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Sommet de la francophonie
L'arme migratoire : l'exemple du Canada

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 13.10.2010 à 13:43

Les francophones du Yukon, territoire du Canada, attirés par la vie sauvage et une communauté soudée, sont en croissance modeste mais constante. Reportage.

Le Yukon. 480 000 km2, 70 rivières, 33 000 habitants répartis sur un territoire grand comme l’Espagne. A l’ouest l’Alaska, au sud la Colombie-Britannique, au nord la mer de Beaufort.

«L’INTÉRÊT POUR LA LANGUE ET LES DROITS DES FRANCOPHONES EST AUJOURD’HUI ACQUIS.» Isabelle Salesse, codirectrice générale de l’AFY

20 000 grizzlis et ours noirs, 30 000 caribous, 4500 loups. En 1896, des pêcheurs découvrent de l’or dans la rivière Klondike. C’est la ruée – Dawson City et ses rues pavées d’or sont surnommées le Paris du Nord.

Aujourd’hui, un saloon et un théâtre reconstitués racontent seuls ce rêve éphémère. Depuis Dawson, la piste Dempster part au nord vers Inuvik, 700 kilomètres traversant le cercle polaire et des paysages parmi les plus sublimes au monde.

En descendant vers la capitale Whitehorse, les baraques fantômes de Forty Mile, la première ville construite au Yukon, s’enfoncent dans le paysage de forêts et de ciel bleu acier.

Plus de 80% de la population est installée à Whitehorse, au kilomètre 1489 de la fameuse Alaska Highway, construite par les Etats-Unis pour relier l’Alaska au reste de leur pays après l’attaque de Pearl Harbour.

Températures clémentes: entre moins 20 et 20 degrés l’été. Sur la berge du fleuve Yukon, la carcasse du SS Klondike, qui faisait la navette entre Dawson et Whitehorse lorsque les premières compagnies minières se sont installées au Yukon, à quai depuis 1955.

L’école en français. Sur Falcon Drive, à Whitehorse, dans la cour de l’Ecole Emilie-Tremblay, bleue et pimpante, des bambins en doudoune ont les joues rougies. Ils reviennent de la cabane à sucre, les mains collantes des sucettes à la tire d’érable.

Créée en 1984, l’école est la première et seule école maternelle, primaire et secondaire, totalement francophone. 187 élèves sont inscrits cette année, et 40 à la garderie du Petit Cheval Blanc, soit les deux tiers des enfants francophones du Yukon.

Ils sont 1300 au Yukon, selon le dernier recensement de 2006. Certes modestes, les effectifs de langue française au Yukon ont triplé entre 1951 et 2006. La population ayant le français comme première langue officielle parlée s’est accrue de 335 individus entre 2001 et 2006.

Les Franco-Yukonnais forment désormais 4% de la population, alors qu’ils n’en représentaient que 2% il y a 25 ans. Et les Yukonnais anglophones sont francophiles: 12% de la population générale connaît et comprend le français.

Les francophones comptent parmi les premiers nouveaux arrivants au Yukon – trappeurs, religieux, pionniers et commerçants. Il y a même eu un Paris, Yukon, oublié depuis longtemps. Mais au XIXe siècle, l’isolement et l’absence d’une infrastructure appropriée entraînent la quasi-assimilation de la population francophone par la population anglophone.

Depuis 1980, la tendance s’inverse et le Yukon est la province du Canada où, en pourcentage, les francophones ont le plus augmenté. Grâce notamment au Programme "Vacances Travail", qui permet chaque année à plusieurs milliers de Français (et quelques centaines de Suisses et Belges, entre autres) entre 18 et 35 ans de voyager et travailler au Canada pendant un an.

Désormais, 75% des francophones sont nés ailleurs au Canada et 15% viennent d’un autre pays. De ceux-là, plus de 80% viennent d’Europe – dans l’ordre: France, Belgique, Suisse.

Immigration senior. Le vaste bâtiment clair du Centre de la francophonie, rue Strickland, abrite les bureaux de plusieurs associations francophones, dont celui de la très active Association francoyukonaise (AFY) qui assure le développement de services, d’activités et d’institutions pour la communauté francophone.

«L’intérêt pour la langue et les droits des francophones est aujourd’hui acquis et en pleine expansion, se réjouit Isabelle Salesse, codirectrice générale de l’AFY. Les fameux permis vacances travail ont beaucoup changé de choses.

Plusieurs dizaines de jeunes passent quelques mois au Yukon. Souvent ils restent ou reviennent après de manière permanente. Et nous avons aussi un début d’immigration de seniors qui cherchent un mode de vie proche de la nature tout en travaillant quelques heures.»

