec d'autres établissements tels que le groupe Deka, l'institut central de gestion de fortune des caisses d'épargne allemandes, Valiant Holding, né de plusieurs banques régionales suisses, l'assurance La Genevoise ou Veneto Banca, en Italie. Notre rôle dans ce type de collaborations est d'apporter une réponse adaptée aux objectifs de nos partenaires, les aider à construire ce qu'ils souhaitent offrir à leurs clients.

L'offre de notre banque en la matière est très riche et modulaire. Nous pouvons concevoir un produit financier spécifique et prévoir des services complémentaires adaptés. Le client peut choisir par exemple de nous confier le Global Custody (regroupement de tous les actifs dans une seule banque), l'Asset Allocation (répartition stratégique de la for- tune disponible) ou la construction de portefeuilles adaptés aux profils de risques de sa clientèle. Nous pouvons également mettre à sa disposition notre plateforme informatique.

Nos gestionnaires de fonds obtiennent de bonnes performances, mais aujourd'hui il ne suffit pas d'avoir de bons produits pour se distinguer. Il s'agit pour mon département d'utiliser au mieux les produits et savoir-faire maison en les combinant dans des offres originales adaptées aux demandes nouvelles des clients institutionnels. Je me réjouis de développer encore cette activité.

Combien de personnes travaillent pour ce département?

Plus d'une centaine.

Vos partenaires sont actifs dans le domaine de la banque grand public et vous ont sollicité pour créer une offre de gestion de fortune privée. Les produits développés seront-ils commercialisés sous la marque de vos clients ou sous la vôtre ?

On peut tout imaginer. Il faut savoir s'adapter avec souplesse aux besoins de ces clients institutionnels. Valiant a choisi de mettre en avant sa propre marque, mais il a inclus certains de nos produits dans le portefeuille proposé à sa clientèle. Notre marque peut contribuer à renforcer la crédibilité d'un partenaire qui propose un nouveau service.

A l'inverse, si notre partenaire souhaite travailler avec son propre univers de fonds, nous construirons les offres en fonction. L'objectif prioritaire est d'offrir à l'investisseur la solution la mieux adaptée à ses besoins et une bonne performance.

Vous êtes également président de l'EFAMA. Elle vient de prendre une position novatrice dans le débat sur la construction du marché unique européen des produits financiers en plaidant pour supprimer les distorsions de concurrence entre différents types de produits...

L'EFAMA demande dans un premier temps l'instauration d'un véritable prospectus simplifié harmonisé qui faciliterait les notifications multiples d'un fonds de placement dans les différents pays et plaide pour une harmonisation des règles imposées par les différents régulateurs nationaux qui contrôlent les gestionnaires de fonds d'investissement.

Une large majorité de nos membres a toutefois estimé que la consultation sur le Livre vert de la commission portant sur «L'amélioration du cadre régissant les fonds d'investissement dans l'Union européenne» était une formidable occasion de plaider pour un véritable marché unique des produits financiers, incluant tant les fonds de placement, que les produits d'assurance vie, les produits structurés et les fonds de pension. D'autant qu'un Livre blanc - donc un document proposant des actions communautaires concrètes - doit être rédigé dans la foulée de cette première réflexion.

Le commissaire Charlie Mc Creevy, en charge du marché intérieur et des services, est réellement soucieux d'instaurer un véritable marché unique des produits financiers et nous allons tenter de maintenir un dialogue fructueux avec lui. L'EFAMA estime qu'il faudrait avoir le courage de modifier la législation européenne qui, pour l'instant, part des produits et non des segments de clientèles et de leurs besoins.

Un fonds de placement et un contrat d'assurance vie peuvent-ils répondre aux mêmes besoins?

Que l'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, la part d'épargne individuelle va aller croissant dans la prévoyance vieillesse en raison des évolutions démographiques. Dans ce contexte, les fonds de placement ont un rôle à jouer en matière de prévoyance. Pour un particulier il s'agit de se constituer un patrimoine pour ses vieux jours plutôt que de payer sur une longue durée une couverture assurance dont il n'a pas l'utilité, au détriment d'une performance plus élevée.

En Europe, les, fonds de placement sont pour l'instant peu utilisés dans la prévoyance vieillesse: ils gèrent sans doute moins de 10% des fonds épargnés à cet effet, contre plus d'un tiers aux Etats-Unis. Les Européens pensent traditionnellement assurance quand ils se préoccupent d'épargner pour leur retraite et ne perçoivent pas l'Asset Management comme un business indépendant susceptible de fournir une solution de prévoyance. C'est une vision passéiste.

Elle est pourtant largement partagée par les instances de régulation qui n'imposent pas les mêmes exigences aux fonds de pension qu'aux fonds de placement...

