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L'armée-fétiche

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 16.06.2011 à 16:34

Le Conseil des Etats bouscule le gouvernement. Pour le forcer à dépenser plus que prévu. En faveur… des énergies renouvelables ? De l’éducation ? De la santé ? Non. En faveur de l’armée.

 

La majorité de droite ne se veut pas se contenter de 80'000 soldats, comme le propose le Conseil fédéral, elle en veut 100'000. Elle ne veut pas attendre 2022 pour renouveler la flotte des avions de chasse, elle exige des achats dès 2015.

 

Pour payer la facture supplémentaire, le département des finances a calculé qu’il faudrait augmenter la TVA d’un demi point. Ou alors, comme le suggère le conseiller fédéral Maurer, ravi de ce cadeau, trouver l’argent dans les autres ministères. Il faudrait alors couper 550 millions dans les transports, 440 dans la formation et la recherche, 160 dans l’aide au développement, et 220 dans l’agriculture.

 

Cette valse des milliards ravit les super-patriotes. Mais n’allez pas les pousser trop loin dans leur argumentation. Ils sont dans le bleu quant au sens de tels investissements. Pas étonnant : on n’est plus dans le domaine du rationnel, mais dans le culte du passé. La Suisse veut une armée-fétiche.

 

Car à Berne, aucune vision stratégique ne se dessine. En 1998, un rapport Brunner, commandé par le conseiller fédéral Adolf Ogi, définissait les dangers réels, les moyens à mettre en œuvre, les coopérations nécessaires. Il prend la poussière dans les archives. Depuis lors, il n’y eut aucun effort sérieux pour trouver un cap. La doctrine officielle est un fourre-tout sans priorités.

 

On peut penser ce que l’on veut de l’opération militaire en Libye. Elle est riche d’enseignements. Elle démontre qu’une mission même modeste exige l’effort de plusieurs pays. Seul, aucun d’eux ne peut mener une guerre moderne. La France a pourtant des moyens importants. Or elle arrive à ses limites. Ses chasseurs ont besoin des ravitailleurs et des satellites d’observation américains. Quant aux Anglais, ils misent plus sur leurs agents secrets à Bengazi que sur leurs Eurofighters.

 

Faute de s’intégrer dans un système de défense collectif, de tels engins ne sont que des gadgets. Ceux que nous avons aujourd’hui suffisent à la routine des missions de surveillance du ciel en temps de paix. Dans un vrai conflit, même modernisés, sans l’aide des voisins, ils ne serviraient à rien. Sinon à épater les foules dans les meetings aériens. Mais pour cela, il y a des avions moins chers et qui en plus lâchent de jolies fumées multicolores.

 

Quant aux effectifs, quelle mégalomanie ! 80’000 hommes, c’est déjà beaucoup en rapport de la taille du pays. A titre de comparaison, l’Allemagne, pourtant présente sur plusieurs fronts étrangers, peut compter sur 250'000 soldats et envisage aujourd’hui de réduire ce nombre à 165'000.

 

Là encore, la question du rôle, de la formation, du profil de ces troupes reste dans les nuages. Ce qui importe, c’est le symbole. Et les belles théories sur la mission éducatrice de l’école de recrues qui fait bien rigoler dans les chaumières concernées.

 

Ce qu’il y a de rassurant, dans les dépenses militaires, c’est que l’on ne peut jamais en juger l’efficacité. Parce que, Dieu soit loué, nous n’avons jamais l’occasion d’éprouver leur bien-fondé sur le terrain.

 

A l’exception des modestes missions de paix extérieures. Là, les soldats suisses apprennent à travailler avec d’autres, à affronter le stress de la réalité, certes peu dangereuse mais souvent tendue. Les patrouilles de protection des minorités au Kosovo et en Bosnie ne sont pas anodines. On pourrait imaginer aussi que l’armée mette ses hélicoptères à disposition des Nations Unies pour leur travail humanitaire au Congo, ce pays de toutes les souffrances.

 

Mais de telles perspectives n’intéressent à peu près personne à Berne. On préfère y cultiver les mythologies dont on se dit qu’elles flatteront les émotions populaires.

 

Tant que tout va bien, ce déni de réalité, même s’il est coûteux, est supportable. Le jour où l’horizon s’assombrira, ce sera plus gênant. Parce que les dangers de demain ne sont pas ceux d’hier. Et nous nous apercevrons qu’en fait, l’armée de grand-père voulue par le conseiller fédéral Ueli Maurer et ses amis ne nous protège guère. Les fétiches belliqueux, qu’ils soient brandis dans les tribus africaines ou les états-majors helvétiques, sont de peu d’utilité dans les tourmentes modernes.

 

 

 




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Réaction de kisepeu
le 01.11.2011 à 13:04
Le hobby militaire n'est pas exclusivement une invention suisse. Travaillant...
 
Réaction de Jean-Francois Morf
le 28.10.2011 à 21:03
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Réaction de JuanPablo
le 22.07.2011 à 15:13
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