Dans le bureau voisin, la directrice du journal "l’aurore boréale", née au Québec, explique être «tombée en amour» avec l’endroit. Bi-hebdomadaire, diffusé à 1000 exemplaires, "l’aurore boréale" cimente la communauté.

«Il y a 25 ans, les francophones venaient tous du Québec. Maintenant ils viennent aussi d’Europe, d’Afrique. La communauté est plus hétérogène, on doit s’adresser à eux autrement. Mais cela reste un geste politique de publier en français.

La dernière bataille est celle des services en français au niveau de la santé. Le gouvernement territorial ne remplit pas ses obligations. La loi sur les langues de 1988 donne droit aux francophones d’avoir des services juridique et de santé dans leur langue, mais ne donne pas assez argent. Mais la bataille pour l’éducation est bien avancée: quand mon fils était petit, je lui dessinais les livres en français...»

A la cafétéria du Centre de la francophonie, thé et café à volonté. Sylvain vient de Chamonix. «Le Yukon est petit, c’est facile de s’intégrer, il y a moins de compétition que dans une grande ville. Les gens sont chaleureux et directs. On a beaucoup à apprendre d’eux!

Avant de pouvoir s’établir, il y a une sélection assez forte, certains métiers sont plus valorisés que d’autres, comme les métiers du bâtiment: on peut trouver cela injuste, mais une fois que vous êtes admis, vous êtes bien accompagnés.»

Tourisme et services. Les francophones travaillent surtout dans les services ou le tourisme, ils sont guides d’aventure, de rivières, de pêche, éleveurs de chiens huskies, propriétaires de lodge, photographes animaliers – 35% travaillent dans le secteur des services publics, 10% dans l’hébergement et la restauration. 145 francophones du Yukon possèdent leur propre entreprise!

L’été est une mine d’or pour les PVTistes, car la population locale ne suffit pas à satisfaire tous les besoins. «On rencontre beaucoup de gens avec des histoires de vie peu banales, des amateurs de pêche, de vélo ou de trekking qui sont venus par hasard et ne sont plus repartis», raconte Stéphanie Chevalier, gestionnaire de projet en immigration francophone.

Les francophones, le Canada en veut toujours plus. Le taux de francophones visés est de 4,4% pour ces prochaines années, hors Québec. Le Yukon, qui en est déjà là, déterminera le sien, sans doute autour des 6%, au cours des prochaines réunions du tout nouveau comité pour le développement de l’immigration francophone. Chaque année, le territoire participe au salon Destination Canada à Paris et Bruxelles, sorte de monstre foire à l’emploi et au tourisme canadiens.

Sur College Drive, le responsable marketing du "Yukon Arts Center" est Français. Didier Delahaye est arrivé une première fois en 1972, mais s’est installé pour de bon en 2000.

«Il y a 30 ans, presque personne ne parlait français. Maintenant, dans chaque magasin vous trouvez quelqu’un qui le parle. Les francophones sont assumés et épanouis. Mon slogan: le monde vient au Yukon pour le paysage, mais y reste pour la culture. Nous avons la plus belle salle de spectacle de tout le nord du Canada, et nous faisons salle comble même pour un spectacle de danse moderne! Reste qu’on peut se dire d’ici lorsqu’on y a passé un hiver. Avant, non.»

Destination Canada. Paris, 17 au 19 novembre. www.destination-canada-forum-emploi.ca

Permis Vacances Travail: Expérience Internationale Canada (EIC). www.amb-canada.fr/eic


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Romands, ils sont venus au Yukon et sont restés

Alexandra Rochat et Nicolas Dory

La vétérinaire genevoise et le photographe animalier

Née à Genève il y a 29 ans, passionnée de voyage, Alexandra entend parler du Yukon par un Alémanique qui en revient. Assistante vétérinaire, elle postule sur internet auprès de cliniques vétérinaires de Whitehorse, est engagée avec un visa de travail temporaire.

Elle arrive au Yukon en août 2008. «J’ai tout de suite su que je ne m’étais pas trompée! Mon emploi est exceptionnel, mes employeurs compréhensifs et amicaux, et je suis contente de pouvoir balancer entre les cultures francophone et anglophone.»

Elle perfectionne son anglais médical et attire dans la clinique où elle travaille une clientèle francophone. Depuis un an, elle vit avec Nicolas, 28 ans.

Arrivé comme touriste pour un hiver, photographe animalier né près de Paris, il prolonge son séjour avec un visa programme vacances-travail d’un an puis est engagé comme développeur web dans une entreprise de design.

Ils vivent à 30 km de Whitehorse, dans une petite maison en forêt avec leurs 6 chiens de traîneau et «la nature comme jardin». Ils sont tous deux en fin de processus dans la demande de résidence permanente pour s’installer ici «pour un bout de temps».


