Crise libyenne
L'armée a toujours des plans
Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 23.06.2010 à 11:54
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En cas d’enlèvement d’un Suisse, l’armée planche sur des options d’exfiltration. Procédure standard.
Oui, la Suisse possède des forces spéciales. Oui, ces soldats d’élite, formés, entre autres, par les Français et les Américains, peuvent intervenir à l’étranger si le Conseil fédéral le décide. Oui, les militaires du détachement de reconnaissance de l’armée 10 (DRA 10) ont les moyens d’exfiltrer des Suisses d’un pays hostile. Eh oui, des plans ont été établis en 2008 en ce qui concerne Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages que les Libyens ont retenus durant près de deux ans à la suite de l’arrestation de Hannibal Kadhafi à Genève.
Mais non, ces plans n’ont pas été mis en œuvre de manière opérationnelle. Il s’agissait avant tout d’avoir un maximum de cartes en main dans le cadre des négociations avec Kadhafi. «De toute manière, c’est le Conseil fédéral qui devait donner le feu vert final», indique un militaire.
Etait-il pour autant au courant de ce qui se tramait entre les Départements fédéraux de la défense (DDPS) et des affaires étrangères (DFAE)? Pas forcément. Il arrive en effet que des interventions militaires à l’étranger ne soient pas divulguées à tous les sept Sages.
Un officier nous racontait dernièrement que son ordre de mission dans un pays du Moyen-Orient avait été discuté par deux conseillers fédéraux seulement, les responsables du DFAE et du DDPS. Et qu’aucun document écrit n’avait été conservé de cette décision.
A l’ambassade US. Quant aux options pour l’exfiltration de nos deux ressortissants retenus en Libye, elles étaient multiples. Mais aucune ne prévoyait une opération à la Rambo avec hélicoptères, bombardements et compagnie. La Suisse n’est pas armée pour cela, à moins qu’elle demande de l’aide à des forces étrangères. «Il faut de l’imagination dans de telles situations et trouver des solutions particulières», indique Alexandre Vautravers, lieutenant-colonel EMG et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse. «L’opération aurait très bien pu consisté à emmener Göldi et Hamdani dans une voiture banalisée à l’ambassade des USA à Tripoli. Cela aurait permis d’internationaliser ou de déplacer la crise.» Les deux hommes auraient aussi pu disparaître dans le désert libyen et réapparaître en Algérie ou en Egypte. Mais encore aurait-il fallu que les hommes du DRA 10 soient formés à des opérations dans les sables du Sahara. Ce qui n’est pas le cas.
Cela dit, comme le Conseil fédéral n’a rien décidé, ces plans sont restés sur les bureaux des fonctionnaires concernés. Bien au chaud. Et le DRA 10 peut continuer à s’entraîner au Tessin. Bien tranquillement.
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