De nombreux pays obligent les institutions de prévoyance à investir localement une bonne part de leur fortune: là où il n'y a pas de croissance. Pour garantir des rentes de retraite, il faut pouvoir investir là où il est possible de capter de la croissance; notamment dans les pays dits émergents, dont certains affichent déjà un beau développement. Ce sont ces pays qui nous aideront à financer nos futures retraites.

Le règlement des caisses de pension suisses prévoit une limitation de la quantité d'actions étrangères, mais on peut demander des exceptions. Il faudrait inverser la logique: en principe les choix d'investissement seraient libres et l'on pourrait introduire des limitations en fonction du profil de la caisse.

Actuellement, les différents régulateurs nationaux imposent plus de transparence aux gestionnaires de fonds de placement qu'ils ne posent d'exigences aux gestionnaires d'assurances vie ou de fonds de pension. Cela devrait changer, peut-être sous la pression de la clientèle qui souhaitera pouvoir comparer les différents produits.

Il serait dans l'intérêt des professionnels de la finance et de leurs clients de disposer à terme d'un véritable marché unique des produits financiers en Europe. Les régulateurs devraient plus s'intéresser au segment de clientèle, à ses besoins et à son profil de risque; plutôt que de partir de l'emballage que constitue le produit...

Quels sont vos objectifs en tant que président de l'EFAMA jusqu'en 2007?

Outre faciliter la vente et la gestion des produits financiers dans les différents pays européens sans distorsions de concurrence, j'aimerais que les Européens fassent de l'UCITS (Undertaking for the Collective Investment of Transferable Securities ) un véritable label de qualité collectif reconnu tant aux Etats-Unis qu'en Asie. Les règles européennes sont bonnes et les produits parfaitement concurrentiels.

Je plaiderai aussi auprès des différents pays européens pour qu'ils freinent leur tendance à mettre en application leurs «bonnes idées nationales». Pour obtenir à terme un grand marché, une instance de régulation nationale qui a une bonne idée devrait d'abord essayer de convaincre les autres de la mettre en application. L'idéal serait d'arriver le plus souvent possible à faire un choix commun à un grand nombre de pays. Faute de quoi, on ajoute toujours de la législation à la législation et on freine le développement d'un marché unique.

Les gestionnaires suisses de fonds de placement sont-ils pénalisés par le fait de ne pas être dans l'Union européenne?

Les établissements financiers suisses se sont adaptés de longue date à cette situation et créent des fonds de placement dans différents pays de l'Union afin d'obtenir le passeport européen pour leurs produits. Une bonne part des fonds luxembourgeois est née à l'initiative d'établissements helvétiques.

Même notre nouvelle législation sur les fonds de placement, entièrement eurocompatible, ne permettra toujours pas de vendre facilement un fonds de placement suisse dans différents pays de l'Union européenne.

Les banques se sont adaptées, mais les emplois liés à l'industrie des fonds de placement vont-ils quitter la Suisse?

Dans la chaîne de création de valeur d'un fonds de placement, le back office - ce qui est parti à l'étranger - ne représente que 10% environ. La vraie création de valeur est contenue dans la gestion du portefeuille et la distribution. L'endroit où sont domiciliés les produits n'est pas important: ce qui compte c'est d'en maîtriser la conception et de développer ce savoir-faire.

Lorsque j'étais président de la SFA (Swiss Fund Association) nous nous étions battus pour obtenir la suppression du droit de timbre de négociation sur les fonds, car il représentait un vrai danger pour la Suisse qui aurait perdu une bonne part de la création de valeur de son industrie financière. Aujourd'hui, je suis très confiant pour l'avenir de cette place financière.

Vous avez quitté la direction de Robeco pour une banque privée. Pourquoi ce choix?

Cette banque est très internationale. Nous pouvons combiner les savoir-faire de nos équipes à Genève, Montréal, Amsterdam ou Hongkong. La force des banquiers privés est d'avoir développé de longue date une culture des services adaptés aux besoins des clients privés ou institutionnels. Cette culture de l'adaptation permanente leur a permis de durer au fil des siècles et constitue un gage de stabilité pour les clients. |

Stefan Bichsel

1955 Né à Berne. Maîtrise de droit de l'Université de Georgetown.

1986 Avocat à New York jusqu'en 1987.

1987 Banque Pictet jusqu'en 1993.

1994 Advanced Management Program à la Wharton School, Université de Pennsylvanie.

1994 CEO et administrateur délégué du conseil de Swissca Holding jusqu'en 2003.

2003 Membre de la direction générale du groupe Robeco N. V. à Rotterdam.

2005 Préside l'European Fund and Asset Management Association (EFAMA), qui représente plus de 18 000 milliards de francs sous gestion à travers les associations et établissements financiers membres.

2006 Associé du Holding Groupe Lombard Odier Darier Hentsch, responsable du département des intermédiaires financiers.





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