Frédéric Kuttel

Le pilote de Villars-sur-Glâne

Frédéric Kuttel, né à Villars-sur-Glâne (FR) en 1970, avait une formation de paysagiste lorsqu’il fait un premier voyage au Canada en 1994. Les «grands espaces» et «l’ouverture d’esprit» des gens lui tapent dans l’oeil.

En 98, suite à une conférence sur l’immigration au Québec, il entame les démarches. En décembre 99, il reçoit son permis de résident permanent, et en janvier 2000, il est à Montréal. Seul: son amie doute au dernier moment et renonce à quitter son emploi. Lui se sent «appelé».

Rêvant de voler, il passe sa licence de pilote, privé puis professionnel. Il arrive au Yukon en 2003, travaille pour différentes compagnies d’aviation dont, aujourd’hui, Air North. «C’est la crise: je vole moins. Mais je vais rester au Yukon. La communauté est extraordinaire. Difficile de trouver mieux.»

Il passe autant de temps avec les anglophones qu’avec les francophones – «Je viens de Fribourg: le mélange des langues, je connais!» – participant aux activités organisées par l’Association franco-yukonnaise. «J’ai même fait des mukluks, des bottes indiennes!»


Marcelle Fressineau

De la vallée de Joux à la Yukon Quest

En 1995, à 41 ans, Marcelle Fressineau quitte la Suisse pour s’installer au Québec et vivre son rêve du Grand Nord.

Née à la vallée de Joux en 1954, plusieurs fois participante à la mythique course de chiens de traîneaux de la Yukon Quest, elle s’installe au Yukon en 2007 avec son compagnon québéquois, Gilles. «Je suis tombée en amour avec le Yukon. Pour les paysages, les animaux, la lumière, les gens.»

Même si la vie est «plus chère qu’ailleurs», elle ne quitterait le territoire pour rien au monde et envisage clairement d’y «finir ses jours».

Guide en tourisme d’aventure, elle élève 45 huskies d’Alaska. La moitié pour son entraînement personnel, l’autre pour les activités de son entreprise "Alayuk Aventures", qui propose aux touristes trekkings et tours en canots l’été, excursions avec les chiens dès les neiges de novembre.

Etre francophone au Yukon, elle adore. «On pourrait se croire isolé dans sa cabane en bois, mais on est moins seul qu’en pleine ville. La communauté francophone est comme une famille.» Quant au français, «on peut le parler tout le temps et partout. Les anglophones sont très francophiles.»


Le Canada francophone hors Québec

Le nombre de Canadiens déclarant le français comme langue maternelle ajoutés aux Canadiens qui ont le français comme première langue officielle parlée s’élève à 7,5 mio, soit 24% de la population. On en trouve 6,5 mio au Québec et 1 bon mio dans les 12 provinces et territoires. Près de 14% des francophones habitent à l’extérieur du Québec, où ils forment 3,4% de la population totale.

Le nombre de francophones de langue maternelle a beaucoup augmenté depuis 1951 à l’extérieur du Québec: il est passé de 721 820 à un peu plus d’un million en 2006, alors que la population ayant le français comme première langue officielle parlée a crû de près de 50 000 personnes entre 1991 et 2006.

Le taux de croissance de la population de langue française varie énormément d’une région à l’autre. C’est surtout, au cours des cinq dernières années, en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique et au Yukon, que les effectifs ont connu une augmentation. A elles deux, les métropoles d’Ottawa et de Toronto comptent près de 15 000 francophones de plus qu’il y a cinq ans, des taux de croissance de 5,4% et 5,9%.

Si le Canada accueille des immigrants de langue française originaires des 5 continents, l’Europe se taille la part du lion: elle est le lieu d’origine de presque 40% d’entre eux. L’Asie et le Moyen-Orient, ainsi que l’Afrique sont les lieux d’origine respectivement de 26,6% et de 21% des immigrants de langue française.

137 790 Suisses – alémaniques et romands confondus – étaient comptés au Canada au dernier recensement de 2006, dont 435 au Yukon.

Au cours des dernières années, plusieurs initiatives ont été entreprises pour favoriser l’immigration de langue française au sein des communautés francophones et acadiennes. En 2006, le gouvernement fédéral à lancé officiellement son «Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire».

Ce plan prévoit l’accroissement du nombre d’immigrants francophones pour atteindre une cible de 8000 à 10 000 par année.




Tags: Sommet de la francophonie, arme migratoire, émigration Canada,

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Réaction de Frappe la route Jack
le 15.10.2010 à 07:36
De là à dire que les droits des francophones du...
 



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