L'Hebdo;
2005-05-26 «Les sciences de la vie et la technologie médicale convergent»
Barry W. Wilson Le président de Medtronic International, active dans l'électronique médicale, vibre pour Endeavor, une nouveauté destinée aux malades du coeur. Propos recueillis par David Spring.
Encore peu connue du grand public, l'entreprise Medtronic emploie plus de 650 personnes à Tolochenaz, près de Morges. Outre son siège international, l'entreprise américaine y possède un immense centre de production ultramoderne, qui fabrique chaque jour 1500 stimulateurs implantables. Ces appareils électroniques médicaux ont l'aspect de petites boîtes à bonbons métalliques. Placés par chirurgie dans le corps de malades, ils les soulageront de troubles graves comme les douleurs chroniques, la maladie de Parkinson ou l'insuffisance cardiaque. Rien qu'en Suisse, plus de 20 000 personnes portent déjà un «pacemaker». Medtronic fabrique aussi des pompes à insuline et des systèmes de mesure du glucose en continu, à l'intention des diabétiques.
Artisan de l'installation du siège international et du centre de production de Medtronic à Tolochenaz, Barry W. Wilson loue la situation de la Suisse, au coeur de l'Europe. Il apprécie la proximité de hautes écoles et d'hôpitaux universitaires, la semaine de 42 heures, les syndicats de bonne composition, la qualité de vie et les «excellents» moyens de communication. Sans oublier «le haut niveau de formation». Et PISA 2003, qui en a démoralisé plus d'un? «Les Suisses dépriment trop facilement! Le niveau de formation est l'un des meilleurs du monde. Bon, vous baissez d'un rang ou deux. Mais je ne déprime jamais en pensant aux possibilités de ce pays.» Ce grand voyageur, qui possède quatre passeports, est très clair: «Je prendrai ma retraite ici!»
Mais aujourd'hui, Medtronic International et son président, Barry W. Wilson, frémissent pour Endeavor. Une invention récente qui ressemble, aux yeux du profane, à un simple filament de métal. Ce cathéter, glissé depuis l'artère fémorale jusqu'au coeur du malade, débouche les artères obstruées. A son extrémité, un petit treillis métallique, posé sur un ballonnet gonflable, ouvre en grand les canaux sanguins encombrés. Un peu comme si l'on doublait d'un coup la capacité d'un tunnel. Ce produit, qui vient de prouver ses capacités lors de larges essais cliniques, appartient à la famille connue des «stents» coronaires. Mais il présente une nouveauté, qui constitue une première pour Medtronic. Une fois mis en place, il libère une molécule brevetée empêchant l'artère de se boucher à nouveau (phénomène naturel appelé «resténose»). Barry W. Wilson s'enthousiasme pour cette innovation, qui marie sciences du vivant et électronique médicale.
Endeavor sera-t-il bientôt disponible?
Nous attendons de recevoir une certification de «Conformité européenne», en espérant que cela se fasse dans les semaines à venir. Les résultats de l'étude «Endeavour II», basée sur 1200 patients, sont excellents.
Le rapprochement des technologies médicales et des biotechnologies fait rêver. Que faire pour que la fusion s'opère?
Il manque l'intégration des technologies de l'information. Un produit comme un défibrillateur implantable, qui peut contenir 17 millions de transistors, stocke énormément de données. Il surveille automatiquement le rythme cardiaque 100 000 fois par jour et dure 7 ans. En cas de besoin, l'appareil peut déclencher un choc électrique dans les 10 secondes. Lorsqu'un médecin le contrôle, il obtient un historique détaillé des incidents cardiaques survenus. Une immense quantité d'informations est disponible. Mais il faut pouvoir les gérer.
Il y a un an, Medtronic a créé une joint- venture avec Genzyme, une société active dans la biotechnologie. Qu'espérez-vous de cette collaboration?
Genzyme est spécialisée dans la thérapie cellulaire. Nous travaillons avec elle sur la réparation des tissus myocardiques endommagés. Quand une personne subit une attaque, certaines parties de son coeur meurent. Pour les régénérer, il faut prélever des cellules dans un muscle de la jambe du patient, et les multiplier en laboratoire, ce que sait faire Genzyme. Puis les injecter dans le myocarde lors d'une opération à coeur ouvert. Mais dans le futur, nous aimerions acheminer les cellules de manière minimalement invasive, grâce à ceci (il brandit un «stent»). Des essais cliniques sont en cours.
