L'Hebdo;
2009-01-15 Guerre de Gaza «Pas de discussion avec le hamas»
Deux personnalités s’affrontent.
Tzipi Livni, ministre israélienne des Affaires étrangères, et Manouchehr Mottaki, son homologue iranien, s’expriment dans les médias. Entretiens croisés.
Israël a-t-il atteint son but et détruit le Hamas?
Non, mais Israël a réussi à affaiblir le Hamas et lui a porté des coups très durs. Il ne s’est jamais agi de le détruire mais de l’intimider. Notre opération a surpris sa direction. Ils devront bien réfléchir avant de lancer leur prochaine roquette sur Israël.
Au Liban, voilà deux ans et demi, vous aviez prôné très tôt une stratégie de sortie de conflit. Quelle stratégie proposez-vous à présent pour arrêter la guerre à Gaza?
Lors de la guerre du Liban il y avait deux Etats face à face, et un accord final a pu être obtenu. Mais pour moi, il ne peut y avoir de compromis avec le terrorisme. Contre la terreur, je ne connais que la guerre. Le plus important est de porter un grand coup au Hamas. En outre, il faut régler la question du trafic d’armes à la frontière égyptienne.
Etes-vous favorable à un cessez-le-feu officiel avec le Hamas?
Nous ne songeons pas à battre en retraite. Il ne s’agit pas ici d’une guerre qui peut se terminer par un accord de paix. Le Hamas ne reconnaît pas Israël, il n’est pas prêt à mettre un terme à l’usage de la violence. Notre guerre contre le Hamas est encore loin d’être terminée, même si notre opération militaire s’achève.
Dès lors, pourquoi le ministre de la Défense, Ehud Barak, a-t-il envoyé un négociateur au Caire pour parler d’un éventuel cessez-le-feu?
En ce qui me concerne, je ne mènerais pas de dialogue avec le Hamas et je considère cela comme une erreur.
Mais l’Egypte est le principal allié au Proche-Orient...
Bien sûr, les Egyptiens s’inquiètent de la situation humanitaire à Gaza, et je peux le comprendre, le trafic d’armes les concerne aussi. Mais j’ai toujours été contre ce cadeau de légitimation au Hamas qui est de lui parler. Nous ne traitons pas avec des gens qui nient Israël. Nous prions aussi la communauté internationale de ne pas le faire.
Combien de temps Israël résistera-t-il à la pression?
Il existe dans le monde entier une compréhension pour notre lutte contre le terrorisme, comme d’autres pays ailleurs. Nous devons trouver un équilibre entre la guerre contre le terrorisme et la situation humanitaire. Israël le fait. Nous avons ouvert un corridor humanitaire.
Vos paroles ne sont-elles pas cyniques, vu les images de femmes et d’enfants morts?
Non. Je me tiens informée de la situation à Gaza. Je viens de m’entretenir avec les représentants des ONG et il semble que le problème est moins l’acheminement de l’aide par la frontière de Gaza que le moyen de la faire entrer dans Gaza. Là-dessus, nous devons trouver une solution. Nous nous y efforçons.
La décision de bombarder l’école des réfugiés de Jabaliya, sous protection de l’ONU, qui a tué 40 personnes, n’était-ce pas une erreur?
Il faut comprendre que les écoles de l’UNRWA ont été utilisées de manière répétée par les terroristes comme bouclier. Ils s’étaient placés tout près de l’école et tiraient depuis là. C’est là que tombaient nos obus, et malheureusement l’un d’eux a fait tomber un mur.
Des témoins doutent de cette version des faits. Et puis l’usage sans scrupule de civils comme boucliers ne dédouane pas Israël de sa responsabilité.
Bien sûr, je suis désolée pour chaque perte civile, mais ce qui s’est passé n’était pas une erreur. Nous avons atteint cet endroit d’où l’on nous tirait dessus. Nous voulions atteindre des terroristes, pas des civils.
Avec cette guerre, vous avez aussi affaibli votre partenaire de discussion, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
Oui, mais temporairement. Nous poursuivrons le processus de paix avec Abbas et la guerre contre le Hamas. Plus le Hamas sera affaibli, plus fort sera Abbas et inversement.
Espérez-vous qu’après cette guerre, le Fatah reprenne le contrôle de Gaza?
Si je dis cela, Abbas obtiendra d’autant moins de soutien des Palestiniens.
PROPOS RECUEILLIS PARCHRISTOPH SCHULZ© Der Spiegel
Au Caire, les représentants d’Israël et de la Palestine ont entamé des pourparlers. Pensez-vous que cela mettra fin à la guerre de Gaza?
