On a beaucoup parlé ces temps de Hans-Rudolf Merz. A juste titre. Mais à se focaliser sur ses manquements, on en a presque oublié un conseiller fédéral au moins aussi dangereux pour la Suisse: Ueli Maurer, le chef du Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS).
A son arrivée au gouvernement, il s’est d’abord gardé de faire trop de vagues. Une ruse: l’homme feint désormais de découvrir une armée à sec, alors qu’il a, comme président de l’UDC et avec la complicité de la gauche, contribué pendant des années à l’affaiblir financièrement. Un ministre de la Défense qui, de plus, cherche à couler l’achat de nouveaux avions de combat.
C’est clair, le conseiller fédéral UDC s’accroche à une conception de l’armée dépassée. Il veut des chars, des obusiers. Bref, des armes visant à nous défendre contre des ennemis qui n’existent plus. Il organise le grand démontage du programme Armée XXI, pourtant voté par le peuple en 2003. Il place aux postes décisifs des officiers alémaniques alignés sur les positions de l’UDC. Un noyautage discret, mais aux conséquences durables (lire l’enquête de Patrick Vallélian).
«Les UDC sont des idéalistes qui n’ont qu’une carte au 1: 50 000e de la région de Zurich sous les yeux», ironise l’ancien chef de l’armée, Christophe Keckeis (lire son interview). Des romantiques qui vivent encore au temps de la mob et qui ignorent les nouveaux dangers: le terrorisme, la criminalité organisée, les guerres de l’information, la prolifération des armes chimiques... Autant de menaces qui exigent une collaboration étroite avec l’étranger. Et une redéfinition de ce qu’est la sécurité, si la Suisse ne veut pas continuellement être prise de court.
En matière d’anticipation, notre pays a de grands progrès à faire. On l’a vu lors des attaques contre la place financière. Ou dans l’affaire libyenne, par exemple. Jusqu’ici, nous avons été épargnés par des actes terroristes majeurs et par des cyber-attaques entraînant des dégâts irréparables. Il pourrait ne pas en être toujours ainsi.
Faut-il créer un département fédéral qui chapeaute les forces civiles et militaires? Quels sont les rôles respectifs des polices et de la troupe? Comment repenser la sécurité des Suisses, qui y consacrent des milliards? La question devrait hanter les nuits d’Ueli Maurer. Sa seule réponse, pour l’heure, c’est de revenir à l’armée de grand-papa. Son irresponsabilité fait peur.
En matière de sécurité, l’UDC pèche par idéalisme et passéisme. Irresponsable!
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