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AMBASSADEUR L’écrivain J.-M. G. Le Clézio ne croit pas que la langue française soit menacée d’extinction.
Jessica Gow / Keystone

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Sommet de la francophonie
L'arme culturelle : J.-M.G. Le Clézio

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 13.10.2010 à 13:43

Prix Nobel de littérature 2008, signataire du manifeste «Pour une littérature-monde en français», membre du jury du prix des Cinq continents de la francophonie, l’écrivain se dit «Français donc francophone». Une icône indispensable au combat de la langue.

Il trouve que la francophonie est un mot «vilain», mais qu’il est aussi la chance «inouïe pour la langue française de se maintenir dans le monde comme une langue universelle».

Né en 1940 à Nice, de nationalités française et mauricienne, Nobel de littérature en 2008, signataire du manifeste «Pour une littérature- monde en français», membre du jury du prix des Cinq continents de la francophonie depuis sa création en 2001, Jean-Marie Gustave Le Clézio est l’inlassable ambassadeur et le meilleur représentant d’une langue française décomplexée et ouverte au monde.

Que représente la francophonie pour vous, en tant qu’espace linguistique autant qu’organisation internationale?

Un idéal et une communauté d’intérêt et de culture, qui se fondent dans la littérature et dans l’héritage révolutionnaire plutôt que dans l’économie ou la politique.

Que signifie pour un écrivain, pour vous, d’écrire en français? Quelle est la spécificité de cette langue?

Ecrire en français implique pour moi la reconnaissance de tout ce que cette langue apporte, non seulement sa mémoire réelle faite d’événements historiques et de textes écrits, mais aussi sa mémoire immatérielle qui est faite d’émotions et de désirs, de peines et de contradictions.

Si je prends l’exemple de mon pays d’origine (Maurice), ce qui me touche est que la langue française, langue de l’oppression et de la traite des esclaves, est aussi la langue choisie par le peuple mauricien pour s’adresser au reste du monde, pour composer des romans ou des poèmes, pour réfléchir à l’économie ou aux problèmes sociaux.

Les langues ont-elles d’ailleurs une personnalité, un esprit? Quel est celui de la langue française?

Difficile de répondre à une telle question – toutes les langues humaines sont brillantes et nécessaires, la qualité de la langue française ne vaut que par ceux qui l’utilisent, elle fut assez éloquente et parfois insolente au passé, elle doit exprimer aujourd’hui davantage de sympathie envers les autres.

Qu’ont en commun les écrivains qui écrivent en français? Qu’est-ce qui rapproche intimement un auteur du Québec, du Sénégal, de Suisse romande ou de Haïti?

Ce partage de l’héritage commun, qui à chaque génération se renouvelle.

Que signifie parler français? Quels rapports entre langue et identité?

J’ai la plus grande méfiance pour cette notion d’identité... Encore une fois, la langue française aujourd’hui n’est pas seulement celle de la France et de ses dépendances, elle représente un domaine illimité.

Quels sont le sens et l’utilité d’un prix comme le prix des Cinq continents de la francophonie, que vous soutenez depuis sa création en 2001?

Ce prix a le mérite d’éclairer puissamment un ouvrage choisi par un jury populaire, qui ne bénéficie autrement d’aucun battage critique préalable, et permet je l’espère au public de langue française de découvrir la richesse et la complexité de cette communauté linguistique.

Une langue doit-elle être militante, et tenter de gagner de nouveaux adeptes? Faut-il avoir une politique volontariste?

Je suis très réservé sur ce point. Si politique volontariste il y a, il faut qu’elle s’adresse aux vrais problèmes, qui ne sont pas ceux de la langue, mais de l’accès à la culture, de la diffusion, de l’aide aux coéditions et donc à la nécessité pour la francophonie de soutenir d’autres langues dites minoritaires.

Vous vous dites «Français donc francophone ». La littérature française fait donc partie intégrante de la littérature francophone?

Espérons-le...

Comment se porte la littérature francophone? Est-elle forte et vivante? Le français s’ouvre-t-il bien aux influences des Français non français?

Pour moi, la langue française n’est pas menacée d’extinction et sa production littéraire et humaniste est son meilleur atout. Pour cela, il est indispensable qu’elle soit une communauté d’ouverture.

