L'Hebdo;
2008-08-14 «LE SPORT, C'EST BON POUR L'ÉCONOMIE»
PROPOS RECUEILLISPARLUDOVIC CHAPPEX
OLYMPISME. Les sportifs suisses manquent d'argent. L'Etat ne donne presque rien et le privé n'est pas vraiment intéressé.
En Suisse, beaucoup d'athlètes peinent à joindre les deux bouts, y compris parmi les sélectionnés olympiques (lire L'Hebdo du 31 juillet). Selon la Constitution, le finance-ment du sport incombe en effet à la société civile, autrement dit aux sponsors privés, fédérations et associations. Or, ces dernières manquent de moyens. Xavier Blanc, responsable du bureau romand de l'Aide sportive suisse, discute du système helvétique et ouvre des pistes de réflexion pour moderniser son fonctionnement.
En Suisse, beaucoup d'athlètes se sentent insuffisamment soutenus.
Leurs plaintes sont légitimes, et elles décrivent bien la situation actuelle. Dans le pays, les sportifs doivent leur succès avant tout à eux-mêmes et à leur entourage proche. Je dis toujours qu'un sportif suisse doit être trois fois plus fort qu'un sportif français; rechercher en permanence des financements et gérer de façon autonome une carrière demande énormément d'énergie. C'est épuisant.
Pensez-vous qu'il existe une volonté suffisante de soutenir les athlètes professionnels?
J'ai le sentiment que nous sommes à un tournant. Les victoires d'Alinghi et de Roger Federer, notamment, ont décomplexé beaucoup de gens. Il y a une prise de conscience de la part des politiques. Partout, on constate que les bonnes performances des équipes nationales agissent sur le moral de la population. Elles contribuent à la relance de l'économie et à l'intégration sociale. En Suisse, les décideurs se positionnent de plus en plus favorablement vis-à-vis du sport. Quand il a fallu rallonger le budget prévu pour l'Euro 2008, le Parlement n'a pas hésité.
Dans les pays voisins, notamment en France, l'Etat subvient aux besoins financiers des athlètes professionnels. Ces derniers disposent d'un statut de fonctionnaire, via l'armée ou la gendarmerie. Pourquoi ne pas s'inspirer de ce système?
Si l'on veut un sport d'Etat, alors, il faut changer la Constitution. La Confédération n'a pas pour mandat de financer les athlètes suisses.
Une poignée d'athlètes, souvent dans les disciplines du tir ou du biathlon, sont salariés à temps partiel par l'armée ou les douanes. Ne faudrait-il pas étendre cette formule?
Je vois mal un jeune tennisman, par exemple, s'intégrer dans une telle structure. Mieux vaut trouver des solutions au cas par cas, chercher à améliorer le système en place plutôt que de le réformer. Il est clair qu'un sport étatisé ne correspond pas à la mentalité et à la culture helvétiques. Je crois à un système mixte où l'Etat et la société civile prennent chacun leur part de responsabilité. Un partenariat public-privé de gestion du sport.
N'est-ce pas déjà le cas?
En partie seulement. Il reste beaucoup à faire. Du côté de l'Etat et des cantons, en subventionnant davantage le sport plutôt qu'en ajoutant de nouveaux obstacles. Le futur taux de TVA unique, par exemple, compromet l'existence de centaines d'organisations sportives dirigées bénévolement. Les attaques contre les loteries nous inquiètent aussi beaucoup: le Sport-Toto constitue, et de loin, notre principale source de revenu. C'est aussi le cas pour Swiss Olympic, l'association faîtière nationale du sport. Voilà pourquoi nous nous trouvons dans une position défensive. Et puis, globalement, l'heure est plutôt aux restrictions budgétaires.
Dans quelle mesure le privé pourrait-il vous aider?
Certains secteurs peuvent tirer parti du sport d'élite suisse, à commencer par les milieux du tourisme ou de la santé, qui disposent de ressources importantes. A nous de les sensibiliser, de leur faire prendre conscience qu'un retour sur investissement est possible. Si le ski autrichien domine aujourd'hui, c'est parce que plusieurs sponsors du secteur touristique ont engagé de gros moyens. Alors pourquoi pas en Suisse? LARGEUR.COM
SI LE SKI AUTRICHIEN DOMINE C'EST PARCE QUE DES SPONSORS ONT ENGAGÉ DE GROS MOYENS.
PROFIL
XAVIER BLANC
1966 Naissance.
1995-2000
Assistant d'enseignement et de recherche à l'Idheap. Domaine: le management du sport.
2000 Diplôme européen de préparation physique en sport collectif.
2002-2008
Intervenant, formation des entraîneurs nationaux de Swiss Olympic.
2000-2008
Responsable du bureau romand de la Fondation de l'aide sportive suisse.
FRANÇOIS WAVRE REZO
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