Là-dessus nous savons peu de chose. Cela nous surprend que des discussions surviennent si vite, sans que nous voyions clairement ce qui peut en sortir.
Que voulez-vous, alors?
Nous demandons que cessent les combats et que l’on arrête de tuer plus de personnes innocentes. Pour autant, il ne faudrait pas oublier les droits légitimes du peuple palestinien. Si le Hamas soumettait une initiative capable de mettre un terme à la crise, nous appuierions l’issue des discussions.
Vous semblez bien sceptique…
Je crains qu’avec son attaque sur Gaza le régime sioniste ne répète son erreur d’il y a deux ans, lorsqu’il a attaqué le Hezbollah au Sud-Liban. A l’époque, les Israéliens ont voulu détruire le parti de Dieu et ils ont échoué. Aujourd’hui, ils veulent détruire le Hamas et ils ne réussiront pas davantage.
Le président égyptien est-il un mauvais intermédiaire?
Nous ne parlons pas des personnes, mais des objectifs politiques. Nous voulons l’arrêt des combats. Nous devrions nous en tenir à la résolution du Conseil de sécurité de L’ONU à New York qui a été soutenue par de nombreux pays.
Auriez-vous préféré servir vous - même d’intermédiaire?
Une fois encore, la question n’est pas de savoir qui fait ce travail, mais bien l’arrêt de l’agression. Sur ce point, nous avons fait connaître notre position dans de nombreux pays arabes. Celle-ci est claire: d’abord, les soldats d’Israël doivent se retirer de Gaza. Ensuite, le verrouillage doit être levé. Le passage à Rafah vers l’Egypte doit être rouvert, ainsi que le port de Gaza-City, pour laisser entrer l’aide humanitaire. Ce n’est qu’alors que des discussions pourront débuter sur l’avenir de Gaza.
De la même manière, les tirs de roquettes sur Israël devront cesser.
Vous semblez oublier que pendant des mois tout Gaza a été complètement verrouillé. Et de ce point de vue, le Hamas s’est longtemps retenu.
Sans ces tirs mortels de roquettes, Israël n’aurait pas lancé cette guerre.
Le Hamas a prouvé assez longtemps qu’il avait tenu parole, bien que de l’autre côté les promesses n’aient pas été tenues. Les frontières n’ont pas été rouvertes. Cela, le Hamas ne pouvait pas le laisser faire plus longtemps.
Vous parlez comme un chef du Hamas. Les rapports étroits entre Téhéran et ce groupe ont été démontrés par la visite du secrétaire général du Conseil de sécurité iranien, Said Djalili, à Damas où il a rencontré le chef du Hamas Khaled Mechaal.
Djalili est surtout allé en Syrie pour rencontrer le chef de l’Etat Bachar al-Assad. Téhéran et Damas se sont entendus sur une position commune. Mechaal est l’un des chefs avec qui Djalili a parlé.
Téhéran, dit-on, finance le Hamas à millions et fournit des armes à ses militants…
C’est ce que prétend le représentant d’Israël à L’ONU à New York.
Vous ne pouvez pas si simplement balayer la question.
Je refuse ces affirmations. Ça ne peut pas être des révélations sérieuses des services secrets occidentaux.
Des roquettes ont été tirées du Liban sur Israël. Vos frères de foi du Hezbollah se cachent-ils derrière ces tirs?
C’est ce que disent les Israéliens. Nous n’avons pas de preuve.
Pendant douze jours, le front nord est resté calme. La milice va-t-elle s’engager dans cette guerre?
Je ne sais pas. Le Hezbollah est un mouvement indépendant.
Avec Obama, Téhéran collaborera-t-il de manière plus constructive qu’avec son prédécesseur?
Nous verrons quelle sera la politique du nouveau gouvernement au Proche-Orient. Ensuite, nous agirons en conséquence.
PROPOS RECUEILLIS PARDIETER BEDNARZ
© Der Spiegel Traduction et adaptation: Michel Beuret
BOMBARDEMENT
Des obus israéliens tombent sur le nord de Gaza, le 12 janvier 2009.
PROFIL
MANOUCHEHR MOTTAKI
1953 Naissance.
1984 Chef du 7e bureau au ministère des Affaires étrangères (Ae).
1985 Ambassadeur à Istanbul.
1994 Ambassadeur au Japon.
2005 Ministre des Ae.
PROFIL
TZIPI LIVNI
1958 Naissance.
1980 Agent du Mossad (-1984).
1996 Commence sa carrière politique.
1999 Elue à la Knesset (Likoud).
2001 Premier poste ministériel.
2005 Entre au parti Kadima.
2006 Ministre des AE.
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