Vous avez signé en 2007 le manifeste «Pour une littérature-monde en français », lancé notamment par Michel Le Bris et qui visait à gommer l’opposition artificielle entre écrivains français et francophones et à reconnaître l’existence d’une littérature de langue française qui ne reléguerait plus les auteurs dits francophones dans les marges. Avec quels convictions ou espoirs?

Je partage entièrement la conviction du poète de la Martinique Edouard Glissant, qui se voit comme «tout-mondial» plutôt que francophone. Etant Mauricien, je sais à quel point nos petits pays créolophones sont en avance sur cette lointaine (et parfois vaniteuse) métropole.

Pourquoi la France a-t-elle de la peine à s’intéresser à la francophonie?

En France, aujourd’hui, l’on vit beaucoup sur un passé à la fois jacobin et colonial – ce qui est la double face d’un même vice.

Le français est-il toujours une langue universelle?

Universelle... Il y a beaucoup de prétention dans ces mots en «elle», comme éternelle...

Comment l’est-il devenu? Grâce notamment aux valeurs et à la popularité de la Révolution française?

Sans doute, et aussi par la grâce des peuples réduits en esclavage, conquis et malmenés par l’empire, et, dans cette souffrance, ces peuples ont forgé les grands thèmes de l’humanisme, l’idéal de la liberté, le désir de l’égalité... Notre langue française leur doit tout.

Y a-t-il un combat entre francophonie et monde anglophone? Quels en sont les enjeux?

Les langues n’ont rien de commun avec les champs de bataille, qui sont les lieux les plus silencieux du monde. Le monde n’appartient pas aux Français, ni aux Anglais, ni aux autres puissances du moment. La diversité des langues et leurs relations sont la seule garantie de paix que nous puissions offrir aux générations futures


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En récompensant la Franco-Roumaine Liliana Lazar, le jury du prix des Cinq continents de la francophonie a fait preuve de son bon goût.

Dix mille euros et une année de promotion sur la scène littéraire internationale: le prix des Cinq continents de la francophonie, créé par l’Organisation de la francophonie en 2001 pour «mettre en valeur l’expression de la diversité culturelle et éditoriale de la langue française», a été attribué à Liliana Lazar, pour son roman "Terre des affranchis", paru en 2009 chez Gaïa.

Si le jury, constitué d’auteurs francophones venus de tous les horizons - de l’Haïtien Lyonel Trouillot à la Québecoise Lise Bissonette, en passant par Leïla Sebbar, Jean-Marie Le Clézio ou Kossi Efoui - n’a pas choisi la diversité éditoriale - pour la 9e fois sur neuf, l’éditeur est français, de France - il a su, avec ce choix, distinguer un texte extrêmement original.

Terre des affranchis est une merveille. L’auteure, jeune femme d’origine roumaine qui vit en France depuis une dizaine d’années, signe là son premier roman écrit directement en français.

Dès les premières pages, Liliana Lazar nous plonge dans une sorte de conte fantastique. Nous sommes dans un village des Carpates isolé au fond d’une immense forêt où il ne fait pas bon se promener la nuit: des moroï, êtres malfaisants qui attirent les promeneurs dans un lac pour les noyer, s’y cachent.

Ce lac s’appelle la Fosse aux lions, mais peut-être s’est-il appelé jadis la Fosse aux Turcs, parce qu’on y aurait jeté des combattants ottomans. Nous ne vous raconterons pas ce qui arrive aux jeunes filles qui se parfument avec des racines de mandragore censées attirer les amoureux, ni pourquoi Ismaïl le Tzigane creusera la tombe de la vieille Ana. Mais nous nous souviendrons longtemps de Victor le fou qui, pour expier ses fautes, recopie jour après jour une Vie des saints dans des cahiers d’écolier.

A cet univers de légendes Liliana Lazar mêle subtilement des références à l’histoire et au régime de Ceausescu. Disparitions inexpliquées, livres interdits, jeunes hommes qui se cachent dans la forêt, tout alors prend une signification supplémentaire, une couleur angoissante et poignante.

Liliana Lazar, Terre des affranchis. Editions Gaïa, 198 p.





Tags: J.-M. G. Le Clézio, Sommet de la francophonie,

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Réaction de manjacostel
le 14.10.2010 à 13:33
Diversité , francophonie, Petain utilisait la langue française pour demander...
 



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