Medtronic propose de traiter le diabète avec des pompes à insuline et des systèmes de mesure du glucose en continu. La fusion des deux serait un pancréas artificiel. Est-ce de la science-fiction?
Non. C'est un champ de recherches prometteur. Le diabète est une épidémie, liée au style de vie, qui coûte des milliards en amputations, pertes de la vue et décès prématurés. Une personne atteinte du diabète de type 1 doit se piquer le doigt plusieurs fois par jour pour mesurer sa glycémie, puis s'injecter de l'insuline six fois, quotidiennement. Elle doit calculer le nombre de grammes d'hydrates de carbone qu'elle va avaler lors du prochain repas, puis la quantité d'insuline nécessaire, et se faire une injection. Conséquence, son taux de glucose va fluctuer fortement pendant la journée. Le diabétique traité avec une pompe à insuline externe porte une petite boîte et un cathéter relié à son abdomen. Par ce biais, il reçoit en permanence la moitié de la quantité d'hormone nécessaire. Avant de manger, le patient se donne une dose additionnelle, en appuyant sur un bouton. Ainsi, son taux de glucose reste plus stable. De l'autre côté, nous fabriquons des systèmes de mesure en continu, également externes, qui permettent de vérifier la glycémie à tout moment. Notre prochain objectif est de faire communiquer ces deux appareils, la pompe et le système de mesure. Ce dernier indiquera à la pompe la quantité d'insuline à fournir. L'ensemble formera une sorte de pancréas artificiel, à l'horizon 2008. A plus long terme, le système sera entièrement implantable. En France, quelques centaines de patients portent déjà, à l'intérieur du corps, une pompe à insuline que l'on recharge tous les deux ou trois mois. Mais ces personnes doivent toujours vérifier leur niveau de sucre elles-mêmes.
Un de vos produits, Activa, permet de traiter les symptômes de la maladie de Parkinson, grâce à des électrodes connectées directement sur le cerveau. Quels sont les champs de recherche liés à cet organe?
Des milliers de patients dans le monde sont traités par la thérapie Activa. Grâce à elle, des pianistes ont pu recommencer à jouer. Aujourd'hui, nous nous intéressons aux troubles obsessionnels du comportement, à la dépression, à l'épilepsie, ou à l'obésité. Dans tous les cas, les signaux électriques du cerveau fonctionnent mal. Nous cherchons donc à repérer la zone précise de cet organe que nos appareils devront stimuler.
Vous vous intéressez aussi au cancer...
C'est un domaine où les besoins médicaux ne sont pas satisfaits. Nous concentrons nos efforts dans la diffusion de produits. Nous cherchons des protéines qui seront acheminées à l'organe touché, par le biais d'une pompe implantable. Nous pouvons déjà fournir de la morphine, directement dans la moelle épinière. Ainsi, le patient reçoit nettement moins de drogue que par voie orale, limitant les effets secondaires. Nous ne travaillons pas spécifiquement sur le cancer, mais sur l'application du bon produit au bon endroit.
Pensez-vous produire un objet médical plus performant que ce que la nature nous a donné?
Je ne pense pas que nous puissions «améliorer» l'homme par des appareils. Nous pouvons l'aider de manière importante lorsque des fonctions connaissent des déficiences. Le but de Medtronic consiste à rendre les gens à une vie normale. Faire mieux que, disons, l'oeuvre de Dieu, est non seulement difficile, mais ce n'est en outre pas du tout notre but. |
Barry W. Wilson «Je ne pense pas que nous puissions «améliorer» l'homme par des appareils. Mais nous pouvons l'aider lorsque des fonctions conn aissent des déficiences. Le but de Medtronic consiste à rendre les gens à une vie normale.»
Endeavor Un cathéter qui, glissé depuis l'artère fémorale jusqu'au coeur du malade, débouche ses artères obstruées.
Barry W. Wilson
Marié, deux enfants.
Né au Royaume-Uni, il fait ses études en Angleterre (à Cambridge) puis aux Etat-Unis, en Pennsylvanie (Wharton School), avant de débuter sa carrière chez le fabricant pharmaceutique Pfizer.
1989 Président d'une autre compagnie pharmaceutique, Bristol-Myers Quibb Intercontinental.
1995 Il rejoint Medtronic.
2001 Devient président de Medtronic International, qui emploie 650 collaborateurs sur le site de Tolochenaz (5000 au niveau mondial).
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