Photographie
Lausanne n’est plus une paysanne
Par Luc Debraine - Mis en ligne le 05.10.2011 à 17:18
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Le photographe Luc Chessex témoigne dans un livre de l’insolente multiculturalité de la ville.
«La paysanne qui a fait ses humanités»: l’adage qui colle à Lausanne depuis des lustres mériterait d’être détourné, comme jadis les eaux du Flon. Ce sont bien les humanités, de toutes les couleurs, qui font aujourd’hui de l’agglomération l’une des plus multiculturelles de Suisse. A l’ouest de la ville, Renens détient le record de présence étrangère dans le pays, avec une centaine de nationalités qui composent 53% de sa population.
Né à Lausanne en 1936, alors que le chef-lieu vaudois était uniformément blanc, le photographe Luc Chessex témoigne dans un livre de ce brassage unique de provenances et surtout d’intégrations.
Il s’est posté aux arrêts de bus, dans les classes d’accueil, les garderies, les bibliothèques, les fêtes, les boîtes de nuit, les salles de mariage, à Police-Secours, à l’Hôpital de l’enfance comme au centre médical Le Point d’Eau, à Ouchy ou à Vidy, poussant sa quête visuelle jusqu’à Bioley-Orjulaz pour assister à la fête suédoise de la Midsommar. Les images des rondes nordiques de la miété sont un exemple parmi d’autres du dynamisme fraternel qui imprègne le livre comme une encre sympathique.
L’ouvrage, superbe, échappe à la candeur sucrée des bons sentiments universalistes grâce au métier de Chessex. Reporter avant tout, le Lausannois pratique une photographie directe, sans effet, soucieuse de bonne distance et de servir un propos plutôt qu’un ego. Cet art aussi modeste que maîtrisé est rare. Il se prête en l’occurrence à merveille au constat d’une mutation inéluctable, source de conflit autant que d’espoir.
«De toutes les couleurs». De Luc Chessex, textes de Claude Muret. Ed. Favre.
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